#construire #01 | la mer s’est retirée

La mer s’est retirée. Il y a une étendue infinie de sable mouillé piqué de tortillons témoignant de présences cachées. Cela ressemble à du caca de ver mais c’est du caca en sable alors on n’est pas sûr. C’est silencieux. On n’entend plus la mer.
Il y a des petits rochers à la limite de la plage et des enfants avec leurs seaux. Ils sont accroupis et se penchent au-dessus de trous d’eaux minuscules où s’accumule du vivant. Du petit vivant. Des bébés bigorneaux, parfois sur les plus grands rochers quelques moules, des algues à poches d’air évitées soigneusement car glissantes et gluantes, des algues vertes et très douces comme de la mousse qui dansent accordées au mouvement de l’eau, car les enfants agitent les eaux claires pour débusquer dans les trous les animaux cachés. Les rochers sont tachés de cercles bruns ou gris clairs, empruntes accumulées de végétal et d’animal, les rochers sont évidés, creusés, troués, on se vautre on se roule on se love dans les grandes vasques de flaques chaudes, puis repris de frénésie on cherche, on ne sait pas ce qu’on cherche mais on cherche. On explore. Il y a des petits crabes transparents qui marchent de travers et qui ne pincent pas, ils sont tellement petits. Parfois ils sont morts, il ne reste d’eux qu’une pâle petite carcasse. Soudain la découverte d’une étoile de mer orange réjouit le cœur même si la mettre dans le seau avec un petit manche de pelle est une action difficile. On s’y prend à plusieurs. On pousse des cris. On court sur la plage, on la fait tomber, on l’apporte aux parents comme un trophée, à cause de la couleur, de la taille et de la beauté.

Il y a un restaurant avec une salle au premier étage et une table ronde. Peut-être au bord de la plage peut-être pas. Sur les murs, des filets de pêche et des boules de pêche en verre coloré bleu.  Sur la table de la baguette croustillante, de la mayonnaise et du crabe. D’habitude les enfants mangent du pain bis avec du pâté végétal. Avec une petite fourchette à deux dents on extrait la chair des grosses pinces roses.

C’est peut-être ça l’origine de toujours vouloir voir la mer, et quand on l’a vue, de toujours vouloir voir  la mer. On ne la trouve jamais comme on rêve de la trouver. La mer.

A propos de Valère Mondi

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

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