construire #03# Hélima et la guerre

Je n’ai toujours pas d’histoire, donc pas de personnage, et voilà qu’un autre personnage doit croiser la route du mien. Ô râge…
Donc, je détourne, comme d’hab.
Hier, à mon atelier d’écriture, Helima, une Soudanaise qui parle à peine français, a juste inscrit, au prix de grands efforts (elle est illéttrée aussi) quelques mots en phonétique sur sa feuille. Il y avait « guerre », il y avait « enfants » et en lisant ça elle pleurait, et nous on était bien au bord de pleurer avec elle. Une lui caressait la main, une lui disait de ne pas lire si ça te fait souffrir (non mais c’est moi la chef ici me dis-je un instant en mon for intérieur avant de me dire un peu plus avisée : on s’en tape). Même Patrick qui se fout du groupe et de mes consignes avait levé les yeux de sa feuille et pour une fois, écoutait.
Plus tard dans la journée, j’ai pensé au RN et à la haine, à toutes ces choses tristes, et je me suis dit que tout ça, c’est parce qu’on n’entend pas la voix des Helima qui pleurent en disant « guerre » et « enfants ».

6 commentaires à propos de “construire #03# Hélima et la guerre”

  1. Bonsoir Natacha,
    Très beau,
    les larmes des Helima et celles des enfants, de ces êtres qui restent dans l’ombre, ignores par la haineux, haine utilisée comme concept fédérateur,
    Plus tard dans la journée, j’ai pensé au RN et à la haine, à toutes ces choses tristes, et je me suis dit que tout ça, c’est parce qu’on n’entend pas la voix des Helima qui pleurent en disant « guerre » et « enfants ».
    Je suis entièrement d’accord avec ton écrit.
    Merci beaucoup.

  2. il y a juste à supprimer ce qui précède «hier à mon atelier», laisser parler l’éclipse et faire travailler le lecteur sur le hors champ, commencer carrément avec le nom Helima (et tellement plus pourra alors venir à son propos), et le texte sera la preuve vivante… de la validité de la consigne ! merci en tout cas pour ce portrait

Laisser un commentaire