#construire #08 | Passerelle

Lieu de rendez-vous : Hôtel le Costa Rica. L’idée de Paul : faire l’excursion dont il rêve depuis le premier jour de notre voyage. Le but : traverser une passerelle perchée à plus de 80 mètres de haut, entre des arbres, vue imprenable sur une nature luxuriante pour les deux banlieusards que nous sommes.

Ce matin, jumelles, sac à dos, appareil photo en bandoulière, gourde, boussole…en disent beaucoup sur l’enthousiasme indéfectible de Paul.  Ce qu’il ne sait pas, c’est que j’ai le vertige. Ce que je sais, c’est que le guide fait cette ballade depuis 20 ans avec toute sorte de public, il ne faut pas être spécialement sportif, il suffit de savoir marcher tout droit. Balancés dans le 4/4 qui vous amènent au point de départ du périple, tout le monde est content de mettre enfin pied à terre et de respirer l’air moite de cette forêt dense et assombrie par des fougères géantes qui vous empêchent d’avancer.

A grands coups de machette, le guide vous mène tous à la queue leu leu sur un sentier qui grimpe, et, vous chevauchez terres humides et racines géantes  pour vous hisser au pied de cette gigantesque passerelle qui fait 1km de long à travers les cimes des arbres. Paul me propose de boire avant d’entamer la traversée, je laisse avancer tout le monde pour pénétrer la dernière sur cet enfer.

L’ élément est, en effet, instable, balloté par le vent et glissant. Mais le guide vous rassure en vous disant qu’il faut bien se tenir ,au cas où, une des lattes de bois, grossièrement liées entre elles par des joncs, venaient à manquer… Il faut bien regarder où vous mettez les pieds, enfin, il s’arrêtera de temps en temps pour faire ses commentaires et vous laisser le temps de prendre une photo.

Si je regarde mes pieds, j’ai le vertige, impossible d’avancer, une bouffée d’angoisse m’envahit, je respire profondément, je me dis, ce sont des peurs d’enfants, il ne peut rien arriver. Paul est là, il me tient la main. Regarde comme c’est beau! un décor pareil, c’est une fois dans sa vie ! Pour lutter encore un peu, je fixe les rayures de la marinière de Paul, qui marche devant moi. Ça va ? tu suis, c’est magnifique, les singes sur ta droite et les oiseaux exotiques sur ta gauche…Paul! Paul! stop! arrête! j’en peux plus ! Mes jambes tremblent et tout mon corps refuse d’avancer… je m’effondre en larme, j’ai le vertige…

Mais tu ne me l’as jamais dit! Oui, faisons marche arrière sinon je me jette dans le vide! Paul me regarde surpris et tellement triste, nous faisons demi-tour déçus tous les deux et inquiets de nous retrouver seuls au bout de cette passerelle, voyant s’éloigner le groupe sans que nous puissions leur expliquer pourquoi nous devions faire demi-tour. On y va maintenant , on va essayer de les retrouver de l’autre côté de la passerelle s’exclame Paul arrivé sur la terre ferme… Mais comment va-t-on faire ? J’ai un plan,… et une boussole ! Je te suis, dis-je en priant que son équipement puisse nous sauver la vie.

Assez peu rassurée par l’avancement de la journée, il commence à faire de plus en sombre et de plus en plus humide, je suis en eau, transpirante, sale, glissant dans mes baskets spongieuses. Tout tourne véritablement au cauchemar, des moustiques géants et toutes sortes d’insectes me terrorisent. Pleine de ressentiment je continue de marcher dignement en me jurant de ne plus jamais me mettre dans une situation pareille. Quand Paul s’écrie : la route ! C’est la route que nous avons prise avec le 4/4 ! Nous sommes sauvés. Nous ne devrions plus être très loin du village et de là nous pourrons appeler l’hôtel. J’ t’avais dit, j’ai suivi ma boussole et mon instinct d’explorateur! A ce moment précis du voyage, Paul avait vraiment dit un mot de trop…

A propos de Carole Temstet

animatrice d' atelier d 'écriture depuis 18 ans , dans les milieux scolaires et associatifs, j 'aide adultes et enfants à développer leur créativité et à y prendre goût au sein de l ' association Mots et Pinceaux à Nogent sur Marne. J'ai publié , un premier roman intitulé "Hors sujet" aux Editions de la Société ds Ecrivains et 2 romans pour la jeunesse à partir de 9 ans " Violon d'étoiles" illustré par mes aquarelles, dit par P. Calmon (acteur) et joué au violon par I. Scialom (violoniste). (lien à trouver sur Publibook.fr) , et Retour à Lune Rousse, illustré par mes aquarelles et publié chez Nombre 7, coll Horizon Jeunesse. insta: Carole Temstet Lévy

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