pro | auteur, baisse ton froc et gagne 10 000 € à Saint-Étienne

décadence, avachissement, industrie du livre et amusements territoriaux


Les Fêtes du livre sont devenues une industrie nationale. On prend les auteurs par paquets de 50 ou de 100, on les met derrière des tables avec des piles de livres, et ceux qui vendent déjà des livres par milliers vont en signer par centaines. Sur un podium, au fond, se succèdent des débats avec animateur de service, que personne n’écoute. Comme il faut beaucoup de subventions, on fait comme pour les manifs, on annonce des taux faramineux de visiteurs et ça tombe bien, la préfecture de police ne propose pas de contre-chiffres. C’est juste des fois assez curieux, quand on compare avec les photos Facebook prises par des copains qui y étaient.

On retrouve de l’une à l’autre les mêmes auteurs spécialistes de ces fêtes en gros, ça les regarde, après tout il y a le voyage et l’hébergement assurés. Lorsqu’il s’agit de salons spécialisés, polar ou BD ou jeunesse ou histoire ou musique, ça permet de retrouver des collègues qu’on ne croise pas autrement alors tant mieux.

C’est inauguré par madame ou monsieur le maire, on décline les noms des vedettes parce qu’il y a des écrivains qui sont même connus à la télévision et tout va bien, ça se reproduit par clonage, pas un département qui n’aurait pas la sienne.

Le pire ou le plus caricatural c’est Brive, bouffe, alcool et tractations, train de la honte et regardez-les dans leur décrépitude c’est tellement humain ces animaux-là – mais ça fait marcher le commerce.

En rupture avec ces chapiteaux de la promotion territoriale, un certain nombre d’événements se basent sur le contenu, l’échange, la lecture, et les auteurs sont accueillis en professionnels, avec rémunération parfois symbolique mais justement on n’est pas considéré comme des pots de fleur. C’est Bron, Manosque, Terre de Paroles découvert cette année, liste non exhaustive bien sûr – bonnes surprises cette année à Escale du Livre (Bordeaux) et Littératures et journalismes à Metz (merci Pasal Didier)., Et bienvenue si mercredi vous venez à Ecrivains en bord de mer, ouverture par Jacques Roubaud et après je fais une impro Proust, et, comme Bron ou Manosque, un public professionnel toujours au rendez-vous, dans un rayon de 2 heures d’autoroute.

Mais là, au courrier reçu ce soir, escalade dans la goujaterie. Non seulement c’est à nouveau le coup des 100 000 visiteurs, des écrivains par paquets de 10 sans tri, ces braves gens, qui veulent coincer Brive sur son terrain, appâtent au fric : un pactole de 10 000 euros (c’est quoi, dans un pays où les 500 plus riches se sont enrichis de 25% en 1 an, et Saint-Etienne est une ville qui ne connaît ni chômage ni misère) sera attribué... à un auteur choisi parmi les présents à la foire.

C’est une sorte de marché aux esclaves, de défilé de mode. Et croyez bien que le chèque il n’ira pas à un auteur qui n’aura pas créé la file d’attente devant ses livres en pile, il pleut toujours où c’est mouillé. Les prix littéraires selon un critère d’oeuvre, ou d’enjeu d’écriture, ou un thème ? Non... avoir été là. Avoir été dans le paquet de 100, et bien regarder parmi les copains lequel peut-être...

Tu prends la moitié des 10 000 bucks, ça te fait combien de cachets à 300€ pour les auteurs à qui tu demanderais une lecture, une préparation de débat, un moment de rencontre, eh, Étienne ? Et ton prix tu l’accordes comment : on se met à 4 pattes par terre sur la piste de ciment de ton chapiteau, et on pousse un de nos livres avec le nez, le premier arrivé a gagné ?

Avilissement, avachissement, la littérature par le fric. De villes comme Brive ou Nancy ou tant d’autres foirails après tout il y a longtemps qu’on n’attend plus rien, sinon l’exhibition. Mais Saint-Etienne c’est une ville que j’aime. J’y ai fait une lecture dans la salle des pendus de l’ancienne mine, j’y ai des amis, j’y connais 2 libraires. Le travail en art contemporain est remarquable aussi. Je ne m’attendais pas à un geste de tel mépris d’une telle ville.

10 000 euros, c’est 6 mois de vie au moins pour l’immense partie des auteurs qui s’acharnent à survivre de leurs prestations pour écrire. Est-ce que c’est à cause de notre précarité que ces comportements de traite aux bestiaux paraissent soudain si grossiers, ou parce que le syndrome télé-réalité semble contaminer tout un milieu ?

Je ne sais pas à qui ils vont l’attribuer et selon quelle procédure, leur prix, mais la condition préalable, avoir été présent à leur foire, est une première dans notre pays pour la goujaterie. Quand les jurys de la récompense locale se réunissent en amont, et préviennent au moins une liste restreinte de candidats sélectionnés, même si ça vous passe à côté, il y aura partage.

Je plains, j’ai honte pour lui, celui qui repartira dans la micheline pour Lyon, ce soir-là, avec ses 6 Smics dans la poche. Moi je n’irai pas. Je ne répondrai même pas. Le courrier, à lire ci-dessous. Allez-y à 1000, entrez dans la foire, dites : — Moi aussi je veux le chèque, moi aussi je veux le chèque !

Ce n’est plus un métier, l’industrie du livre, plus rien qu’une foire généralisée. Merde à Saint-Étienne.

 

La Fête du livre de Saint-Etienne se déroulera entre le 18 et le 20 octobre prochains. Pour la première fois de son histoire, elle se déroulera sur trois places au coeur de ville et privilégiera tout particulièrement contenus et débats. Très populaire, accueillant plus de 100 000 lecteurs en 2012 (source la Tribune le Progrès), elle se projette comme un événement festif et vif, où la Cité du design et la Comédie de Saint Etienne développeront à partir de cette année un partenariat culturel novateur.

Très attachés aux espaces de signatures et aux rencontres avec les auteurs, les Stéphanois plébiscitent depuis trente ans une manifestation à laquelle ils restent fidèles, le public s’y montrant cordial et chaleureux envers les auteurs présents. Nous avons déjà conversé ensemble sur les nouvelles dimensions de cette Fête du Livre, soutenue par le CNL depuis notre arrivée en 2012.

Au delà des média traditionnellement présents à Saint Etienne (Le Point, la Tribune le Progrès), Radio France sera présente en octobre 2013. Des émissions seront diffusées en direct depuis la place Jean Jaurès, navire amiral de la Fête du livre.

Les libraires associés, les médiathèques de la ville de Saint Etienne et l’équipe d’organisation de la Fête du livre souhaitent vous recevoir.

Pour la seconde année consécutive, un Grand Prix de la Ville de Saint Etienne sera décerné à un auteur présent lors de la Fête du livre. Sa dotation est de 10 000 euros.

 

Photo du haut : château d’eau rose, Illiers-Combray.


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 juillet 2013
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