#WIP 5 | l’abonnement à perpétuité, c’est parti

refonte de l’espace WIP, accès sans limite dans le temps


Depuis un an, beaucoup de discussions, d’expériences. Nous sommes dans un contexte rapide, mouvant. Du côté de nos usages de lecture : le temps de lecture que nous consacrons au web, relayant le temps dévolu autrefois à des gestes dédiés, le journal, le livre y compris ; les supports de lecture que nous utilisons, passant selon le moment de la journée ou de la nuit de l’iPhone à l’ordi, de l’ordi à la tablette ou au Kindle ; mais justement, à mesure, l’exigence qui croît de contenus présentés avec la même ergonomie et confort que nous présentaient le journal et le livre – et ce n’est pas un enjeu mince.

Ces dernières années, nous avons appris à avancer sur le chemin de cette ergonomie via notre avancée dans le livre numérique, la technicité progressive des librairies et services en ligne. Après avoir fondé publie.net en 2008, avec notre partenaire Immatériel.fr nous avons été les premiers à proposer dès 2009 des abonnements forfaitaires aux particuliers et bibliothèques, les premiers à tester la mise en route d’iTunes et du KindleStore en France, à expérimenter, avec l’arrivée de Gwen Catala et Roxane Lecomte, des livres numériques qui progressivement devenaient comme des bulles de web à eux seuls. Je ne regrette rien de cette expérience. Mais l’expérience de la lecture web directe – je m’en suis souvent expliqué – me semble d’enjeux plus cruciaux pour ce qui est notre tâche la plus centrale : une littérature de création, et l’explication que la littérature entretient avec le monde.

Faire évoluer pour cela nos sites web dans l’ergonomie la plus proche de la lecture numérique sur appareil dédié, c’est une tâche elle-même qui devenait possible par les nouvelles fonctions des navigateurs (sur les ordis et tablettes), ou les passerelles du genre « Send to Kindle ». C’est pour aller plus radicalement dans cette direction qu’il y a dix mois j’ai lancé un appel au soutien de Tiers Livre, ce soutien ouvrant en retour un accès illimité à toutes les ressources du site – grâce à un dispositif informatique innovant de Julien Boulnois, de l’Immatériel.fr.

Quant au plaisir profond des meilleurs apprentissages de ces 5 ans à pousser publie.net, il est lié pour moi à cette découverte d’un véritable artisanat numérique, qui peut être présent dès la conception même du texte. Cela suppose une maîtrise, même imparfaite, d’outils complexes comme InDesign (pour la mise en page – il ne suffit pas d’enregistrer un fichier traitement de texte au format PDF pour échapper à la grisaille) ou Coda (l’affinage de la scénographie d’un site est un travail permanent, un site qui n’évolue pas tourne vite à la grisaille aussi, et idem l’utilisation des plateformes toutes faites). Même chose pour la fabrication des epubs, l’exigence graphique qui la sous-tend. Il y a longtemps (parce qu’il est mort, maintenant, l’ami luthier) je prenais comme métaphore du site web la vitrine où voisinaient un moule d’instrument, et qu’on l'apercevait lui, derrière son établi, occupé à sa gouge ou ses vernis. Dans cette période de mutation rapide, je souhaite – pour moi – revenir à cette échelle-là, rassembler et questionner mon écriture en interrogeant et construisant sa présence numérique.

Dans le même temps, l’univers de la lecture lui-même se déplace. De la crise grandissante du livre, voir billet de la semaine dernière. Nous devons avancer plus vite et plus loin dans notre indépendance. La notion même d’achat à l’unité de livre numérique, si je continuerai de la pratiquer via mes titres disponibles chez publie.net, comme mes titres papier disponibles au Seuil, chez Verdier, Minuit et mes autres éditeurs, me semble trop décalquée des anciens modes d’appropriation.

Je remercie les presque 170 personnes qui m’ont fait l’amitié et l’honneur, ces 10 mois, de soutenir Tiers Livre en souscrivant un abonnement d’un an. Ce soir, j’ai pris la décision de fonctionner autrement : le pacte ne sera pas pour un an renouvelable, mais une sorte de carte d’accès toute simple et définitive. Dans la partie du site réservée à cet accès, une fois et voilà, on trouvera des ensembles complets de ressources.

Il y a deux mois, nouvelle étape franchie : la première constitution de cet espace, à partir de plusieurs ensembles présents en ligne, et le souhait d’en rendre la lecture plus ergonomique, et téléchargeable pour consultation hors ligne. Comme il s’agissait de travaux en cours, j’ai appelé espace WIP, Work in progress. Cet ensemble s’est structuré très vite : archives difficiles à repérer dans le site, ressources plus spécialisées ateliers d’écriture, et aussi premiers podcasts.

C’est cela que je voudrais développer, en lien direct avec mon activité d’auteur, et pour continuer le chemin qui n’a cessé depuis des années, faire de ce site mon activité d’écriture principale.

L’espace WIP sera donc accessible moyennant cette unique et modeste contribution d’accès, les nouveaux arrivés recevront l’adresse du site privé par e-mail, comme les 170 abonnés actuels. Téléchargez ou pas, lisez tout ou pas, c’est la conception que je voudrais tenter.

Pour moi, en retour, c’est immense : la possibilité de se consacrer à des lignes de recherche ou d’invention, la possibilité d’avancer dans le site en l’accompagnant d’un socle de lecture non web, juxtaposant les formats PDF et epub.

Cet espace de ressources téléchargeables, dès le 1er mars, va se découpler en pages work in progress, pages archives avec livres numériques et livres pdf, page podcast, fiches ateliers d’écriture et traductions.

Je continue de réfléchir ici à voix haute. Je crois qu’on traverse une phase encore de grand mouvement, de grande réorganisation. Les expériences côté auteurs se multiplient. Je crois que les modèles liés à l’auto-édition sont trop décalqués sur les anciens modèles de kiosque. Je crois que le web change en profondeur notre rapport à l’accès aux ressources. Je soutiens sans états d’âme, avec plaisir même, les initiatives de micro-financement d’autres tentatives artistiques. Pour nous auteurs, il y a d’une part un enjeu strictement professionnel : des sites à la hauteur, équipés pour lecture sur l’ensemble des supports, des logiciels qualifiés pour préparer nos contenus. Et c’est important aussi d’en témoigner symboliquement, affirmer nos recherches et nos inventions en tant qu’artistiques. C’est cette dimension symbolique aussi que nos nouvelles initiatives de diffusion ont à la fois à affirmer et à défendre.

En même temps que le site continue de grandir, de chercher, la possibilité de passer à un espace architecturé, synoptique.

Bien sûr, vos retours d’utilisateur aussi seront déterminants pour orienter, construire.

Et bien sûr aussi comme un des rouages de cette immense machine collective qui s’élance, et les démarches d’échange et de partage entre blogs sont encore plus décisives aujourd’hui – et de la même façon que je suis heureux de savoir publie.net entamer une nouvelle route, le magazine fictions en ligne nerval.fr sera encore plus, de mon côté, complémentaire de Tiers Livre pour accueillir, ouvrir, explorer en commun (et de la même façon, l’abonnement remplacé par un accès unique et permanent à un espace de carnets où on pourra lire hors ligne une large sélection des textes…

Alors rendez-vous dimanche pour la première mise en place révisée et augmentée de ce nouvel espace. Et je sais que beaucoup ne se plaindront pas que la totalité du site soit accessible de nouveau sans script de limitation... En avant, donc – c’est le nom d’une vieille danse poitevine, l’en avant deux...


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 février 2014
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