2 | premier rendez-vous aux éditions de Minuit

tags : Paris, 1982, éditions de Minuit, Jérôme Lindon

un lieu au hasard

Ce texte est un fragment d’un travail en cours, amorcé le 20 décembre 2020 et devenu assez massif, mais non destiné à publication hors site (pour l’instant).

Le principe est d’aller par une phrase par lieu précis de remémoration, et d’établir la dominante sur la description même, si lacunaire qu’elle soit, du lieu — donc public, puisque bar, bistrot, resto — de la remémoration.

La rédaction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s’appuie principalement sur la navigation par mots-clés depuis la page des index lieux, noms, dates.

Point régulier sur l’avancée de ce chantier dans le journal #Patreon.

 

2 | premier rendez-vous aux éditions de Minuit


C’était pour mon premier rendez-vous aux éditions de Minuit, rue Bernard-Palissy à Paris tout près de l’intersection de la rue de Rennes et du boulevard Saint-Germain, renommée maintenant place Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais ce n’est pas une adresse, juste le carrefour (ils ont fait ça partout, à Paris), j’étais arrivé une bonne vingtaine de minutes en avance et donc pas question d’aller sonner, c’est un principe que j’avais appris bien plus tôt, je suis entré dans ce tout petit bistrot obscur tout en longueur, deux tables en terrasses sur le trottoir je n’en suis même pas sûr, le zinc occupant quasi tout l’espace et quelques tables serrées contre le mur, j’avais demandé un café et probablement que j’étais resté immobile, sans même penser, là pour le temps à attendre : il y a toujours (enfin, à l’époque), un goût un peu âcre aux cafés qu’on vous sert, avec un peu de marc au fond, à l’époque on vous le servait d’emblée avec deux sucres, j’avais dû payer dans les soixante ou quatre-vingts centimes, une misère par rapport à ce que c’est devenu puis j’étais allé à mon rendez-vous — et forcément, pour les douze années à venir, je n’étais jamais venu aux éditions de Minuit sans m’arrêter à ce café, m’asseoir à la même table, sur la même chaise (ce n’était jamais très bousculé, plutôt une clientèle de comptoir, c’est l’époque encore où on y trouvait des œufs durs, une machine à cacahuètes), même su je n’avais que cinq ou dix minutes avant mon rendez-vous – puis une fois je suis à l’autre bout de la rue Bernard-Palissy, pourtant très courte, presque au débouché de la rue, je prends un café avec Patrick Deville : trois tables même pas en terrasse, mais sur la rue elle-même, une rue étroite sans trottoir, le bistrot fait aussi plat du jour (à l’intérieur) et Deville y avait déjeuné avec quelqu’un je ne sais pas qui, il m’explique qu’il a ici sa base parisienne pour ses rendez-vous successifs, d’être à cette extrémité-là de la rue Bernard-Palissy me fait tout ressentir comme une photographie en négatif.

 

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1ère mise en ligne et dernière modification le 5 janvier 2022
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