Elle vole, un arc de cercle large et haut. Un home-run ? Qui peut savoir, les commentateurs s’enthousiasment puis se calment. Non, elle ne retombera pas sur le terrain. C’est juste une balle trop loin. Ah si, elle va tomber dans le public, tribune du quart est, les rangs du haut. Non, ceux du milieu. Ah si, les rangs du haut, ceux à prix accessibles. Pour qui n’a pas de quoi payer son unique gras big-mac (trouver le nom US) quotidien pour survivre un jour de plus, les billets sont un souvenir lointain. Qu’importe, les caméras s’activent, les écrans relaient les images en temps réel. Les silhouettes floues, la surprise, l’agitation dans les bancs lorsque le public de cette zone comprend qu’il est concerné, il va être au cœur de l’action. L’un d’eux va en être l’acteur, il ne va pas seulement assister au match du jour mais il est certain d’un point de vue balistique que la boule va tomber parmi eux. La tension est palpable, le projectile de cuir strié d’une couture rouge amorce sa descente. La caméra sait où zoomer, un gamin est juste au lieu de l’impact, quel âge a-t-il six ans ? Sept ? Il est concentré, c’est pour lui. La balle est pour lui, il la ramènera à la maison, il la déposera sur son étagère des trophées. Il en parlera demain à l’école, il sera le héros du jour. Il lève la tête, sa visière aux couleurs de Yankees ne le gène pas il tend la main. Il attrape la balle avant qu’elle ne tombe entre les gradins. L’homme avance d’un pas, lui arrache la précieuse boule des mains, d’un geste, sans réflexion, mais déterminé puis il se retourne vers son fils et la lui donne. Il exulte, il a eu le trophée.