le bateau échoué des Sables d’Olonne

enquêtes sur la réalité présente (quotidienne, pas toujours en ligne mais en écriture)


Que ça fait donc tant rêver, mais pourquoi ? Lundi, il y a huit jours, un cargo de 2300 tonnes, un céréalier hollandais, loupe l’entrée du port des Sables d’Olonne et se retrouve à cul sur la plage, grande marée, vents forts. Cargo échoué : rêve de voyage ? Ou juste, l’idée de catastrophe évitée ? Ou bien encore : l’objet incongru, mais plus grand que les objets de la ville – une maison, un immeuble, une boîte où les gens vivent, un rêve de ville implanté dans la ville ? On approche des pelleteuses, on creuse un chenal, on fait pivoter à mi eau les murs de tôle. Un remorqueur vient en face, et tire quatre cents mètres de câble, on tend, et ça casse. Reprise des pelleteuses, approfondissement des chenaux, on travaille aux projecteurs sur le sable humide. A mer basse, les gens de la ville, dont beaucoup de retraités, viennent faire le tour avec respect. Et puis, ce dimanche, un remorqueur plus puissant, venu de Brest ou Nantes, et six cent cinquante mètres de câble. Il y avait foule, dit ma mère. Ça frissonne, ça s’ébranle, les vagues viennent en complément, on pourrait y arriver et non, ce câble aussi claque. Engluée dans le sable, la coque. Les grandes marées reviendront avec la prochaine pleine lune, mais en attendant rien à faire : on pompe le fuel, on enlève les batteries. On place des vigiles (très important, dans notre société, les vigiles), on établit un « périmètre de sécurité ». Les marées d’avril sont moins fortes que celles de mars, qui ont drossé le cargo à la plage. Si en avril on ne le décolle pas, il faudra attendre septembre : mais l’économie touristique de la ville ne peut se permettre une épave tout l’été sur la plage, à quelques mètres des baigneurs. Donc, on tronçonnera. On dit déjà que ce sera un fier spectacle, ce bateau emporté par morceaux, dans les lumières de mai, sur le sable mouillé de la marée basse.


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 17 mars 2008
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