#construire #04 | marcher dans la ville

Tu vis ta jubilación comme du temps en plus pour tes vagabondages dans la ville. Marcher, observer, passer d’un lieu à un autre, à ton rythme, plus pressée par le temps, ça te donne un peu le vertige.

A contresens de la foule, un jour de semaine. Tu longes la Garonne sur les quais de Bordeaux. Tu contemples les reflets des nuages. Lèves la tête vers le ciel, retrouves la forme des nuages aperçus dans l’eau. Tu aimes ces jeux d’eau, de lumière et de nuages. Tu prends une photo pour mémoire, pour plus tard le carnet de nuages. Tu penses à avant, les journées à arpenter les paysages du Périgord.
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Arrivée à hauteur des Chartrons, ancien quartier de stockage et de négoce du vin, tu salues la statue de Marthe-Adélaïde-Modeste Testas, te remémores son histoire. Née Al Pouessi. capturée avec sa mère dans une razzia en revenant d’un pèlerinage, elle est déportée à Saint-Domingue pour y être réduite en esclavage dans la demeure des frères Testas, bordelais, propriétaires d’une sucrerie et de maisons dans la colonie au 18e siècle. Affranchie à la mort de François Testas en 1795, elle meurt en 1870 sur les terres d’Haïti qu’il t’a léguées.

Tu poursuis ta marche le long de la Garonne, fleuve aimé aux eaux brunes.
Tu penses à Holderlin. Comme il a arpenté ces quais lors de son voyage à Bordeaux. Tu lis le poème Souvenir sur ton téléphone. Recopies un extrait :
Mais vers les Indes à cette heure
Ils sont partis, ayant quitté
Là-bas, livrée aux vents, la pointe extrême
Des montagnes de raisin d’où la Dordogne
Descend, où débouchent le fleuve et la royale
Garonne, larges comme la mer, leurs eaux unies.
La mer enlève et rend la mémoire, l’amour
De ses yeux jamais las fixe et contemple,
Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure.

Au loin, tu perçois la confluence avec la Dordogne, l’estuaire, l’océan. Tu respires l’odeur des eaux mêlées, de l’iode et des marées. Aujourd’hui la marée basse découvre les berges de Garonne. Le limon de couleur rouille, contraste avec le vert tendre de la végétation de la rive droite, le bleu du ciel et le blanc franc des cumulus. Ton paysage absolu.

Tu te diriges sur le pont de pierre. Une autre approche du fleuve. Te sentant traversée par les eaux tumultueuses de Garonne, tu prends le temps de suivre leur course vers l’océan.

Tu poursuis ta marche. Un peu plus loin, face au jardin botanique le buste de François-Dominique Toussaint Louverture (20 Mai 1743 – 7 Avril 1803). Oeuvre de Ludovic Booz, sculpteur haïtien, elle a été offerte par la République d’Haïti, à l’occasion du bicentenaire de sa fondation. Le buste est accompagné d’une courte biographie de Toussaint Louverture et le rôle de Bordeaux dans la traite négrière. Premier général noir de l’armée française en 1793, après l’abolition de la traite par la République. Il est considéré aujourd’hui comme une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et un acteur majeur de l’émancipation des Noirs.

Depuis la rive droite, tu aperçois le signe de la main de Marie-Adelaïde-Modeste Testas. Un signe comme pour approuver le travail de mémoire de la ville longtemps muette sur l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage !

A propos de Isabelle Vauquois

Vit à Mérignac, à deux pas de Bordeaux. Lieux d'inspiration : Vallée de la Vézère, Bayonne, Bordeaux, l'Adour et la Garonne, la côte sud landaise. Depuis 2018, découvre l’écriture avec les ateliers de Claire Lecoeur. Première expérience Tiers livre en 2023 avec "le Grand carnet". Plus j'apprends à écrire, plus j'apprends à lire ! Un projet en cours sur les nuages, l'atelier Recto-verso et l'énergie collective, boostant pour avancer.. .

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