broyez du publie.noir

nous c’est comme ça, on vous raconte nos histoires


Pour ma part, jamais fait de différence entre les strates et cloisons de la littérature. Il y a les heures Simenon et les heures Jules Verne, comme les heures Rilke et les moments Emaz. On lit différemment selon les heures du jour, les périodes de l’année, les lieux de lecture.

Et ce n’est pas d’aujourd’hui, et toujours eu un oeil comme ça sur les bibliothèques dans les maisons de passage, les étagères dans les couloirs, les empilements sur le dessus.

Et vieille connivence pour les auteurs du noir : ils mettent à nu les fonctionnements mal visibles de notre société, les démontent. Ainsi d’amitié définitivement fraternelle avec Didier Daeninckx, qui dit pourtant qu’à cause de son passé d’imprimeur il ne saurait nous confier de texte numérique (pour l’instant).

Comme il y avait eu le dictionnaire Mesplède, l’intersection du noir et du web, ces dernières années, c’est quand un bibliothécaire qui nous était alors inconnu a lancé un site, Mauvais Genres, uniquement voué à ces littératures, mais qui pour bien d’entre nous a été une mine de repérage et découvertes. Et une belle leçon de web : un site présent sur le terrain, dans les festivals, avec des entretiens, des réflexions... Ainsi a-t-on fait la connaissance de Bernard Strainchamps. L’expérience a duré de 2002 à 2005, voir web.archive.org. Et puis, un beau jour, le bibliothécaire nous a informé qu’il n’était plus bibliothécaire, qu’il souhaitait ne pas se cantonner au travail de médiation mais mettre la main à la pâte. Bibliosurf était né, c’était aussi une mine pour commander des polars, s’y retrouver dans cet univers, et c’est devenu une des plus belles expériences de librairie en ligne, adossé à une grande librairie parisienne.

Aussi, quand Bernard Strainchamps m’a informé de son intention – parfaitement logique –, de ne pas se cantonner à son nouveau rôle, mais de se lancer dans l’édition numérique de textes noirs, cela m’a semblé de grande évidence, et pas question de lui refuser quelques tuyaux depuis nos 3 ans d’apprentissage, à publie.net.

Seulement voilà : concevoir des epubs, les associer à des métadonnées, s’inscrire dans un écosystème de diffusion, assumer la comptabilité qui va avec (on voit proliférer ces jours-ci une galaxie de maisons d’édition numériques qui ne semblent pas trop se préoccuper de ce qui va leur arriver dessus sous forme de SIRET, AGESSA, TVA etc... – ô joies du dépôt annuel de bilan au greffe du tribunal de commerce et autres réjouissances à la française !), dans le même mouvement de ce que le web m’apprend chaque jour, ma réponse à Bernard a été celle-ci : pourquoi ne pas utiliser tout simplement, en pleine autonomie, ce que nous avons appris à publie.net, et le navire bien équipé dont nous disposons avec nos amis de l’Immatériel-fr ?

Bernard a accepté. Tout est mobile et fluide, les chemins peut-être divergeront ou pas, mais je sais que la part publie.net n’est pas minime : traiter un fichier de traitement de texte et en faire un livre numérique, on a appris et ce n’est pas du bricolage. Inversement, je suis heureux de voir débouler dans mon univers proche un professionnel du livre, dans toutes ses acceptions, avec la passion que Bernard Strainchamps met dans ses tâches de médiation (les notices, les entretiens, les ressources multiples de cartographie du livre de son Bibliosurf).

Les choix éditoriaux, la présentation des auteurs et des ouvrages, la composition des recueils s’il s’agit de récits brefs, c’est lui, en tant qu’éditeur. Le reste c’est ensemble. Et pas étonnant que Bibliosurf soit déjà le meilleur propulseur et le meilleur vendeur de la collection Mauvais Genres.

Et pour moi, la surprise de me retrouver à discuter par mail avec de nouvelles relations, à recevoir pleine face des textes qui me seraient restés étrangers.

Avec Bernard Strainchamps, nous assumons ensemble le défi et le choix d’un prix qui ne dépasse pas 3 euros. On a fixé à 2,99, et on respecte le principe de la coopérative, moitié de la recette HT à l’auteur. Ça ne laisse pas beaucoup de marge, comme dit ma boulangère, mais nous avons la volonté d’une réelle diffusion de littérature populaire. Ça se lit sur téléphone, liseuse, iPad, tout ce que vous voulez, ça se charge et ça s’affiche tout facile. C’est gros (Stéphanie Benson nous livre une tétralogie dont le premier volume fait plus de 500 pages, le second est à l’approche) ou c’est bref (hier soir, mise en ligne de trois récits ancrés Sud de Lilian Bathelot, avec un braquage bien raté, un retour sur la révolte des vignerons en Corbières et la fusillade de Lézignan, et une balade dans le cimetière marin de Sète – politique, vous dites ?), c’est le geste de lecture et le service qui est rémunéré.

Alors évidemment, quitte à provoquer quelques jalousies, on fonce. Depuis dix ans que Bernard a amitiés et confiance dans le monde du polar, on leur parle tout simple, aux camarades : laissez vivre vos textes qui dorment, pas peur d’en installer dix ou deux cents sur l’iBook Store, FnacBook, FeedBooks, AbeBooks, Dialogues, Chapitre.com et les autres, ou les libraires du réseau ePagine (magnifique page d’accueil thématique chez eux, qui prouve bien – il faut encore le prouver – que oui, trois fois, vingt fois oui, les libraires ont un rôle à prendre dans la vente numérique), les mots-clés aideront à les retrouver.

Pas besoin de nous faire de la pub, la collection démarre impeccable. Et moi, je conseille même, au détriment de publie.net, de vous procurer ces ouvrages directement chez l’éditeur.

Bernard Strainchamps, page Face Book de Bibliosurf

responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 décembre 2010
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