#construire #01 | Un été aux Issambres

Le jardin de la villa descend par un chemin ombragé et serpenté jusqu’à la calanque. C’est un petit bois d’eucalyptus et de chênes lièges de pins parasols. Des essences qu’elle ne connait pas. Ni les pignons que l’on peut ramasser en marchant et décortiquer comme des années après les graines de tournesols. A l’époque elle n’a jamais vu non plus de champs d’héliotropes. La plage réduite n’est que gravillons sur lesquels il est malaisé de se déplacer et inconfortable de s’y étendre. Elle n’aime pas ça. Mais elle est surprise de voir aux Issambres le soleil levant sur la Méditerranée. C’est l’été elle fume sa première cigarette dans le jardin en descendant justement par le chemin ombragé qui serpente à flanc de corniche. Son amie fume les cigarettes légères de sa mère qui leur en propose. Le bois est nettoyé. On ne craint pas les incendies. Pas encore. Sur la plage elle ramasse des petits morceaux de verre poli et vert et des coquillages plats blancs et ronds œil de Sainte-Lucie. Elle en remplit une boîte de dragées en carton. Sainte-Maxime et Saint-Raphaël sont à proximité. Saint-Tropez aussi. Pour la première fois on l’emmène dans un musée de peinture : le musée de l’Annonciade. C’est le choc devant les couleurs fauves. Le souffle coupé elle s’arrête devant la toile de Kees Van Dongen Femme à la balustrade. Elle n’en revient pas de sa peau jaune de ses cheveux bleus sous le grand chapeau de ses yeux fendus et de son sourire perlé de petites dents blanches. Sa main est fine ses doigts sont longs son poignet si exagérément étiré. L’annulaire gauche est orné d’une bague. Un diamant ? Elle est emportée par les aplats de couleurs vives qu’elle n’aurait jamais osé imaginer peindre sur un mur. Jaune à la lumière rouge brique dans l’ombre. Elle est stupéfiée. Au comptoir du musée elle achète une carte postale qui ne dit pas son émoi de jeune fille. Le Petit âne sur la plage. Elle s’aperçoit aujourd’hui qu’elle y a toujours vu un âne non pas sur une plage mais dans une plaine. Sa plaine. Et peut-être même son âne. Ce qu’elle ignore alors. Elle n’a jamais eu d’âne ni d’animaux d’aucune sorte.

A propos de Cécile Marmonnier

Elle s’appelle Sotta, Cécile Sotta. Elle a surtout vécu à Lyon. Elle a été ou aurait voulu être marchande de bonbons, pompier, dame-pipi, archéologue, cantinière, professeure de lettres certifiée. Maintenant elle est mouette et fermière. En vrai elle n’est pas ici elle est là-bas. Elle s’entoure de beaucoup de livres et les transporte avec elle dans un sac. Parfois dans un carton quand il ne pleut pas. Elle n’a pas assez d’oreilles pour les langues étrangères ni de mémoire sur son disque dur. Alors elle écrit. Sur des cahiers sur des carnets sur des bouts de papier en nombre. Et elle anime des ateliers d’écriture pour ne pas oublier de vivre ni d'écrire.

8 commentaires à propos de “#construire #01 | Un été aux Issambres”

  1. La lumière, les fleurs, la mer , la cigarette, et l’éblouissement de la peinture Fauve (L’Annonciade, déjà, dans le nom comme une promesse) la promenade est belle on respire en te lisant au cœur de ce jour gris . Et cette belle chute en forme d’ouverture…

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