Tu traînes les pieds ne traîne pas les pieds traîne dans ta tête comme une antienne mais tu traînes les pieds quand même tu traînes les pieds dans le couloir de l’appartement tu traînes les pieds dans l’allée de l’immeuble tu traînes les pieds dans le couloir du métro tu traînes les pieds sur la quai de la gare tu traînes une valise mais de valise tu n’as point alors tu traînes une charrette à bras comme il y en avait autrefois dans les campagnes une charrette à bras en bois avec deux grosses roues de chaque côté et une sorte de manche métallique pour la tirer ou la pousser. Tu tires la charrette dans un chemin creux et c’est là que tu marches après la pluie dans le chemin cabossé tes pieds cabossés qui paradoxalement se lèvent haut pour avancer avaler les mottes de terre les mottes encore plus hautes d’herbe par touffes ton pied roule sur une pierre apeurant le chien qui marche devant toi. Tu traînes pas tant que ça tu marches d’un bon pas derrière le chien qui te mène plus sûrement qu’un projet d’écriture. Tu traînes sur ce coup-là tu traînes dans la plaine quand le soleil veut bien briller quand la neige traîne blanche dans le grand pré quand les perdrix traînent dans la pépinière quand le ciel traîne bleu dans les flaques éclaircies tu traînes. Au loin la bulle géante d’un méthaniseur a gonflé son dôme dans la nuit. Dans la nuit tu t’es dégonflée.