Nous retrouvons Cerventes, le père Esmée, le Monsieur Loyal du cirque de la petite Ville et Vassili (17 ans) qui est mime dans ce cirque le soir après son travail à l’hopital et Esmée 12 ans qui réalise son numéro d’équilibriste…
Monsieur Loyal en redingote rouge entre et se place au centre de la piste. Il porte un doigt sur les lèvres pour demander le silence et regarde le public dans un large mouvement de gauche à droite et de bas en haut : tout le monde se tait.
Roulement de tambour.
Ça va commencer. Ses yeux sont très maquillés, on ne voit qu’eux. Sa bouche rouge fait un large sourire qui lui barre le visage. Les enfants n’ont pas peur.
Pause
Les clowns Piano et Staccato installent une barre fixe. Piano et Staccato font mine de passer un coup de balai sur le sol sablonneux de la piste. Ça fait beaucoup de poussière.
(Les clowns sont pris d’éternuements qui entrainent leurs corps dans une danse désarticulée. Rire des enfants )
Pause
Monsieur Loyal demande une nouvelle fois le silence avec ses gros yeux globuleux. Les enfants étouffent leur rire. Les clowns règlent les projecteurs posés au sol et les dirigent sur une barre fixe. La barre est en bois vernis rouge. Elle brille. Ses pieds métalliques sont fixés sur le sol bien ensablé, grâce à de huit gros clous que Piano et Staccato enfoncent à coups de marteau par des grands gestes de bricoleurs musclés qui tapent le sol de toutes leurs forces, dans un rythme saccadé et régulier. Ils font mine de vérifier que la barre en bouge plus. En effet, elle ne bouge plus. Ils saluent le public, le travail fini. (Piano et Staccato quittent la scène sans tourner le dos aux enfants en faisant des gestes de révérences burlesques) Les enfants applaudissent.
Roulement de tambour .
Esmée fait son entrée. La jeune fille, en collant blanc et justaucorps scintillant, monte élégamment sur la barre fixe. Les enfants sont bouche-bée. Esmée fait une traversée d’équilibriste, la traversée d’une fée dorée. Elle se tient droite et s’élance. Son corps, ses épaules, ses hanches, et ses longues jambes décrivent une roue, une horloge où le temps est suspendu. Ses mains blanches de magnésie sont sûres de ces exercices répétés depuis l’enfance. La jeune fille glisse doucement sur sa poutre avec qui elle ne fait plus qu’un. On entend juste le frottement de ses talons et pointes de pieds légers sur la poutre. Le public silencieux retient son souffle. La musique de « Swing little girl » accompagne la danse d’Esmée sur cette portée qui semble l’emmener au firmament.
Pause
Apparait silencieusement sur la droite de la piste, la silhouette de Vassili. Il est grimé et affublée du costume de Charlie Chaplin, canne et chapeau melon. On distingue à peine son visage blanc et ses moustaches noires. Sa démarche est maladroite, il trébuche et se rattrape grâce sa canne, son corps avance mais sa tête est tournée vers Esmée qui danse au-dessus du sol. Charlie lui tend un ballon rouge. Son dos se cambre, ses bras se tendent, se plient, tout son corps se redresse autour de cette sphère. Elle souffle sur le ballon qui s’envole, aussitôt, sous le toit du chapiteau. Le mime lève la tête et tous suivent dans le même geste l’ascension, sur un « Ho ! » collectif. D’un mouvement ample et libre, Esmée se détache de la barre comme on quitte un rêve et touche le sol délicatement dans la poussière de sable doré qui accueille son étoile.
Le cirque applaudit et tous deux saluent le public, repartent, main dans la main, Esmée et Vassili «Ver de terre amoureux d’une étoile ».

Illustration réalisée à l’encre, sur papier aquarelle, Carole Temstet, janvier 2026