Anh Mat | Người nước ngoài (individu-eau-étrangère)

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l’auteur

Né en 1982 à Toulouse. 24 ans après, départ pour Saigon où je vis et écris.
Errances littéraires et audiovisuelles sur le web depuis 2013.

« Il y a quelqu’un », nouvelle, et « En attendant l’orage », nouvelle, ici-même. « Monsieur M », roman, publie.net. « Cartes postales de la Chine ancienne »,recueils de poésie aux éditions Qazaq
résidence numérique chez Noëlle Rollet, sur Glossolalies.net, programmé au festival « extra LittéraTube » à Beaubourg. « Au sujet de la vidéoécriture » revue Oeuvres ouvertes
contributeur régulier dans la revue « les cosaques des frontières », anime le blog les nuits échouées.

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le texte

Jusqu’ici, le réel n’était pas ma matière. Mes lieux d’écriture étaient tous imaginaires, parfois issus de rêves, de dessins, de lectures, mais jamais issus des villes où je vivais. Je ne prenais d’ailleurs aucune note, ne faisais pas encore de photo, ni de vidéo. Après mes 4 premières années à Saigon, je n’avais curieusement jamais évoqué mon rapport à cette ville ; peut-être par refus de tout exotisme, refuser d’écrire les différences évidentes, préférer épuiser l’inédit, attendre d’y bâtir des habitudes, de s’y ennuyer avant d’écrire à son sujet. Suite à la publication de mon premier livre, la ville est devenue mon unique rapport à l’écriture. Chaque dérive en elle était à présent notée, photographiée, filmée. J’ai d’abord cru à une sorte de journal mais la fiction m’a rapidement rattrapé, en particulier quand l’usage de la caméra a commencé à s’imposer dans ma pratique. Une fois l’oeil dans l’objectif, il m’était impossible de regarder le réel autrement que sous les traits de la fiction ; chaque trajet à moto à pied m’offrait une succession de scènes, une suite de bribes d’histoires mort-nées. Et j’ignore pourquoi, toutes ces histoires avaient toujours à voir avec l’acte d’écrire. Le flux incessant de la ville, ses métamorphoses, ses personnages errants ouvraient toujours, au coeur même du quotidien, une brèche sur le fantastique.

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 sommaire janvier 2022.

JE REGARDE LA NUIT tomber sur moi. Mon reflet disparaît dans la vitre. Je deviens l’ombre de mon double. Ma vue tombe avec le soleil. Au loin, des tirs de Kalachnikov. Ils ne viennent pas d’ici mais d’un autre continent. Tous les chiens du quartier hurlent à la mort. Ils n’aboient pas de peur. Leurs aboiements simultanés ressemblent à un choeur, un choeur de sanglots d’hommes étouffés dans un coussin. Je suis persuadé que ça vient du pays natal, quitté il y a treize ans. Je regarde le puzzle de maisons et d’immeubles. Des silhouettes passent et disparaissent comme un mirage à leurs fenêtres encore allumées. Drôle de ciel que celui du bitume, ciel constellé d’hommes, de femmes, d’enfants, salive chair sang d’une ville en perpétuel mouvement. Le ciel est orageux, ça gronde tout près. Je relève la tête de l’écran et surprends un éclair, celui qui d’un flash éblouissant retire la nuit de sa fiction. Mais le noir retombe aussitôt, comme un rideau sur l’envers du décor. De quelle ville suis-je le pantin ? Les chats miaulent comme des nourrissons qu’on étrangle. L’église sonne une heure que personne ne connait. Un cri strident suivi d’un bruit de moteur trafiqué déchire le silence, probablement un vol à l’arraché, un criminel en fuite… ou bien juste la rencontre de deux bruits avec lesquels je m’invente une histoire, histoire de faire quelque-chose. Le vent redouble d’intensité, le ciel est mouvant, il remue, c’est une mer de nuages agités qui passent sur la lune, encore plus éclatante que d’habitude. Il ne pleut pas vraiment. Les chiens n’aboient plus que par dépit. J’ai de l’amitié pour le moindre bruit de ce monde endormi. Les nuages se stabilisent. La lune est désormais visible. Je ne peux m’empêcher de la fixer. Il me semble deviner une ombre grise au sein de sa pupille blanche. Serais-je devant l’échographie du foetus qui attend de naître depuis la nuit des temps ? Son angoisse me remue. Il tremble de fièvre, recroquevillé, à l’étroit, sans drap où se cacher. Si je ferme les yeux un instant et me concentre bien, j’entends son hurlement sans voix portant la peur d’exister un jour. Son pouls bat désormais contre le mien. Chacune de ses pulsations est un coup que je reçois. Comment pourrais-je résister plus longtemps au passage à tabac d’une existence qui veut sortir de là ? Je vois sur la lune l’empreinte de tous les coups qu’il a donné en vain pour percer sa coquille ? Par quelle face sortira-t-il la tête ? Par quel cratère ? Abul Wáfa ? Bullialdus ? Chang Ngo ? Da Vinci ? Epigenes ? Freud ? Gutenberg ? Hatanaka ? Izsak ? Joliot ? Kant ? Harpalus ? Isabel ? Joy ? Kasper ? Louise ? Nasireddin ? Osiris ? Paracelsus ? Quetelet ? Romeo ? Schubert ? Thiel ? Ukert ? Volta ? Webb ? Xenophanes ? Yablochkov ? Zeno ? Je l’imagine en effet sortir par une des lettres de cet alphabet illisible. Peut-être viendra-t-il à mes côtés remplir le vide d’une pensée qui ce soir fut enfanté par un simple regard sur la lune... Je suis témoin, quelqu’un chose est tombée. La lune aurait-elle accouchée ? La fièvre du nouveau-né lunaire se propage dans l’atmosphère. La ville a des airs de guerre. J’écris désormais du ciel. Je survole le déluge de feu qui s’abat sur la ville. J’ai une mauvaise visibilité à cause de la fumée. Mais la lumière du ciel est celle de la lave. Une lave fluorescente, fascinante et effrayante à la fois. Les étoiles tombent et se confondent aux lueurs des lampadaires, aux phares. Je suis l’ombre d’un homme devenu lieu dans le noir, une fois l’écran éteint. Le monde devient espace sans paroi ni sol, trou d’air obscur où chuter jusqu’à l’aube. Dans le trou je trouve des mots toujours, plus je creuse plus il y en a. Chacun lance une vague, mouvement qui cherche indéfiniment son épuisement, la phrase est l’unique chose vécue, à cet instant précis, sur le fil du temps suspendu. Puis un relent d’angoisse vient me ressusciter : je me souviens que j’existe. De longues minutes sont passées sans moi. C’est à me demander si parfois ma montre ne me joue pas des tours. Derrière le cadran fêlé, mes aiguilles dorées seraient-elles de mèche avec la mort ? Profitent-elles de mes absences pour soustraire à ma vie un peu de mon temps ?

Je m’allonge enfin, ferme les yeux, simulant un sommeil perdu d’avance. J’entends tout, l’écho des pas d’une errance de pauvre, les bribes d’une dispute interrompue par une porte claquée, l’aboiement d’un vieux chien qui n’en a plus pour longtemps, le mécanisme de l’ascenseur, les rires ivres des voisins rentrant chez eux, des coups de balai sur un trottoir, le silence des machines, le silence dans le noir, le silence du sommeil des hommes. Quelle chance ils ont de savoir encore s’endormir. De mon côté, je sais déjà que je ne dormirai pas, pas une minute, oreilles et yeux resteront ouverts jusqu’au bout de la nuit, ça ne m’ennuie même plus, je ne me lasse pas de la fable d’en bas, celle d’un rat chassé par un chat qui jusque là roupillait, sur le rebord de son toit préféré, son coin à lui, à des hauteurs vertigineuses de solitude, au sommet de la nuit des rues. Dans le ciel rayonne le sourire narquois de la lune. Au fond elle peut bien se foutre de moi. Quelle importance ? Dans à peine une poignée heures, elle aura disparu dans la lave du petit matin où je jetterai mes yeux, dans l’espoir de dormir un peu. Je reste là, face au ciel noir, attendant patiemment que le soleil ouvre son oeil et l’incendie. Derrière la vitre, le même regard cerné, les mêmes valises pleines des rêves pas encore faits. Décidément, l’insomnie offre des ciels aussi majestueux qu’inutiles...

Je ne ferme jamais les yeux volontairement. Je préfère attendre que les paupières tombent d’épuisement. Mon insomnie n’est que pur mensonge. Puisque je ne la subis pas. Je procrastine le moment de m’endormir, fais tout en mon pouvoir pour rester éveillé. Comme si j’avais peur du temps qui passe sans moi. C’est peut-être pour ça que mon visage ne vieillit pas. Depuis plus de treize ans, je ne vis pas une succession de jours, ni d’années. Je vis du battement des secondes qui ne cessent de se répéter, le corps et la pensée livrés à une intrigue inépuisable, sans sujet. L’identité devient hypothétique. Aucun pronom ni aucun mot ne pourrait saisir mon dépaysement intérieur. Même l’écriture est impuissante. D’elle ne reste que la ponctuation : virgules, guillemets, tirets, parenthèses, points d’exclamation, d’interrogation, hurlement de signes, d’oscillations nerveuses...

Le chant des coqs ressemble au hurlement du loup. Ils se répondent d’une maison à l’autre. On dirait qu’ils conversent. Que peuvent-ils se dire ? Se hurlent-ils des menaces de mort ? S’insultent-ils pour se provoquer quelques heures avant d’entrer dans la fièvre du gallodrome, posture fière, bec saillant, plumage flamboyant châtain noir tâché de blanc, déployant les ailes avant d’attaquer. Il y a des nuits où les mises sont si importantes que les parieurs ne peuvent se décider d’arrêter à temps. Nombreux coqs y sont restés, regard fixé, crête au sol, morts au combat. J’ignore si j’ai dormi ou pas, un vague rêve encore en mémoire… ou était-ce une absence ? Derrière la vitre plus rien du rêve, juste la ville au matin. L’horizon voilé de brume, les rues encore nues de parole. Le rêve est loin. La ville redevient sujet du regard. Qu’ai-je écrit ? Au bout du petit matin, j’entends le râle des mots de la nuit dernière, ceux réduits au silence dès les premiers signes du jour, mots enfouis, retenus, mots qui mettent à nu comme on met à mort, mots qui n’existent pas encore, mots qui touchent aux choses me compromettant, mots masqués, mots des tares dissimulées, mots secrets sous le calme apparent des familles, mots lâchement abandonnés dans la nuit déserte. Ils restent là, immobiles, orphelins de leur voix, livrés à eux-mêmes. Dans le rétroviseur leurs mines trahies regardent ma silhouette s’éloigner à toute allure. Sur la moto je fonce en fermant les yeux, je les ferme le plus fort possible, pour broyer le souvenir de leur dernier regard. Et s’ils revenaient un jour au pas de ma porte, J’userais de toute la mauvaise foi nécessaire et nierais les avoir écrits. Mais je sais qu’ils ne reviendront jamais. Dehors, aucune chance de survivre plus de quelques jours. L’oubli se chargera de leur cas, oui, l’oubli fait des rondes, traque chacun d’entre eux. Certains grimpent aux arbres, plongent dans les égouts pour ne pas être pris. Mais l’oubli finit toujours par leur mettre la main dessus. Certains se dėbattent, hurlent leur droit à la parole. D’autres restent silencieux, tus à jamais par la trahison de leur auteur. L’oubli assomme à coup de pelle les plus apeurés. C’est moins inhumain de les enterrer inconscients. Les plus calmes se laissent volontiers enterrer vivants, la bouche ouverte sur le ciel étoilé. On les enterre en plein jour, n’importe où, dans la ville, sous les yeux des passants qui font mine d’ignorer. Parfois les mots se réveillent sous la dalle. On peut entendre leur voix, très tard dans la nuit. Chaque pas réveille un mort. L’esprit de leur voix me montre du doigt, me condamne au remords. Le trottoir est un cimetière de mots trahis.

Je regarde à l’œil nu le jour se lever. le soleil qui baille encore dans la brume. Il s’étire, se lève tout doucement, ouvre son oeil encore rouge sur ma silhouette. Ses premiers rayons m’invitent à aller marcher. Je sors, patauge dans le matin, ciel dans les flaques. Pas un mot à l’horizon. La faim m’arrête là, à une table à ras du trottoir, la tête entre deux plaques d’immatriculation, genoux sous la poitrine, presque sur les talons, la chaise en plastique bleue est minuscule. Une main chasse les mouches de la viande sur le feu. Le va et vient de l’éventail ravive les braises, propage l’alléchante odeur sur la route, éveille l’appétit de ceux partant au travail le ventre vide. Je les regarde passer, le nez dans mon bol vert-coriandre, blanc-bún, rouge-piment, orange-carotte et brun-porc-grillé. Sur le trottoir d’en face, j’aperçois une ruelle d’à peine un mètre de large, derrière une machine à coudre. Dans le cendrier, une cigarette se consume seule. La fumée se confond à celle de la viande brûlante. Son parfum fait saliver le chien. Je dévore sous son oeil alléché. Je ne lève pas les yeux. J’entends juste en mâchant le bruit des cuillères, des tasses, le bourdonnement des rues derrière. La ville, perdue en elle-même, s’arrête sur le bas côté et me demande poliment son chemin :

— Le fleuve s’il vous plaît.

J’étais de dos. Elle découvre mon visage de người nước ngoài. Avant même que je ne réponde, elle s’excuse de m’avoir abordé, comme si les traits de mon visage insinuaient que j’étais incapable de l’aider. Je lui souris et dit dans la langue d’ici :

— Prenez à droite au lampadaire rouge et blanc, passez devant le Bún Bò Huê de Cô Hoà puis allez tout droit dans l’allée d’arbres et de graviers qui sent l’ombre et l’urine, suivez l’odeur de l’eau, vous tomberez sur une buvette pour pêcheurs. Prenez garde au chien qui vous accueillera : il en a fait tomber plus d’un...

Sur ces mots je reprends ma route. Et la ville, subjuguée, connait désormais le chemin pour se rendre à la rivière.

Je laisse 30.000 sous le verre de thé glacé, pars marcher sur l’eau enterrée-vivante. L’avenue était un canal, il y a des siècles. La rivière ressurgit des fontaines au sol. Elle mousse, on dirait ma salive. J’avance, de l’étrangeté dans la tête. Du rêve ne reste que la sueur froide sur le drap. L’oubli ne désamorce pas son effroi. La ville disparait derrière la pluie qui tombe. Je me réfugie à Hatvala où je sèche à l’air conditionné. Déjà le mal de gorge, les premiers frissons, orteils frigorifiés sous le cuir mouillé. La crève me guette. Je cherche un peu de chaleur auprès de "two sisters", nom d’un thé sec à goût de raisin et de miel. Derrière moi deux types parlent du crime qu’ils auraient commis. Ils parlent anglais avec l’accent japonais. Malgré les premières gorgées brûlantes, le corps demeure glacé. Mon palais ne reconnait ni le raisin, ni le miel. En revanche son goût étrangement familier fait ressurgir le rêve de la nuit dernière : ça se passait dans la rue. Je me battais contre un passant. Aucun coup ne portait. Mon poing caressait. Une force contraire retenait mon bras. Sentiment de me battre dans l’eau. D’où vient ce rêve ? Des mots retenus, morts de n’avoir jamais été prononcés. La conscience a un jour avalé leurs dépouilles sans pouvoir les digérer. Et un jour comme aujourd’hui, je me réveille avec le poids de leur oubli dans le ventre.

Ça y est j’ai la crève. Elle est rentrée par le nez et descendue dans la gorge avant de se propager dans la tête. Le courant d’air fait trembler la fièvre qui sommeille encore. Je sens son poids qui peu à peu enlise la pensée, les gestes. Ce n’est pas désagréable. Être fiévreux a parfois un parfum de vacances. Le ciel est nuageux mais désormais sans pluie. Bánh mì en main, je mâche avec gourmandise le gras de porc recouvert de mayo à la coriandre. L’air est frais. Cet instant là, cette paix de quelques minutes, justifie plus de treize ans vécus ici, treize ans à regarder les motos passer dans l’espace de la page, treize ans que la ville me rentre dedans, m’écrit, me refait le portrait, un portrait mouvant, n’éprouvant plus de gêne à dévoiler ses traits. Je rapièce peu à peu mon identité fragmentée pour incarner une sorte de moi, un moi moins hypothétique que par le passé. Je suis donc quelqu’un, aussi vague soit-il.

La ville ne connaît pas mon nom. Elle ne me l’a jamais demandé. Certes elle m’appelle người nước ngoài, Tây, étranger. Les traits de mon visage lui sont pourtant étrangement familiers. Dans le doute, elle finit par me poser une question quelconque, juste pour savoir si je parle sa langue : je réponds distinctement. Elle fronce les sourcils, feint de ne pas m’avoir compris. Je répète et la ville comprend à nouveau, sans pouvoir distinguer d’où mon accent vient, de quelle région inconnue d’elle. Ce ne sont là ni des intonations du nord, ni du centre, ni du sud. Elle entend sa propre langue comme jamais auparavant.

Mon anonymat ne passe pas inaperçu. Ma démarche est fausse, ma nature manque de naturel. Je me sens si à l’étroit dans ce corps pas fait pour l’âme. J’aimerais passer pour n’importe qui… mais comment me débarrasser de mon allure de faussaire ? Ma présence déroute, j’incarne bien malgré moi l’inattendu. J’entre et la salle devient aussitôt rumeurs, murmures, regards insistants, même les mouches se posent un instant pour me regarder, même le silence se pose des questions à mon sujet. La ville tente une approche. Je commande un autre thé, dans la langue d’ici. L’accent est bon, la phrase est juste, structurée correctement, limpide. Chaque mot prononcé est d’une extrême clarté. Les regards se tordent, le trouble dans la salle s’intensifie. La ville fait à nouveau semblant de ne pas comprendre, prétexte pour me faire répéter. Mieux vaut ne plus dire un mot. J’ouvre l’iPad, plonge dans le tunnel, reprends le flux des phrases là où je l’avais laissé la veille. Plus rien d’autre n’existe. D’ailleurs la ville ne prête déjà plus attention à moi. Non pas que je me fonde peu à peu dans la masse — elle me prend rarement pour un homme d’ici — mais parce-que je me fais si discret que j’en deviens presque invisible...
À la fenêtre, le jour dénude mon visage : je parais très jeune, des traits encore en enfance. Mais mon regard, vide, le silence où souvent je m’absente, ma façon d’être seul aussi, trahissent mon apparente innocence. Quelque-chose en moi semble avoir vieilli plus vite que mon visage. On ne saurait me donner un âge. La ville ne tient plus. Elle s’adresse directement à moi comme elle le fait parfois :

— Toi ! quel âge tu as ?

Je réponds calmement :

— Anh không nhớ (je ne me souviens pas).

C’est vrai, depuis que j’écris au présent, le temps ne passe plus. Je dois avoir 39 ans, 39 années de secondes suicidées. Regarde mon visage : la montre est arrêtée depuis longtemps. C’est à 22 heures 22 que le temps a cessé de me passer dessus, un jour, c’était en soirée. J’étais arrêté devant le portail clos d’un temple bleu. Il venait de pleuvoir. À travers les ornements du portail, un visage a surgi : la ville priait les yeux ouverts. J’ai aussitôt pris mon appareil. Les aiguilles du cadran se sont figées au moment même où son regard a croisé mon objectif. Je n’ai pas retiré la montre de mon poignet depuis. En moi demeure ce lieu blanc et bleu, en moi demeure la bienveillance de son silence de mort...

Je ne crois plus au problème de pile. Le temps s’arrête au contact de ma peau. Le battement de mon coeur court-circuite celui des secondes. Il est à jamais 22 heures 22. C’est pour cette raison que je ne vieillis pas. Je vais à mon rythme, bien plus lentement que le temps, que la ville aussi, qui chaque nuit se métamorphose. Je marche avec le même visage, à contre-sens sur mes trajets d’autrefois, certains sont désormais en sens interdit, d’autres mènent à une impasse. Il y a même des routes qui n’existent plus. Mes refuges sont détruits, fermés, remplacés par d’autres lieux où je ne suis plus à mon aise. Ainsi, de peur qu’une nouvelle habitude soit encore détruite, je choisis l’errance, l’état ambulatoire de l’écriture, l’errance des temps, de la mémoire qui sans date se souvient au présent...

Người nước ngoài, en vietnamien, signifie littéralement « individu-eau-étrangère », rien de plus. L’origine reste vague. Je suis un người nước ngoài. Je ne suis certes pas d’ici... mais pas de trop loin non plus. La ville fronce les sourcils, cherche à deviner d’où je viens. Elle ne peut me rattacher à l’idée d’une culture, d’un pays, ni même d’un continent. Je viens de nulle part et partout à la fois, d’un lieu qui probablement existe, dans la masse des lieux du monde. Un lieu aussi lointain que proche. Un lieu où je n’ai pas encore de nom. Ainsi la ville décide de me renommer. Du prénom ne reste que la première syllabe : Mat. Et derrière un titre, celui qu’une langue étrangère m’a donné : Anh. Dans le nord, ça se prononce presque Agne. On peut le traduire par frère, ou monsieur. Nous sommes tous des Anh. Anh est un pronom masculin. Et encore. Il n’est pas réservé aux mâles puisqu’il peut être aussi nom de femme. Anh Mat, deux syllabes masquant le prénom quitté comme un pays. La ville me demande, sans gène aucune :

— You ! Where from ?
— Anh không nhớ...

Anh est l’autre à jamais renouvelé, l’anonyme à identité passagère, le passant nu de toute pensée. Plus que l’être-là, plus que sa présence organique dans la fureur de la ville. Je ne dis pas « ma ville », la mienne. Elle appartient tout autant à un autre. Personne ne peut s’approprier une ville, aucun titre, aucune idée de livre ne justifie une telle prise de pouvoir. Autant de villes dans une ville que de solitudes en elle. Son nom n’a aucune importance. Je suis juste dans un coin du monde où j’ai pris l’habitude d’écrire la lumière, les perspectives, les visages vus au coin de la rue, dans le réel ou ailleurs, peut-être même dans le sommeil, qui sait d’où viennent les inconnus que soudain je reconnais ? De quelle année ? De quelle ruelle ? De quel détour viennent-ils ? Par peur de les oublier, je prends souvent l’appareil pour leur voler discrètement le visage. Certains ne se rendent compte de rien, d’autres me prennent les yeux dans le sac. Gêné, j’évite de croiser leur regard dans l’objectif. Pourtant, aucun voyeurisme dans mon geste : je saisis un visage au même titre qu’un poteau ou un mur. J’essaie d’être aussi stable que possible, la main ferme sur l’appareil, ne me préoccupe que du cadre. Une fois le portrait dérobé, je rejoins le banc de poissons mécaniques, son flux incessant, je joue de la nageoire, du guidon, monte sur le trottoir, à 20 km/h les façades changent de couleurs, de matière, du béton vert-dégâts-des-eaux peut naître une tour de verre. Pas fini le chantier d’en haut qu’un autre commence en bas. Les routes portent le deuil des rizières, le nom des rivières qui survivent dans le souvenir de quelques-uns, les plus anciens, souvent plus jeunes que mon père. Les rues sont peuplées de chambres disparues, d’immeubles détruits ou en projet. On arrache les arbres, on les replante ailleurs, bien alignés. Un café ferme, un autre ouvre aussitôt à sa place, au même endroit, sous une autre enseigne, une autre table, une autre chaise où écrire, aussi loin que l’absence de soi le permet...
Le porc sur le grill fait un bruit de pluies diluviennes. Il pleut dans ma tête. Je m’imagine déjà mouillé, les mains crispées sur la moto, englué dans les rues devenues canaux. Je m’imagine y voguer, grimace dans le rétro, joues fouettées par la pluie. J’imagine ceux courant après leur mobylette emportée par le courant, d’autres cherchant un abri, un hall, un bout de toit sous lequel s’abriter. La ville semble entrainée par la crue du livre à venir. Ce même trajet jamais pareil, combien de fois l’ai-je pris ? Je commence un calcul absurde puis j’abandonne à la vue des façades. Je devine dans les carrés de béton de nouveaux refuges, d’autres fenêtres où me percher. Je monte un escalier à l’instinct, disparais dans les étages étroits de l’immeuble. Je suis les fils emmêlés comme les phrases dans la tête. J’entends les rouages rouillés, l’ascenseur qui grince. Le pas des morts résonnent dans l’escalier. J’ai le sentiment de longer les vieux chantiers d’écriture inachevés, leurs voix tapent à grands coups de marteau dans le crâne. Dans le tunnel des phrases, combien de personnages attendent d’être écrits ? Où vont-ils ? Nulle part ou vers l’issue que l’écriture n’a jamais su trouver ? Longeant les murs, suivant les fils de leurs chemins noués, ils marchent d’une histoire à l’autre, oubliant un peu plus, à chaque pas, d’où ils viennent. Sont-ils nés un jour d’une idée, d’une phrase morte avant d’avoir éclos ? J’entends leur pas dans l’escalier, j’entends leurs voix aussi, je peux même apercevoir leur lumière dans le noir, elle est blanche, blanche comme un écran dans la nuit. Où ma mémoire puise-t-elle son énergie ? Dans l’oubli ? Ces fils interminables sont-ils reliés à mon cerveau ? Et si j’appuyais sur un des interrupteurs, la machine intérieure cesserait-elle de tourner ? Effacerait-elle toutes ses données, ou bien libèrerait-elle les voix et les couleurs qu’elle enferme ? Je lève les yeux vers les hauteurs de ce lieu, entre désir de vertige et peur de tomber. Sur le sol les cigarettes écrasées par dépit. Les empreintes de la nuit menant à la table de travail lâchement désertée. J’y relis les courriers jamais envoyés, les lettres ridicules, jetées de honte à la corbeille. Sur les portes des mots amputées, le nom d’un auteur effacé. La bouche des murs reste close sur son identité.
Je guette l’orage comme un ami qui tarde à arriver. À cette hauteur, les lycéennes en aó dài ressemblent à des fourmis blanches. Les oiseaux noirs luttent contre le vent, leurs battements d’ailes ponctuent le vide au rythme de mon pouls, j’écris, pour faire silence, formuler un mouvement, celui des nuages noirs qui traversent les tours de verre. Il pleut des cordes à pendre n’importe quel souvenir. La pluie se met à fouetter horizontalement, je me demande si elle tombe vraiment du ciel. On ne voit pas à un mètre. Elle devient un rideau gris fermé sur notre théâtre. Puis elle ralentit, seconde après seconde, je distingue à nouveau le bitume, le trottoir d’en face, les façades. L’entracte est terminé. Je tends les mains pour les rincer à l’eau de pluie. Plus une goutte. J’entends à nouveau la rue éructer son argot, postillonner son venin d’une vitre à l’autre. La guerre contre le silence reprend. L’orage est loin. Sur un échafaudage, des ouvriers mangent en cercle autour d’un réchaud. L’un d’entre-eux est assis seul sur le côté, en retrait. Son visage flou me fixe droit dans l’âme. Je sens encore sur moi le battement des cils, du cœur. on dirait bien qu’il me parle. Je tente de lire sur ses lèvres. Je ne suis pas certain qu’il s’adresse à moi. Après tout, il ne m’a peut-être pas vu. Il n’est pas impossible qu’il parle seul en regardant le vide, le vide que je suis devenu.

C’est peut-être un prêteur de présence. Je descends pour m’en assurer. Il a suffi de passer devant lui pour qu’il commence sa logorrhée. Je refuse ses services, d’un mouvement de tête agacé, le regard fuyant. Alors qu’il s’en va, je regrette après coup de n’avoir pas accepté. Quelques minutes après, un autre prêteur se propose à moi. Je refuse à nouveau. Il insiste. Je cède, sous les yeux du premier prêteur qui justement repassait. Il fronce les sourcils puis m’interpelle :

— Tu me dis non et accepte un autre prêteur juste après ? C’est quoi ton problème ! Ma tête ne te revient pas ? »

Le ton s’embrase. J’ai chaud. La situation m’embarrasse. Je réponds fermement : — Ça suffit maintenant. Je choisis qui je veux, un point c’est tout !

Lui crache une glaire par terre en me regardant dans les yeux. L’autre prêteur ricane avec la serveuse. Il s’en va. Je prends un air hautain pour masquer ma gène. Je m’excuse auprès du second prêteur. Sur mon chemin, je ne cesserai de me retourner de peur d’être suivi.
On trouve les prêteurs de présence dans la rue, comme les putains. Ils parlent seuls. C’est troublant. On fait d’abord un pas en arrière. Mais la crainte est moins grande que notre curiosité à leur égard. Ils causent dans le vide, mais dans une direction bien précise. Il suffit de se mettre dans le champ de leur regard pour devenir l’adresse du monologue. On peut se taire et écouter. Ou bien entamer le dialogue. Le sujet de la discussion est anecdotique. L’important est de trouver une présence qui parle. Il y a des nuits où la compagnie de n’importe quelle autre voix suffit. De nos jours les prêteurs de présence se font rares. On peut néanmoins facilement trouver leurs numéros de téléphone tagués à la bombe sur un mur, ou collés à un pylône. On appelle. À l’autre bout du fil, la voix parle déjà, sans s’arrêter. On saisit en vol la discussion. Et pour un moment, on a l’illusion de n’être pas seul :

— Tu as vu comme il pleut ? Combien de moteurs vont se noyer aujourd’hui ? C’est inondé dans ton district ? Tu habites où ? Dans le 7 ? Prends mon numéro, ce sera plus pratique, ou donne-moi le tien...
— …
— Tu sais ce que c’est un flic-oiseau ? Un civil, habillé comme tout le monde. C’est surtout d’eux dont il faut se méfier. Moi, je sais reconnaître les oiseaux à leur façon de marcher.
— ...
— Tu as quel âge ?
— …
— Moi déjà 55, encore 10 ans et je prends ma retraite, je n’ai plus l’énergie. J’en aurai 65... c’est vieux quand même 65 ans pour faire ça...
— ...
— Tu as des enfants toi ?
— ...

Depuis combien de jours n’ai-je pas dit un mot ? J’ai bien balbutié quelques chiffres, essentiellement des prix, pour payer, peut-être aussi quelques cám ơn, car malgré mon humeur, je reste un individu bien élevé. Mais mis à part de pauvres banalités, je n’ai eu aucune discussion avec qui que ce soit. Depuis que je suis ici, mes échanges avec un autre être humain sont limités à deux ou trois phrases, un billet passant d’une main à l’autre, de furtifs regards indifférents, jamais de sourire. Parler, j’ai oublié à quoi ça servait. J’ai l’haleine d’un silence qui a fermenté dans ma bouche toute la nuit. Son odeur de pourriture est celle de tous les mots morts sur le bout de ma langue. Je suis rongé par le remord de les avoir tus. Je regrette de ne pas leur avoir hurlé ma colère, eux ne cessent de me dévisager. J’enrage en silence, devant le thé encore trop chaud pour y tremper les lèvres. Je prends la tasse, hume, essaie de deviner au nez ce qu’il deviendra sur le palais. Il sent la liqueur chaude. Première gorgée : impossible de déceler ce que le thé provoque. Je cherche des connexions avec le passé, aucune saveur en bouche ne rejoint un bout de ma mémoire. Ce sont là des saveurs jamais rencontrées. Elles ne réveillent rien de mort en moi, elles vivent pour la première fois leur pouvoir sur mes sens. Ça ne veut pas dire que le thé n’est pas bon, bien au contraire. Vierge de tout repère, résistant à toute métaphore, il reste en bouche un mystère. Il assèche le palais d’un goût de vase. J’ai en tête l’image d’une flaque tiède, celle d’une source épuisée. Je suis sec comme une mer fictive. Je n’écris rien. J’effleure une fourmi du bout de ma cigarette. Elle n’est pas encore morte mais lutte déjà pour se déplacer. Je prends en photo la brûlée. Elle se glisse dans la rainure de la table. Comme pour se cacher, mourir dignement, seule, à l’abri de mon regard morbide. Je relève la tête après avoir écrit ces quelques phrases. La fourmi n’est toujours pas morte. Je m’apprête à l’achever de l’index, comme on tape un point sur le clavier tactile. Je lève mes yeux d’assassin sur la serveuse. Nous sommes désormais seuls ici. En l’absence des clients, elle lit ce qui semble être un roman. Son attention est admirable, moi qui ne sais plus lire, je la regarde chuchoter chaque phrase en bougeant les lèvres. Elle met soudain la main devant la bouche, on dirait qu’elle est choquée, ou surprise, tout le corps semble plonger dans un suspense intenable. Elle remue sur sa chaise, les yeux rivés sur les mots. Je crois qu’elle prend des notes. Il me semble apercevoir le bout d’un stylo qui bouge. Elle reste ainsi, de longues minutes, extrêmement concentrée. Je saisis tout d’elle. J’entretiens avec l’inconnue des relations intimes. J’ai aussi le pouvoir d’invisibilité, la page me sépare de mon sujet, j’écris à son insu, sous son nez. Mon rapport à l’autre est désormais celui-ci. Je ne lui parle plus.

Personne ne sait que je ne parle plus, je suis le seul à savoir, je dis des choses qui ne parlent pas, je masque le silence d’un bruit de mots à faire, ne serait-ce que par politesse mais sinon, je ne dis rien, je suis parmi les choses, mon regard est celui d’une caméra oubliée sur une table, aujourd’hui, je suis regard sur le silence de la serveuse qui lit, rien d’autre, ça occupera une bonne partie de l’après-midi. Elle se relève et disparait aux toilettes. À force de la regarder, elle n’existe plus que dans ma tête. Je termine ma tasse cul sec, ne pense toujours rien du thé. Sa présence sur la langue me préoccupe, comme tout inconnu. Je laisse le compte au comptoir, j’aimerais éviter la pluie. Je fais une centaine de mètres, mais les impacts d’eau me rattrapent. Je traverse l’avenue en courant, accélère au rythme des gouttes qui fouettent la chemise, le cou, le crâne. L’averse me passe à tabac, douche froide sur la paresse. Sa violence exige le mouvement, pas le temps de choisir où se réfugier. Je cherche un abri, une devanture fera l’affaire. L’averse tombe désormais en trombe, prive du droit de circuler. Sa violence fait autorité. Même les voitures sont arrêtées. Seul l’enfant trempé ne semble pas concerné, au contraire, la pluie est joie, il joue au ballon avec elle, pieds nus, me cogne le genou. Je fais trois jongles pour le rassurer. Le garçon sourit, puis retape de toutes ses forces dans le ballon, à l’oubli de nous, dans la joie solitaire de son jeu. La dizaine d’hommes et femmes arrêtés sous la devanture ne prêtent pas attention à lui. Eux restent vissés dans leurs postures silencieuses, tous portent le même regard sur le vide devant eux. Personne ne s’adresse la parole. La pluie décélère, les mots se lèvent comme le vent, soufflent un mouvement sur l’ennui immobile. Le bruit de la ville refait surface. Je remarque une voix enregistrée qui fait des tours à vélo, autour des immeubles du quartier. Elle est déjà trop loin, je n’arrive pas à comprendre ce qu’elle dit exactement. Je suppose qu’elle vend quelque-chose, mais quoi ? Son écho disparait vers un autre quartier. Je distingue à présent la musique de fond du centre commercial derrière moi. Si je me concentre bien, je peux entendre le chant des oiseaux. Mais les moteurs reviennent en nombre et couvrent le léger calme qui s’était installé. Comme le silence est rare et fragile. Pas un endroit où échapper au fracas, même la nuit, dans la chambre, il reste le souffle du climatiseur. Je suis le bruit de la ville en moi, rien d’autre. De l’homme ne reste que les sens. J’ai déserté ma pensée.

La voix enregistrée revient. Je ne sais d’où je l’entends. À la fois proche et lointaine, sa voix semble venir de toutes les rues en même temps. Je comprends à présent ce qu’elle dit :

— Manuscrit ! Manuscrit !

Sa voix (est-ce la sienne ?) tourne en boucle, dans le haut-parleur fixée à son guidon. Un homme lève la main, elle s’arrête devant lui. Celui-ci ouvre sa sacoche et lui tends un document assez épais. Il est rejoint par des voisins qui eux descendent des cartons débordant de pages. Si la ramasseuse de manuscrits n’existait pas, j’ignorerais qu’il existe autant de solitudes qui écrivent, dans le secret de leur refuge. Les sacs qu’elle peine à charger sur sa mobylette sont immenses, pleins à craquer de romans abandonnés, vers inachevés, notes éparses, lettres jamais envoyées. La ramasseuse de manuscrits ne refuse jamais rien. Je ne sais pas ce qu’elle en fait. Parfois au loin, quand je vois un feu s’allumer de nulle part, je me dis qu’elle les brûle. Et dans la fumée, il me semble reconnaître l’odeur d’oubli des mots jamais relus. Personne ne connait son identité. La rumeur dit qu’elle est muette, qu’elle ne sait ni lire ni écrire, analphabète récoltant les mots des autres, pour rien, parce-qu’elle est folle comme ils disent. Moi je pense qu’elle les conserve quelque-part. Chez elle sont les archives de nos paroles froissées. Parfois j’aimerais lui témoigner ma reconnaissance. Je n’ose jamais. Elle part toujours sans un regard, sans un mot, dans la foule anonyme de la ville qui écrit...

 



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1ère mise en ligne et dernière modification le 3 janvier 2022.
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