Codicille : ces personnages, nés de mon imagination, ne pourraient être confondus avec des personnes existantes ou ayant existé.
Ils s’appelaient monsieur et madame Amblard, de petits agriculteurs retraités du Pays de Serres, en Lot et Garonne. Leur facteur les a trouvés un jour, tête bêche, en tenues de nuit, ligotés, bâillonnés et sans vie. Certes, ils avaient été violentés, mais c’était par manque d’air, asphyxiés, puisqu’on avait obstrué leurs nez et leurs bouches, qu’ils avaient succombé. Leur fils, Étienne, secondairement aux coups qu’il avait reçus au cours d’une bagarre, c’est dans la palombière de son père qu’il a rendu son dernier souffle, peu après ses parents. Étienne Amblard, un gars qui n’avait jamais eu beaucoup de chance, qui n’avait jamais réussi à s’intégrer vraiment dans son milieu. Il vivait de sa pension d’invalidité, car il avait un bras infirme, et de l’aide de son amoureuse, ce qu’il acceptait très mal.
Mme Tô habitait un pauvre logement du CAFI (Centre d’Accueil des Français d’Indochine). Ancienne compagne d’un militaire malgache, mort pour la France en Indochine, dont elle avait un fils, elle avait échoué dans ce camp de réfugiés du Lot et Garonne. Arrivée en 1956, deux ans après les accords de Genève, elle avait gagné chichement son pain et celui de Raza, son garçon, en ramassant et triant des haricots. Elle avait plus de quatre-vingt ans lorsqu’on l’a trouvée noyée dans le Lot. Suicide ou meurtre : on n’a jamais su. Affaire classée.
Vincent Dufour était un zanatany, un enfant du pays, un Français, né à Madagascar. Malade incurable, il entreprit un dernier voyage Paris-Mada pour mourir parmi les siens. Les Malgaches croient que les morts accèdent à la vie éternelle. C’est pourquoi, ils honorent les leurs de nombreux et riches rituels. Ils consacrent beaucoup plus d’énergie et d’argent à la construction d’un tombeau qu’à celle d’une maison dans laquelle ils ne sont que de passage. Être un mort malgache est, d’une certaine façon, un destin enviable.
Dora Enescu, avec un nom pareil, elle ne pouvait être que roumaine. Arrivée en France, pour un amour improbable ou pour sortir de sa condition misérable, elle a payé son erreur de sa vie et s’est pendue. L’homme responsable de sa désespérance, s’appelait Stanislas Dalancourt : un triste sire. On n’est pas fâché de savoir que, cinq ans après le suicide de Dora, il s’est tué aux commandes de son avion quelque part en Bulgarie. Que trafiquait-il encore là-bas ? Son goût pour la beauté des filles de l’Est, lui a été fatal.
Jean Fournier. Celui-là est métis vietnamien. Alors que sa femme et sa fille Maud sont rentrées en France, quelques jours avant la chute de Saïgon (1975), il magouille pour rester au Vietnam et change d’identité. Acculé par le manque d’argent, il reviendra en France pour faire chanter Maud. Mal lui en prendra, il succombera renversé par une voiture. Christian Leclerc, le frère de Marion, —une bonne amie de Maud, serait-ce une coïncidence ? —, lui, décéda dans ses chais. Un accident de cuve, ça arrive ! La macération du raisin produit du gaz carbonique, incolore, inodore. Plus lourd que l’air, il se concentre au-dessus du moult. Penchez-vous un peu trop, quelques insufflations et c’est la mort.
Ils auraient pu exister ces personnages, j’aime aussi l’humour discret qui se dégage de votre écriture.