#construire#04#Solitude

Tu roules, à travers les essuie-glaces, tu découvres les panneaux plus tardivement que par temps sec. Tu ne connais pas la route, ce trajet est nouveau pour toi. Tu ne l’emprunteras qu’une fois. Tu te faisais une joie de le parcourir avec elle pour découvrir le lieu de ta naissance. Tu es seule, un refroidissement lui interdit tout déplacement. Tu es seule, les réservations sont faites. Tu dois faire ce voyage. Isolée dans l’habitacle, le déluge te pousse à ralentir. Tu ne t’arrêtes pas, tu réduis ta vitesse tout en continuant à avancer. La pluie ne cessera pas, tu dois rejoindre la première halte prévue. Tu n’as pas planifié les visites, tu avais prévu de le faire avec elle. Tu dois occuper tes trois prochaines heures. Tu sors de l’autoroute. Une abbaye ? Va pour des vieilles pierres, tu te perds dans les routes secondaires. Un lundi d‘automne, seuls les tracteurs circulent. Tu patientes derrière une remorque remplie de pommes à cidre. Tu t’enfonces dans la forêt domaniale pour rejoindre le site classé. Tu t’étonnes de le trouver ouvert. Tu es la seule visiteuse. Tu déambules à travers les ruines de l’église. Entre les piliers du transept, tu observes le ciel. Tu prends quelques photos avec ton portable. Tu ne sais pas cadrer correctement. Ces clichés, tu ne les regarderas jamais. Tu poursuis ta marche, jusqu’au moulin pour visiter l’exposition. Tu observes les maquettes du site aux différentes époques de son existence. Tu utilises chacun des boutons permettant de repérer l’infirmerie, le jardin de simples, le réfectoire, le cloître. Tu inspectes avec attention les sculptures du cloître et le réfectoire. Tu termines assise sur un banc devant l’interview de la dernière propriétaire, en dix-neuf cent soixante-dix, une femme élégante emmitouflée dans un châle de laine, au coin du feu allumé de la même cheminée que tu vois sur ta gauche. Tu t’attardes dans la boutique de souvenirs. L’employée déclare que la spécialité de l’abbaye, ce sont les pommes, tu peux en prendre une. Tu prends une pomme, tu en as rarement vu une aussi grosse. Tu hésites entre deux variétés. L’employée te dit que tu peux en prendre une de chaque. Tu prends deux pommes. Tu les ramènes dans ta voiture. Tu repars en direction de la halte du soir. Ton portable ne se recharge pas sur la prise usb de ton véhicule. Tu l’éteins pour économiser ta batterie. Tu ne connais pas la ville. Tu n’as pas de plan pour trouver l’hôtel, tu te souviens qu’il est proche de la gare et du fleuve. Après plusieurs essais, tu allumes ton portable pour le dernier kilomètre. La pluie déborde des caniveaux. Tu ne visiteras pas la ville. Dans ta chambre d’hôtel, tu manges les deux pommes.          

A propos de Noëlle Baillon-Bachoc

Lectrice compulsive, attirée depuis le plus jeune âge par la littérature de l’imaginaire avec une prédilection pour le fantastique. Je me consacre à présent totalement à l’écriture. J’anime des ateliers d’écriture et des stages dédiées à la littérature de l’imaginaire. Irvi an Amzer, mon premier roman publié est un récit fantastique inspiré de légendes celtes et bretonnes.

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