98 | de l’indéterminé dans l’empilement des cafés

tags : aucun tag (hasard seulement)

un lieu au hasard

Ce texte est un fragment d’un travail en cours, amorcé le 20 décembre 2020 et non destiné à publication hors site (pour l’instant).

Le principe est d’aller par une phrase par lieu précis de remémoration, et d’établir la dominante sur la description même, si lacunaire qu’elle soit, du lieu — donc public, puisque bar, bistrot, resto — de la remémoration.

La rédaction ni la publication ne sont chronologiques, restent principalement textuelles, et la proposition de lecture s’appuie principalement sur la navigation par mots-clés depuis la page des index lieux, noms, dates.

Point régulier sur l’avancée de ce chantier dans le journal #Patreon.

 

98 | de l’indéterminé dans l’empilement des cafés


Le problème étant ce que tu perçois, ou de ne t’être jamais exercé (c’est peut-être plus facile pour une chambre d’hôtel, un gîte de vacances) sur l’inventaire même – par exemple les quelques minutes où tu attends ta tasse, au lieu de regarder une fois de plus le téléphone alors que rien ne s’y passe, ou bien l’instant même, flash qu’on traiterait comme une diapositive, au moment où ta tasse est déposée (c’est forcément un instant précis, repéré par un bruit) sur le zinc ou sur la table où en général tu es posé de biais, épaule mi-appuyée sur cloison ou mur ou bat-flanc s’il y a, ou légèrement de travers devant le zinc parce qu’un de tes deux coudes y fait amarrage, il t’est arrivé de photographier, là comme ça en douce, l’arrangement des bouteilles et miroirs, l’incongruité d’une collection d’objets ou de photographies sur les murs, tu aurais pu aussi dresser l’inventaire des tasses elles-mêmes ou des soucoupes, ou de la bricole qui accompagne, sachet de sucre industriel quand depuis des années tu ne fais plus usage de sucre dans le café, ou le petit biscuit (Bastogne les meilleurs, mais c’est devenu rare) ou mini chocolat (tu le glisses dans ta poche de manteau, tu le retrouves trois jours ou dix jours plus tard, tu le jettes) et jamais tu ne l’as fait vraiment, ce genre de photos sont en général des photos ratées et pas archivées ou bien noyées dans la suite de toutes ces photos pendant vingt ans empilées, alors sur quoi s’appuyer si la liste même ne serait qu’une sorte de performance lettriste mais en pauvre : procéder par quartiers, inventorier ce qui chaque fois reste détaché sur le reste mais comment être sûr que tu ne mélanges pas, ou bien s’ils vendent aussi des cigarettes ou bien selon l’heure à laquelle tu es venue et peut-être alors tu sens – au sens littéral d’odeur – ce qui tient à la ville et non pas à ce café précis, d’autres fois (l’autre jour c’était où, Bourges je crois, décembre, parce qu’il faisait froid et qu’il y avait cette demi-heure avant le train : oui tu pourrais ajouter ici un billet sur ce bistrot que tu retrouves soudain, mais justement parce que tu y avais pris non pas un café mais un chocolat chaud, qu’il était tiédasse en arrivant mais que la fille très fière, avec ce tatouage sur le dos de la main, avait pris le temps d’y placer avec la mousse de lait ce dessin en spirale qui voulait dire bienvenue) la qualité même de ce que tu as bu, ou bien même que le souvenir de ce que le café y était moins vulgairement amer qu’ailleurs t’y avais fait revenir ou bien parce que, même si c’est dix minutes, s’enfoncer dans cette bulle particulière de bruit ou de tissage de voix ou perspective vitrine sur terrasse ou rue faisait que tu les prenais, ces dix minutes, dès la deuxième journée ou revenant dans le coin un an plus tard comme un rite, t’asseyant à la même place si tu t’asseyais, choisissant tel angle du zinc si c’était rester debout et qu’ici le rêve d’en faire inventaire exhaustif serait dépourvu de sens tant les éléments récurrents, cités ici, s’épuisent à mesure qu’on les dit : le visage du type ou de la fille qui sert, évanoui, la couleur des banquettes et la déco derrière le bar, évanouis, le goût même du café, perdu dans tous ces cafés industriels que tu y as ingurgités mais quand même tu accrocherais ici ce texte comme repère, comme ayant fonction de renvoyer à la suite de ce que tu notes, contre toi-même, contre le lacunaire de la mémoire, vers la fonction globale du livre et de ce que s’y accumule, à distance de ta vie et pourtant ta vie même.

 

NAVIGUER PAR MOTS-CLÉS

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 janvier 2022
merci aux 85 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page