#construire#06/ Vassili dans la poussière

Codicille , je poursuis ma tentative de roman « Point de fuite », projet commencé cet été, il y a dans ce roman un personnage qui se nomme Vassili qui est aide-soignant dans l’hôpital psychiatrique de la petite ville où se déroule le roman. le personnage est aussi mime, le soir, dans le cirque installé au bout de la ville.

Moi, Vassili, je ne me décourage jamais. Je suis un peu l’ homme à tout faire, ici, pour nettoyer ou réparer. C’est Vassili qu’on appelle.

C’est pas ce que je déteste le plus. Nettoyer, briquer, javelliser, faire place propre. C’est nécessaire pour éviter le pire. Les murs ici ne sont pas prêts de s’effondrer mais par endroit, l’hôpital se fissure, se désagrège encore et encore. Sous la canicule, je balaie une poussière dorée, j’ai l’impression de vivre dans un château de sable. Mais, la pierre meulière de ce vieil hospice ne cédera pas. Elle s’effrite tout au plus. C’est que la chaleur de ce mois de juillet, elle, reste en suspension. Les couloirs de l’hôpital transpirent une humidité acre qui prend à la gorge. Même si je ferme les fenêtres, un vent de désert s’insinue par les joints qu’il semble dissoudre. Avec lui, la poussière se pose indifféremment sur les objets où sur les corps inertes, étendus sur les lits, sous la chaleur accablante.

Quand j’arrive le matin, je pose ma veste, noue mon tablier et mets mes gants. D’abord un coup de ballet. La poussière aime à s’insinuer dans les angles les plus improbables, elle s’incruste partout, remplit les vides, les abrasions et finit par ternir, jaunir et noircir. Il n’y a rien à faire, elle s’accroche et transforme le monde en immense sablier.

Puis vient le temps des réparations des petites fissures, je colmate, je ponce, je repeints, pour cacher la misère de ces murs qui partent en décrépitude. Je revisse de coups de clé inexorablement des robinets qui fuient. Les patients ne supportent plus d ‘entendre le goutte à goutte de la tuyauterie qui résonne à travers toute la structure, et ,je ne supporte plus, moi, de les voir s’effondrer devant les murs de tristesse de l’hôpital d’où suinte une fatigue ancestrale.

Je ne comprends pas, j’ai l’ impression que je suis le seul à connaitre toutes les failles de ce lieu, d’en connaître les moindre détails, les dalles, les carreaux de carrelage, un à un, dès qu’émerge la moindre moisissure, je livre une bataille sans merci à coup de désinfectant, de seaux d’eau de javel. Je sais que ce combat est perdu d’avance, mais ce qui est curieux, c’est que malgré tout, l’ensemble résiste.

Ma lutte est infinie, le temps s’écoule et mon espoir de fraicheur s’éteint en moins d’une journée et tout est à recommencer.

Je lutte contre l’inhabitable, l’inavouable temps qui passe, je lutte contre l’ abandon de ces hommes et ces femmes isolés, posés là, dans leur chambre ni vraiment blanche, ni vraiment grise.

A propos de Carole Temstet

Née , à Paris en 1966 , animatrice d' atelier d 'écriture depuis 17 ans , dans les milieux scolaires et associatifs, j 'aide adultes et enfants à développer leur créativité et à y prendre goût au sein de l ' association Mots et Pinceaux à Nogent sur Marne. J'ai publié , un premier roman intitulé "Hors sujet" et un roman pour la jeunesse à partir de 9 ans " Violon d'étoiles" illustré par mes aquarelles, dit par P. Calmon (acteur) et joué au violon par I. Scialom (violoniste). (lien à trouver sur Publibook.fr) site FB : Carole Temstet

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