arcs-en-ciel, et La Strada

la semaine en images


Prenons la semaine à l’envers.

Jeudi soir, à l’IUFM Molitor, on parle cinétiques, narration ambulatoire, en partant des Eaux étroites de Julien Gracq, de Danielle Collobert et du Livre des ciels de Leslie Kaplan - j’en ferai d’ici mardi une page "labo" avec les textes que j’espère recevoir.

Pendant la séance, un orage d’une violence impressionnante, suivie par une éclaircie où tout l’éclairage semble à ras de la ville sous le ciel noir, éclairant les immeubles comme de les suspendre. Et dans la fenêtre qui fait face à l’atelier, la découpe d’un somptueux arc-en-ciel.

orage sur l’IUFM Paris

A 19h30, métro, j’arrive pile à 20h08 à la Maison des Auteurs de la SACD, rue Ballu, où Valérie-Anne Expert et Isabelle Hiblon ont organisé une rencontre dont le motif est le film de Maurice Failevic sur les licenciements de Cellatex. On parle donc littérature et violence sociale, art et geste ouvrier. Luc Béraud anime le débat, Maurice Failevic a amené ses acteurs, et à côté de moi c’est Gérard Mordillat, qui vient de publier Les Vivants et les morts. Gérard écrit tôt le matin, il a mis 4 ans pour bâtir cette fresque tout imaginaire, on échange ce matin, paraît-il, dans le numéro du Nouvel Obs. D’ailleurs c’est en ligne : Bon Mordillat d’un côté, Mordillat Bon de l’autre. Merci à François Armanet pour l’idée et la coordination, mais il aurait pu nous laisser un tutoiement plus fraternel !

Gérard Mordillat à la SACD

Dans la voiture de Luc Béraud qui a la gentillesse de me ramener à Austerlitz pour le Corail de 22h53, avec Gérard on parle des amis communs, Jean Vautrin notamment, et évidemment un point Artaud, puisqu’on partage la même vénération. On évoque évidemment Paule Thévenin, dont je suis en train de lire les textes (sur Giacometti, Thomas Bernhard, Ponge, etc : un livre important, chez Lignes).

Autrefois, j’aurais eu tendance à me moquer des regardeurs de DVD sur ordinateurs dans les trains. Dans ce train de minuit qui met deux heures, via Les Aubrais et Blois, avant St Pierre des Corps, maintenant il m’arrive de faire pareil. C’est dans ce même train, la semaine précédente, que j’avais vu le film de Maurice Failevic sur Cellatex, ce soir je regarde Faces de Cassavetes. Frustration, le film fait 124 minutes, et le train stoppe en gare à 121 minutes, je loupe la toute fin...

Mardi, aux Beaux-Arts, j’ai parlé deux heures de Nathalie Sarraute, dont la place et l’importance me semblent croître à mesure qu’on apprend à la lire, et qu’on revient aux enjeux de langage qu’elle déplace dès L’Ere du soupçon en 1949.

Ensuite, happé dans les ateliers par quelques-uns du groupe d’écriture, je suis heureux qu’on m’invite à découvrir leurs travaux. Antoine, Marie-Sybille et les autres, dans les jours à venir on fera ici une page spéciale.

Puis traversée à pied du quartier Saint-Michel via la Contrescarpe et Mouffetard, longtemps que je n’étais pas venu. Les librairies (L’Arbre voyageur, l’Arbre à Lettres) tiennent le coup, mais quelle pacotille tous ces restaurants. Dans un restaurant d’ailleurs qu’on se retrouve pour profiter du bref séjour en France de Patrick Rebollar. Il y a aussi d’autres "blogueurs" littéraires, comme Frédérique Clémençon, qui publie chez Minuit, et Jean-Claude Bourdais. Patrick est venu avec les pionniers de l’Internet littéraire : les fondateurs de Hubert de Phalèse (dès 1995...) Dont Michel Bernard, et bien sûr Henri Béhar, que je retrouve chaque fois que je réouvre mon édition complète de Tristan Tzara (et le bien que ça fait, le compagnonnage de Tzara). On mange bien, un peu trop mais bon, c’est pas souvent. Et l’équipe de "Hubert" prépare activement son colloque Cerisy sur l’Internet littéraire.

C’était mardi aussi, mais le matin, avec Charles Tordjman. On rencontre Claude Stratz au Conservatoire (celui du théâtre, le CNSAD). J’aime bien quand Paris réserve ainsi l’entrée dans une grotte protégée, qui m’était auparavant inaccessible. C’est la salle où travaillait Louis Jouvet... C’est d’accord pour un stage écriture théâtre, 2 fois 2 semaines, en novembre et janvier. Je n’ai pas fini de trimbaler mes cartables de bouquin, Koltès, Novarina, Sarraute vous serez encore un peu plus cornés et abîmés. J’ai de plus en plus de réticence au monde clos du théâtre, et à ses rituels, ses déguisements. Mais lorsqu’on est en répétition, lorsqu’on essaye les mots avec le corps, on a affaire à une force si ancienne, si radicale, que bien sûr on éprouve juste principe d’obéissance.

Il y a eu quoi, encore ? Mercredi tournage à Ermont et Argenteuil. A Ermont, cet entretien avec des "auxilliaires de vie", ces filles qui à elles cinq étaient presque une carte du monde, et qui nous disaient avec générosité leur implication dans l’accompagnement ici des fins de vie, accueillant et formant une des élèves du lycée professionnel. C’est notre sixième semaine de tournage.

Ah oui, et jeudi soir, à l’IUFM, dans le couloir je vois cette annonce : elle n’a pas été enlevée, la demande n’a peut-être pas été satisfaite. Il y a les téléphones et l’e-mail en bas de la feuille. Nouvelle version de La Strada ? Une institutrice pour deux élèves, dans les caravanes du grand cirque. Mais pourquoi une "maîtresse" et pas un maître ? Mon frangin Jacques Bon, instituteur lui-même à longue expérience de maternelle, protesterait sans doute. Espérons qu’il tombera pas sur cette page, serait fichu de partir aussitôt sur la route avec eux...

Allez, dernière photo, la cour du lycée professionnel d’argenteuil, une moderne agora, où désormais avec la caméra on s’installe, on parle, on lit... (Ici Pierre Bourgeois filme Ester).


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1ère mise en ligne et dernière modification le 25 mars 2005
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