Tu t’ennuies.Tu t’ennuies avec une telle ardeur que tu te prends par moments à contempler ton ennui même. Sa pureté. Sa constance. Son acharnement. La fascination que t’inspire ton ennui éloigne encore un peu (est-ce possible?) le monde qui t’environne. Les rues défilent, spectrales, des boutiques à l’avenant annoncent Dieu sait quoi, attirant des êtres qui semblent savoir de quoi il retourne. Il y a des clignotements, il y a des empressements, ici et là un éclat de voix, le tout te parvenant à travers une morne brume. Il y a malgré tout un sol ferme qui te porte, te propulse et t’accueille, comme si de lui naissait la seule volonté de continuation.
Questionnement de l’autrice : Dans ton exil camusien, n’es-tu pas, de nous tous, le plus authentiquement présent au monde ? Un songe parcourant un songe, indemne de ses faux-fuyants ?