atelier | Saint-Pierre des Corps en Amérique

des Atlantes de Saint-Pierre des Corps vus (mais de près) par des étudiants de Philadelphie


Ce qui est beau, avec cette sorte d’ancienneté dans les ateliers d’écriture, c’est de se laisser aller à les faire par plaisir, comme si le plus bel intérêt c’était la surprise où allaient nous mettre les textes écrits, qu’on puisse en recevoir soi, ou dériver dans un monde qu’on subodore, mais où il faudrait prendre écart de soi-même pour entrer.

Cela ne signifie pas laxisme, ou laisser faire, au contraire. On apporte les vieilles armes, comme un violon qui aurait joué, joué, joué. On sait juste donner la première mesure de l’impro, la syncope. C’est cette liberté qui est aussi ma récompense, et je ne saurais pas la prendre sans qu’ils aient la leur. C’est une sorte de pacte que l’expérience Cergy, en cette fin de deuxième année, m’a appris à rouvrir – certaines de première année en savent quelque chose, elles couraient devant.

Avec ces étudiants américains de la Penn – leur fac à Philadelphie mais eux venus de New York, L.A., Alberta, ou du Massachusetts, ou de Toronto ou de Delhi – c’était l’ailleurs qu’égoistement je cherchais pour moi. À Tours en séjour linguistique, ils s’orientent sud nord est ouest comme nous là-bas on est perdu parce que les routes n’indiquent pas les villes. Et dans nos rues enchevêtrées ils comptent par blocs.

On est monté à 22 mètres de haut, sur le balcon du Point Haut et on a parlé de l’étrange cas urbain qu’est Saint-Pierre des Corps, et de comment les villes se refont sur elles-mêmes. Sur les plans de Tours que leur a remis l’office de tourisme, Saint-Pierre des Corps n’existe pas : zone blanche.

Le matin, un warm up à partir des lieux où on a dormi d’Espèces d’espaces, mais en insistant (Perec est assez clair là-dessus) sur la méthode de quête, de surgissement et de collecte. Alors voilà celle qui part uniquement en quête des odeurs associées à ses chambres depuis l’enfance, une autre des goûts de ce qu’on y a mangé. Enfin une autre a écrit en haut de sa page : lieux où j’ai dormi par erreur.

Ensuite, on a parlé de Novarina, et je leur ai présenté son Relevé, vu et lu : se disperser dans la zone, casse-croûter dans le grand centre commercial des Atlantes, et comme il était 12 h 30 et qu’on se retrouverait à 15 h, ménager un temps de 40 minutes où ils se mettraient en situation d’écriture, et créeraient autant de slides rapides, une toutes les deux minutes, en captant ce qui à cet instant-là retenait leur attention. Que le temps de repérage en amont servirait seulement à préparer leur temps d’écriture comme intervention. Ça ce sont des choses importantes pour moi.

Et c’est ça le mystère de l’atelier d’écriture : l’invention, à partir de ce moment-là, c’est eux. Par exemple, Latifah qui décide d’aller jusqu’à l’IKEA et qui intitule son texte mes observations dans une chambre fausse à IKEA [1], par exemple Alissa qui se plante devant le Yves Rocher de la galerie commerciale et prend comme titre qu’est-ce qu’on apporte ? [2], par exemple Abby qui s’installe chez Paul et note ce qu’elle voit et entend [3]. Et la façon dont deux étudiants en chimie et en maths, Gideon(et ce mot « mélancolique » à la fin [4]...) et Logan, qui ont commencé le français l’an dernier à la fac, ça n’aurait rien à nous apprendre ? Enfin hommage particulier à Annie W, dont je trouve très beau le blog entrepris pour ce séjour, à la recherche de la ville [5], et qui pour l’exercice traite aussi bien des signes écrits que des choses vues et entendues, la capacité à identifier les petits éclats de la langue idiomatique, et nous gratifie de ce beau décalage de syntaxe : espèce d’un terrain vague – parce que j’avais remarqué la qualité et l’audace des photos d’Annie, je lui demande ce qu’elle a photographié, elle a répondu seulement : – J’en ai pris une seule... La voici ci-dessous... (Note du lendemain : et j’apprécie beaucoup aussi qu’elle ait souhaité, dans son blog, rendre hommage photographique à notre hôte, la Compagnie Off : l’art urbain).

Juste finir par remerciement à l’équipe pOlau + Compagnie Off pour l’accueil, et à Philippe Met et Mélanie Péron pour la confiance.

Et chacun de ces étudiants, pour son séjour, a construit un blog, où les textes se mêlent aux sons et images. La semaine dernière, par exemple, ils ont travaillé sur les murs, et voilà ce qu’a écrit Ishita, celle-même qui nous a inventés les lieux où on a dormi par erreur.

Et moi ça fait 24 heures chrono que je macère dans ma propre liste des lieux où j’ai dormi par erreur – vous, vous savez les autres ?

 

[1Mes Observations dans une chambre fausse à IKEA

1h55 : Une femme avec un manteau noire avance. Elle me regarde.

1h56 : La même femme retourne. Elle porte un sac jaune.

1h57 : Je regard un photo d’Audrey Hepburn en noir et blanc.

1h58 : Je regard un photo de Charlie Chaplin.

1h59 : Un jeune couple me regarde. L’homme parle sur son portable.

2h00 : Une femme et ses filles marchent. Une fille dit <>.

2h01 : Une vielle femme me regard avec confusion. Peut-être elle se demande pourquoi je suis cachée dans un ombre.

2h02 : Une femme avec les lunettes me regarde. Elle a les cheveux blonds et court. Elle porte un manteau du jean.

2h03 : Un couple qui portent les lunettes me regardent. Ils chuchochent. Après, ils partent.

2h04 : Un vieux homme regarde une table orange. Il porte une chemise bleu. Les couleurs créent un contraste pittoresque. Celui est similaire à un action aquatique.

2h05 : Un petit garçon sautille avec sa mère qui marche. Il est mignon !

2h06 : Une femme marche avec un sac à main bordeaux. C’est jolie ! La femme ronronne une chanson harmonieuse.

2h07 : Le même vieux homme avec la chemise bleu se promene dans la allé. Cette fois, avec sa femme.

2h08 : La publication dit <>. Cette une clameur très percutant. Je n’entends pas les autres mots.

2h09 : J‘admire la papier à peint. C’est un photo d’une forêt.

2h10 : Deux mecs marche. Ils sont à la mode avec leurs chapeaux classiques.

2h11 : Une femme avec une fouillard bleu vive marche.

2h12 : Le vieux couple me regarde cette fois. Ils font un détour par ma chambre fausse. Ils comntemplent une table.

2h13 : Un homme avec une barbe court marche vite.

2h14 : Un jeune couple marche ensemble. Elle porte une chemise bourdeuse. L’homme caresse sa main.

2h15 : L’homme avec les lunettes retourne. Il fronce des sourclls.

2h16 : Une femme porte un manteau très jolie. Et son sac est parfait !

2h17 : Je regarde une femme avec les cheveux bruns et blonds. C’est un ombré.

2h18 : Une femme port un foulard blanc avec les polka dots noires. Deux femmes bougonne. Une femme marmonne à elle-meme.

2h19 : Personne. Au debut ! Mais maintenant, une homme marche. Il porte un <>.

2h20 : Ooh ! Je regarde avec émerveillement au foulard d’une femme. C’est lavandre.

2h21 : Personne. Donc j’observe trois chaises. Jaune. Orange. Rouge.

2h22 : Je scrute un signe qui dit <>

2h23 : Un jeune couple marche. J’aime les pantalons d’homme. Ils sont vertes.

2h24 : Une femme marche. Elle porte une jupe noir. Un jeune couple arrive. IKEA attire beaucoup de jeunes couples.

2h25 : Quatre hommes marchent ensemble. Ils plaisantent. Deux femmes taquinent. Leurs chaussure dit <>. Le son devenue plus étouffé jusqu’à ce que elles partent.

 

[2Qu’est-ce qu’on apporte ?

Homme : fleurs violettes

Femme au téléphone : sac

Femmes discutent à l’intérieur d’Yves Rocher : papiers

Homme envoie des SMS : appareil photo

Homme et femme : petit sac avec chocolat

Femme : lunettes du soleil

Homme et femme, main dans la main : sac

Femme : sac, téléphone portable

Deux hommes : clés, lunettes du soleil

Homme : mallette noire

Femme et homme : bébé dans une poussette

Femme : deux sacs, écharpe

Homme : banane sac, téléphone portable

Femme derrière moi : fleurs, une boîte de biscuits

Deux hommes à gauche : rien

Femme avec lunettes rouges : caddie

Femme qui a cassé le bras : chapeau, grand sac bigarré

Femme : sac noir, lunettes, écharpe

Petit enfant à droit, sautant avec l’enthousiasme : rien

Femme : sac en forme de lèvres

Deux femmes : fleurs fausses. Pour les cheveux ?

Homme : caddie

Homme : sac avec le mot « GO »

Femme : sac

Femme : pull

Homme et femme : deux pulls, un sac

Femme (qui cherche quelque chose dans son sac) et homme : un sac pour chaque, iPad à l’homme

Femme : sac avec une étoile

Famille : deux poussettes, deux enfants, un manteau

Deux femmes : beaucoup de bouteille d’eau

Deux hommes, une femme : grande boîte blanche

Homme : téléphone portable

Femme : deux sacs, téléphone portable, lunettes

Deux femmes : un sac pour chaque

Homme : rien

Petit garçon (attendant sa famille) : rien

Homme : une lettre

Femme : poussette avec un animal en peluche, « Winnie the Pooh »

Homme et femme : rien

Homme et femme : sac à femme

Femme : trois sacs

Femme et enfant : sac, lunettes

Homme : collier d’or

Femme : sac

Deux hommes : clés

Homme : téléphone portable

Femme : caddie avec beaucoup de produits alimentaires

Deux femmes : sacs

Famille qui mange un bretzel : sacs, enfants

Femme : deux sacs

Homme : sac, une canne

Homme et femme qui marchent lentement : sac

Homme avec une jambe cassé : sac, une béquille

Femme : deux sacs

Homme : papiers et une carte de crédit

Femme : tasse de café

 

[312:57 On arrive à Paul pour manger.

Nous sommes 10. La serveuse est shockée. Le serveur bouge les tables.

12:59 J’entends mon stomach. J’attends pour m’asseoir.

13:01 On s’assoit. En fin.

13:09 Je mets mon ordre. J’entends une bébé. Elle pique une colère parce que ses parents ne la laisse pas tranquille tandis qu’elle joue.

13:11Le couple à côté reçoit le dessert. J’ai encore faim.

13:13 La petite se lève du table et ses parents la regarde. N’importe quoi.

13:17 Le père se lève pour la chercher.

13:20 Les boissons arrivent.

13:22 La petite pleut.

13:24 Tout le monde a son plat. Bon appétit !

13:26 Où est le pain ?

13:27 Le pain arrive ! Le pain est arrivé.

 

[42:17 – Mes amis mangent le sirop chocolat

2:18 – J’essaie de quitter la table tandis que j’écrive

2:19 – Une femme tient son bébé sur son dos

2:20 – La musique commence

2:21 – Un bébé me donne un visage qui montre sa surprise

2:22 – La chanson change et une femme fait une promenade avec son mari

2:23 – Je remarque un manteau rose, et aussi je commence à entendre le chanson MMM – Bop

2:24 – Le bruit des caddies et des talons aiguilles remplis l’air

2:25 – Deux femmes parlent proche moi au milieu du couloir. Un étranger me constate

2:26 – Je suis hypnotisé par les chaussures blanches, et grises, et jaunes, et bleues

2:27 – Un homme cherche pour quelque chose dans ses sacs mais il ne peut pas le trouver

2:28 – La file d’attente devant la boulangerie est très courte. Le bruit fait par un sac me donne l’image de la découpe du pain.

2:29 – Je dis trois mots à un ami, Logan. La chanson change à Coldplay.

2:30 – Je ne peux rien sentir. J’essaie de ne pas toucher la démangeaison à l’arriere de ma tête

2:31 – Deux femmes défilent sous mes yeux. Une famille avec deux grands hommes et un petit homme me passe aussi.

2:32 – Un bébé boit du jus d’une bouteille claire. Un homme attend pour quelque chose, mais pour quoi, je ne sais pas.

2:33 – Une femme bronzée et une femme qui a la peau orange marchent ensemble.

2:34 – Je ne peux pas me contrôler. Je gratte ma tête.

2:35 – Je compte seulement six chemises avec des couleurs differents. Il y a blanche, rose, bleue, noire, grise, et marrone.

2:36 – Un homme me rappelle de Santa Clause, mais je ne sais pas pourquoi. Peut-être c’est le chapeau rouge.

2:37 – J’examine un homme qui est très maigre. Il porte une chemise rouge avec une rayure noire au milieu.

2:38 – L’homme qui attendait a trouvé son amie.

2:39 – Une femme enceinte porte tout noir sauf une veste verte.

2:40 – Je vois pour la première fois l’écran juste à ma gauche.

2:41 – Maintenant presque personne n’attend devant la boulangerie. La chaise à laquelle je m’assieds frappe mon dos

2:42 – Un homme apporte un grand sac de sol, et un autre un grand caddie rempli avec la nourriture.

2:43 – Un enfant marche derrière sa mère. Maintenant je vois trois couples. Ils sont partout.

2:44 – J’observe que j’ai arreté entendre la musique

2:45 – Le pantalon rose d’une femme m’appelle

2:46 – Presque tout dans le magasin est bleue et jaune, bleue et jaune, bleue et jaune…

2:47 – Je vois mes amies, mais elles partent sans moi. Je me sens melancolique.

 

[514h00

Voie pompiers. Poubelle. Mains dans les poches. Panneaux numériques. Caddie. Baskets rouges. Bottes moto.

« Ça va mec ? »

aaachhooouuum acchooouum

« à tes souhaits ! »

« oouf…il me fait chier ! »

«  truc de dingue ! »

« J’ai faim maman !! » « Arrrrête !! »

14h05

Au parking :

Panneau O : offrir. Panneau P : positif. Panneau vert de la pharmacie. Panneau T : tendance. Panneau U : unique

Sortie de secours. Ne pas encombrer.

Filbleu. Région Centre 37. Cedez le passage.

14h15

Déchets : Lulu l’ourson gout tout chocolat. Kinder Bueno. Micromania.fr. Heineken. vroooooouuum Kinder Country. Carrefour. Danette. Mars. Tagada.

14h20

Castors de l’ouest : batir, amenager, renover | Orés Peintures : distributeur exclusif | FluiConnecto : Flexibles et Raccords Hydrauliques. | Phil’Auto : Carrosserie Peinture

Prière de ne pas stationner : sortie des voitures.

14h25

Ile de France 94. Région Centre 18. Renault. Philip Morris : FUMER TUE. Depot-Vente de Tours. Access interdit aux véhicules. Promocash : Réception des marchandises. LIVRAISON

14h30

Oasis. Orangina. Marlboro : FUMER TUE. du lundi à vendredi de 07h00 à 11h30. Rue des grands mortiers.

Ville de rouille. Ville de fer. Ville des canettes et des bouteilles.

Espèce d’un terrain vague.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juin 2015
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