Ce qui m’intéresse et dont je voudrais vous parler aujourd’hui c’est de l’espace entre saleté intime et ordure publique, ce lieu que l’on considère comme régi par les comportements individuels et qui nous concerne tous. Je ne prendrai que quelques exemples.
Dans l’immeuble du 52 avenue de Choisy où j’habitais dans les années 70, il y avait dans la cuisine un vide-ordure individuel. Dans la tour où j’ai habité ensuite, ils étaient sur le palier. J’apprends que depuis 2018 il est plus facile en assemblée générale de copropriété de supprimer le vide ordure collectif en particulier si l’hygiène du bâtiment est en cause; majorité de 50% seulement. Il n’est pas précisé dans la loi ELAN qui doit descendre la poubelle, une fois le vide-ordure supprimé. C’est un service qu’on peut demander aux amis qu’on invite à diner. C’est un service qu’on rend à ses enfants qui n’ont pas le temps d’apporter le verre au conteneur. Est-ce compris dans l’option ménage de la location saisonnière ?
En France la législation est très stricte pour l’installation de broyeurs de déchets sur évier (se renseigner auprès de la commune ou du syndic de copropriété, source bricomag-media.com cadre législatif des broyeurs d’évier en France). Pourtant ils sont en vente libre chez Leroy Merlin, Amazon ce qui incite à penser que certains usagers en font l’acquisition sans solliciter aucun avis.
Une récente enquête menée par Opinion Matters a montré que près de 40 % des ménages britanniques jetaient jus de viande, sauces et graisses diverses dans l’évier. Dans les cas les plus graves, les fatbergs créés par ces accumulations de déchets finissent par boucher les canalisations et provoquer des inondations dans les maisons et les appartements.Dans la quartier de White chapell, : un fatberg de 130 tonnes et de 250 mètres de long avait été mis à jour. Cette masse visqueuse avait été patiemment détruite à l’aide de jets d’eau à haute pression. Mélange de graisse des éviers et de lingettes des toilettes sa destruction à coups de jets d’eau.
Si nous avions le temps, il faudrait évoquer l’élimination des mégots et des déjections de chien,compostage des ordures ménagères ressortissent à ce domaine à la limite de l’intime et du politique.
Dans un roman récent que, par ennui, je n’ai pas lu jusqu’au bout, mais qui connaît un gros succès, l’héroïne demande à chatgpt comment avancer dans la vie. Elle se fie à la réponse et se défait de son téléphone portable. Des lecteurs autres que moi qui ont la gentillesse de lire mon commentaire critique m’expliquent cette trouvaille de l’auteur qu’ils apprécient. Victoire de l’intime et du libre arbitre sur l’ordure publique et la décérébration. La littérature est l’espace par excellence où se rencontre la création de l’auteur et l’interprétation du lecteur. Heureusement nous sommes tous différents.
Je sais qu’il faut être confiant. Et j’aimerais terminer par une note d’optimisme. L’humanité a toujours trouvé des solutions. IL suffit de lire Théophile Gautier dans sa description de la voirie Montfaucon (dans Caprices et zigszags 1856 Gallica pp 327-363), ou Lucie Taïeb dans Freshkills (La contre allée 126 p.) pour savoir que nous progressons chaque jour dans la transformation des décharges en parcs publics, l’ordure en verdure.
J’ai conscience du caractère décousu de mon introduction et je vous prie de m’en excuser. Je crois avec Olga Togarczuck dont je reprends les mots en « la possibilité aujourd’hui de trouver les bases d’une nouvelle narration universelle, globale, qui n’exclurait aucune chose, plongerait ses racines dans la nature, serait riche de contextes, mais qui néanmoins ferait sens. » J’attends vos questions.