#construire #02 | les silos

Météo Marine

Avis de grand frais force 7, coup de vent force 8 sur échelle de Beaufort, déferlantes sud à sud-est en cours sur ouest-Irlande, sud- Irlande, Cap Finistère et ouest-Portugal, queue de la tempête Méduse qui serpente le quarante huitième parallèle. Situation générale et évolution : anticyclone 1035 millibars sur Islande prolongé par une dorsale vers l’Afrique du Nord, pour une zone dépressionnaire 983 millibars par 45 degrés nord et 23 degrés ouest prolongé par un Talweg vers le sud, zone qui se décale vers l’est à hauteur de 10 nœuds. Numéro de compteur complet. Millibar et kilowatt. Parez à virer . Choquez. Souquez fort. Prévisions par zone: quai d’embarquement nord : Viking, Flavone, Euchild, Fischer : vent d’est, force 4 à 5, mer agitée à peu agitée avec houle de 14 à 15 mètres. Petites vaguelettes en crêtes de mouton annonçant averses virant au Nord. Quai Est : German, Dogger, Thames, Amber, Manche est : vent de brouillard, variable, force 2 à 3 mer peu agitée. Quai ouest, Montparnasse- Bienvenue : Nord-Écosse, Est- Irlande, Bretagne, Sud Gascogne : vent variable, force 3 s’orientant vers sud-est en fraîchissant progressivement de 4 à 9 cette nuit, menace de grand frais avec rafales, fermez bien vos volets, affalez la grand voile et prenez des ris, coup de vent pour demain, mer peu agitée à agitée, brumes avec pluies, brouillard, visibilité réduite, pensez à sortir votre corne de brume. Averses virant sur sud Irlande, houle remontant au Nord en se creusant puis mollissant progressivement dans l’après-midi, profitez de cette accalmie, ça ne va pas durer. Ouest- Irlande, Sud- Irlande, cap Finistère, ouest Portugal : grand frais force 7 à coup de vent 8, mer forte à très forte, vous n’êtes pas au bout de vos peines, après le golfe de Gascogne et la Corogne, ça cogne jusqu’au quarante huitième rugissant, pensez à Magellan, cela vous donnera de l’élan. En Méditerranée, Lion, Provence, corse ouest, Sardaigne, vent de nord ouest par force 4 à 5, mer agitée à forte. Sur Gênes à Est Corse, grains et vent variable force 3 à 4, mer peu agitée. Nord Baléares vent ouest force 4 à 5 mer agitée, grondante et renfrognée.

L’accent

C’est la parole qui prend son indépendance avec l’écrit, redevient chair, se met à l’aise après avoir été ligoté sur la page, on ne sait plus très bien comment lesmotsétaientattachés, tout est dans le son, l’intonation, des hauts et des bas placés autrement, on s’applique, mais le souffle remodèle les voyelles, façonne les consonnes. Je suis arrivée dans le pays des e et des y, un pays où les e muets s’entendent, s’allongent, où les e deviennent yeux, un pays qui comptent les syllabes et scande la langue. Les feuilles, les feuilles-yeux, les feuilles ont des yeux. Ici on repasse les e pour éviter qu’ils ne s’envolent. Dans le même souci de retenir avec un clou ou un pied, entre les mots, on met un y . Ce y je ne sais pas trop si c’est une contraction du il, ils, ou pour dire qu’on est d’ici. Ce n’est pas l’accent du midi, il ne s’envole pas, il ne fait pas des bouclettes avec l’accent tonique, ici l’accent, y s’y colle à terre. Y s’appuie comme une pédale de piano. Y chuinte.

L’accent breton plus proche du granit, qui fait rouler les r et en même temps épure, avale des syllabes, met des apostrophes, coupe les pieds d’trop, gomme pour pas faire tomber la phrase, pressé comme le vent, un précipité avec des grumeaux de r, des éclats de ak, et des morceaux de gue, de plou derrière les maïs, de ker qui grimpent en kerns. Langue de pierre arrivant de la mer sur des auges, par une dépression Nord nord ouest, coup de vent 8 sur l’échelle de Beaufort Cap Finistère et ouest Portugal, avec quand même une mer agitée mollissant dans les terres.

4 géographie

Lentilly, Dardilly, Marcy l’étoile, Grigny, Albigny, Irigny, Venissieux, Poleymieux, Messimy, Rilleux la pape, Miribel, Bourgoin-jallieu, Meyzieu, Crémieu, Dizimieux, Grézieux la varenne, Charpieux, Poleymieux, Courzieux, Brussieux, Sourcieux les mines, Chessy, Crêt de Montieux, la Vazizelle, Vaugneray, Brindas, La Gironaille, les Fontanières, le Bissardon, le Conichon, le Charachon, Yzeron, Bibost, Montrottier, Pontcharrat sur Turdine, Charnay, Boucharny, Crépon, Trambouze, Cheesy les mines, Anse, Bourbouillon, Chavanne, la fouillousse, Rochetaillée, Crêt de l’oeuillon, Pélussin, Feyzin, Corbas, Givors, Chaponost, Thurins, Mornant, Montluel, l’Isle d’Abeau, la Verpillère, Décines, Charbonnières, Donmartin, Chalaronnes, la Duchère, l’Arbresle, Chatillon sur Azergues, Limonest, Saint Bonnet le froid, Saint Consorce, Brignais, Sainte Foy, Saint Fons, la Grenaille, l’Antiquaille, Saint Laurent de vaux, Col de la Luère, Crêt du Py froid, Saint Pierre la Palud, Sarrazin, Saint Genis l’argentières, la croix laval, Les Bonnettes, le Chatelard, Brullioles, Saint clément les places, Saint Bel, Saint Germain sur l’arbresles, Lozanne, Tarare, Saint Romain de Popey, Saint Forgeux, Saint Marcel l’éclairé, Saint Loup, Sainte croix en jarez, Croix du Marlin, Saint Martin d’en haut, Saint Christo en jarrez, Saint Bonnet les Oules, Saint Appollinard, Caluire et Cuire, Fontaine sur Saône, Champagne aux monts d’or, Collonge aux monts d’or, Neuville sur Saône, Saint romain en gier, Vernaison, Saint Symphorien sur oise, Saint Quentin- Fallavier, Saint pierre la palud, Saint Bonnet de mur.

Bar al lan, lanildut, Landeda, Plourin, Plouguin, Ploudalmezeau, Plouzané, Penfeld, Portsall, Landunvez, Penfoul, Saint usven, Lampaul, Plouarzel, Lampaul-Plouarzel, l’aber Wrach, l’aber Benoit, Argentel, Melon, Guilers, Brignogan, Guipavas, Gouesnou, Plougastel-Daoulas, huelgoat, le conquet, les blancs sablons, Passage du Fromveur, Ouessant, Molène, Sein, le Chenal du four, Guimiliaux, Saint Renan, Saint Thegonnec.

Les gestes de l’artisan

Racler l’enduit pour uniformiser la surface, enlever les plis, les rides sur le mur. Battre le plâtre à l’eau, transformer la poudre en pâte onctueuse. Laisser chauffer puis étaler rapidement, prise rapide. Aucun repentir. Choisir les pierres qui iront sur le mur, les ramasser, les évaluer, les rejeter, apprécier leur forme pour trouver l’élue, celle qui viendra s’emboîter dans l’autre, recommencer. Enfoncer le clou sans le mettre de travers, épaule et poignet relâché, aucune précipitation sinon le clou se tord. Recommencer.Taper avec un maillet sur une cale pour forcer le tenon à rentrer dans la mortaise. Recommencer. Mesurer, tracer une ligne avec un crayon de menuisier, placer la planche sous la scie à onglet. Abaisser, couper. Recommencer.Tirer un scotch pour protéger le sol et les fenêtres avant de commencer la peinture. Tremper le rouleau dans le pot de peinture, le rouler sur la plaque trouée et passer le rouleau sur le mur, faire un grand S puis remonter la came à la verticale. Suspendre le pinceau avant de passer dans le coin, là, où s’est refugié al’raignée. Point noir vivant sur la peinture blanche. Charger le peigne avec de la colle, l’étaler sur le sol comme le râteau sur le jardin japonais, dessiner des lacets, des monts et des vallées. Avant de débuter le carrelage, mesurer précisément à l’équerre la première ligne qui sera la colonne vertébrale. Poser la règle du maçon lestée de parpaings. Mesurer, remesurer, s’éloigner, jauger, vérifier puis se lancer. Prendre le carreau et encoller. Posez le carreau, le presser avec le maillet, mettre les croisillons 5 mm. Poursuivre ad libitum. Poser les joints en débordant et après passer l’éponge pour ne garder que la ligne. Racler le surplus. Poncer les plâtres, les essuyer après la pose de l’enduit, veiller à ne pas entamer la surface, laisser de la matière. Laver, frotter, brosser, essorer, accrocher, détacher, plier, ranger, déplier, froisser, mouiller, tâcher, jurer, chiffonner, tasser et recommencer.

Gestes du jardinier :

Bêcher, enfoncer la pelle d’un coup de pied, casser la terre, retirer la bêche et recommencer. Greliner à deux manches en enfonçant les dents d’un coup de talon, ramener à soi pour soulever la terre, apercevoir la faune, repiquer plus loin, essayer de ne pas perturber ces ouvriers au travail, recommencer. Butter les pieds des plants qui commencent à prendre leur chemin vers la hauteur, ramasser la terre, la remonter pour consolider la plante, créer des rigoles, drainer l’eau au pied des légumes. Défricher, sarcler, retirer les adventices, les potentilles, les ronces, le lierre, les fougères, le chiendent, les plantes invasives qui colonisent, qui étouffent. Mais pas trop. Retirer les cailloux, les pierres. Mais pas trop. Enlever les escargots, les limaces mais pas trop. Trouver le bon équilibre. La chaîne du vivant. Savoir attendre. Tailler les plantes qui poussent quand on se retourne, émonder les arbres fruitiers. Enlever ce qui pousse à l’intérieur de l’arbre, permettre aux branches de recevoir le soleil pour que chaque fruit puisse se gorger de lumière et de chlorophylle. Couper au sécateur, au perroquet, à la scie, à la serpette, à la faux. Ne pas y voir un symbole, tailler pour que ça respire, tailler mais garder les pieds, frustrer la nature pour qu’elle s’excite. Éclaircir, repiquer les jeunes pousses, redonner de la place à chaque plante. Bouturer, multiplier les pieds, enlever les stolons, repiquer, ratisser, semer à main levée.Les graines tomberont peut être sur des pierres, d’autres seront mangées. Parabole. Plantes précoces qui vont geler ou se faire dévorer, d’autres sur lesquelles on ne compte plus, donnent l’année suivante, ou l’année suivant la suivante .Patience. De l’eau, de la terre. Arroser pais pas trop. Amender, travailler la terre avant de lui demander des fruits. ajouter du fumier, mulcher les plantes coupées pour nourrir le sol et le couvrir. Rien ne sort du jardin, tout est transformé. Pailler pour éviter le gel de l’hiver et l’évaporation de l’eau l’été. Arroser avec un arrosoir en pluie, arroser avec le tuyau au pied des plantes. L’arroseur arrosé, et le coup du rateau qu’on a pas vu venir. Creuser, planter, tuteurer les pieds des tomates. Marcotter, en maintenant une branche partiellement au sol pour qu’elle puisse prendre racine, et se multiplier. Faire comme on peut. S’émerveiller. Contempler l’apparition du premier fruit, de la première gousse, qui se cache entre les feuilles.

A propos de Hélène Boivin

Après avoir écrit des textes au kilomètre dans un bureau, j'ai écrit des textes pour des marionnettes à gaine et en papier. Depuis j'anime des ateliers d'écriture dans des centres sociaux et au collège. J'entretiens de manière régulière ma pratique auprès du Tiers-livre.

Un commentaire à propos de “#construire #02 | les silos”

  1. Je partage la géographie de Lentilly à St Bonnet de Mure, ça donne envie de s’y glisser et de poursuivre sa propre ampliation. Ce qui, à terme et à plusieurs, couvrirait une large surface… Merci pour ce déplacement dans l’espace.

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