Jacques de Turenne | Peut-être une cataracte

« construire une ville avec des mots », les contributions

Ecriveur comme il peut ! Lecteur très très curieux. Echangeur d’idées de discutailles et de désirs parce que c’est la vie qui veut ! Des bouts de mots mis bout à bout mais surtout pas au bout ni à bout du tout - par là : de tout et de rien.
proposition n° 1

La maison était – sauf la partie éclose en fleurs pâles ou rougeâtres entre les feuilles foncées - tuiles ébréchées d’usure fanée et incrustées de mousse – comme enchâssée au raz du chemin. Sertie dans le roc taillé – ensevelie à l’extrémité des deux sillons blancs à peine larges d’une roue – séparés d’une fronce irrégulière de vert de brun ou de roux – (ou une cordelette d’encre délavée balbutiant son barbelé baveux sur un buvard blême). Longues tiges jaunâtres barbues et embrouillées - pissenlits desséchés et flétris selon la saison. Ça grattait les portières tout le long pour arriver jusque là. Ça grinçait griffait pleurait gémissait comme des mains enchevêtrées sous un visage ravagé – ou un reflet inquiet derrière une vitre troublée de pluie de départs et d’oubli – Chaque fois ça lui revient – luisant - avec l’écaille froide et bosselée d’une étrange bête d’eau. Passée la lourde porte bleue, dans la pièce d’ombres accumulées - avec ses lattes noires disjointes et fissurées - grande ouverte – figée – la gueule en pierre de l’évier. Sa pente rude vers l’orifice d’écoulement tout au fond. La petite brindille de bois traversant l’autre pierre en surplomb - creusée en réservoir d’eau. Ça lui revient ce petit tube brillant et humide – la goutte pendue tout au bout et le tintement du seau cognant la chaleur de l’été. Ça lui revient.

proposition n° 2

La petite bassine bleu-pâle à l’émail de ciel décoloré –- son fin rebord au liseré foncé – pas encore encre de nuit mais quand le jour bascule. Sur la paroi, là où l’émail a sauté, la tache brune, irrégulière et rugueuse, comme une croûte sur un genou écorché. L’eau danse un incendie de reflets frais et joyeux comme la pupille du matin naissant. Ça sent le savon de Marseille. Déjà les premiers voiles de la chaleur à venir. La cuvette est posée sur la dernière grosse pierre plate, tout en bas des escaliers plongeant dans la cour minuscule, au pied de la façade d’écailles minérales. Le savon est zébré de brindilles à balayer d’un revers de doigt.

Peut–être une cataracte de perles sonores et multicolores –- un réseau de chatoiements chasse-mouche dans l’embrasure de la porte ouverte, peut-être pas. (Pourtant une infime caresse – comme un souffle ou des chatouilles légères au visage, au front, et le long des bras et des cuisses nues.)

Autour de la cuvette la flaque d’ombre des éclaboussures –- à côté le gant –- la serviette râpeuse et des voix carillons dans l’air cristal.

proposition n° 3

Depuis la cour minuscule (et sa carapace fossilisée de grandes pierres plates et rugueuses, jointoyées de ciment — rude armure minérale à torpeur monochrome) s’étire la trace irrégulière d’un sentier étroit et clair. Il grimpe en pente douce jusqu’à la pesante maison « d’en haut » apparemment effleurée par les branches d’un noyer. (Une voix lit lentement un texte racontant humains en détresse — visages blafards d’enfants aux yeux de glace éteinte. Du fond d’une mer indifférente ils reflètent le sillage brouillé de bateaux silencieux glissant sous la nuit phosphorescente). Dans la maison (celle d’en haut) une seule pièce obscure avec le petit piano droit poussiéreux –- ses touches d’ivoire jauni — et au moins deux lits hauts comme des cathédrales. Dehors le plateau veiné de murets blancs — les prés étendus loin sous le ciel –- des roulis d’herbes sous l’éclair des faux –- la noirceur tremblante d’une silhouette dos courbé — le soleil d’un chapeau de paille à ruban foncé –- les flocons blanc-gris d’un troupeau de chèvres maigres escortées de bêlements et de clochettes ternes et grêles.

proposition n° 4

Torpeur moite et sombre à goût de sel –- partout frissons d’espaces foulés d’ombres folles sous le ventre des nuages –- des mots-rocaille ricochent — le tonnerre roule et broie, ébroue brusquement son échine tiède et mauve de chien mouillé. Une fenêtre au bois pelé cogne et fatigue aux rebords de pierre ses encoches d’attente muette. Autour de la frêle chapelle la terre trempée macule ses tombes chavirées en radeaux oubliés.

Tout au bout du chemin c’est l’entrée du hameau. À la fourche de terre parsemée d’éclats tranchants de calcaire pâle – sur son dé rêche égratigné de chiffres romains — la croix de volutes entrecroisées –- les pieds osseux cloués — la fine goutte de fer figée sous l’épine rouillée.

proposition n° 5

Les mains partout et toujours tracent des mots — dessinent des pleins des déliés –- nouent des arabesques soignées au dos de cartes postales dentelées ou sur des feuillets passés (que l’on découvre un jour — archivés entre les pages des anciens album photos — noir et blanc ou sépia –- comme ces chauve-souris endormies entre leurs ailes velues, suspendues renversées aux voûtes froides des grottes de silence liquide). Ou peut-être un fouillis grossier de boucles et jambages flétris, hésitants ou inachevés — lignes et traits enfantins et malhabiles — inclinés vers la droite — en chute libre — comme sur le vieux pierrier à flanc de butte — son éboulis sonore à dévaler à bout de souffle et d’équilibre sur les couches instables de roches éclatées - emporté dans leur avalanche. Autour des pieds des esquilles pointues de calcaire — parfois l’anneau dur d’une étreinte de doigts secs — parfois incisives pointues et grignoteuses — éraflant la peau à hauteur de cheville. Dans la cour minuscule, depuis le seuil de granit luisant, une garnison de fourmis affairées transporte dans un désordre industrieux, méticuleux et paradoxalement incertain (fait de brusques et pourtant décisifs micro-changements de directions) –- comme une horloge devenue folle –- un cœur emballé à rattraper ses ratés — une cargaison démesurée de miettes de pain, fragments de mie alvéolée comme une éponge et lambeaux de croûte acérée comme un rasoir.

proposition n° 6

La douleur incrustée dans la nuque consume son territoire — incendie l’épaule droite et vrille l’avant-bras jusqu’à la main fatiguée. Il soupire et grimace en arquant le dos contre le dossier de la chaise, bras croisés derrière la tête. La pénombre (tout d’abord discrètement tapie dans les angles et recoins formés par les ouvrages de toutes tailles et reliures disparates –- posés sur le sol en vrac, en tas, en piles, alignés comme parois de labyrinthe) farde peu à peu la grande salle circulaire et sensiblement humide malgré… –- vient froisser la fatigue, frotter ses grains de sable irritants sous les paupières. Sur l’imposante table en chêne clair, devant lui, l’empilement continu et désordonné des livres et feuillets — les différentes gommes – ses fins carnets verts et noirs. Il lit : L’an mil neuf cent cinq le jeudi seize février à onze heures du matin acte de mariage de Gustave… — il se dit : « il faut (il y a) de tout pour… » et se sent aussitôt perdu et engourdi dans l’univers infini. Il rêve de longues et brèves saisons d’hommes de femmes d’enfants et leurs lieux typographe domicilié à Paris boulevard Montparnasse... –- il songe le monde brut et sensible, les berceaux de fenêtres vides cernées d’ombre -– s amples ou frêles — toutes furtives ; presque effacées — les pas d’humains silencieux — la trace des soupirs retenus –- fils majeur de Corneille — partout il sait les forêts et leurs langues boursouflées de vert au bourgeon charnu des collines –- les terrils pelés et la roue arrêtée des chevalements, ailleurs les ruelles pavées de crasse — les autoroutes lisses et bleues de pluie, ailleurs encore selon le visage qu’il revêt (sans le savoir vraiment mais accordé à un certain poids ou bien une épaisseur — une cisaille de l’esprit — la peau tambour dessus le crâne — les traits tirés ou lâches selon l’essence de l’instant : endormi –- étonné –- apeuré –- tranquille -– confiant –- émerveillé –- absent –- inquiet –- perplexe –- déçu –- amusé –- traversé d’ondes et de mots éphémères et protéiformes )… les aïeuls aussi décédés ainsi qu’il résulte des actes produits d’une part... — il rêve et aussitôt défilent : le copeau d’œil bleu, la dent blanche d’une fumée plantée dans la vallée, puis -– secs et grimpants à l’assaut des coteaux — tout pareillement — les doigts maigres des chemins raides et ocres — leurs jaillissements de pierres sonores et tranchantes en silex aigus –- patiente enfin la noire cheminée trapue craque et crépite son théâtre volatile de folles lucioles rousses - troussent la croupe de la lourde marmite sous sa poudre fine de cendres en pellicules légères, et de Adèle Sara Froment née à Lamothe Cassel (Lot)… — il, à grand peine se reconnait d’hommes de femmes justes injustes habiles et maladroits d’amour d’abandon ou de colère — tressés de tous leurs jours — grandes et petites servitudes — paisibles habitudes — rangées autour des tables, pliées dans les armoires — joies immenses — éclats de larmes épuisées — tendre lassitude et ennui fatigué — haineux parfois mesquins parfois apeurés — envieux parfois heureux de l’air qu’il fait — parfois solides mais frêles — ô usés rusés trompeurs et naïfs — jeunes et vieux — vivantes rieuses et mortes étales de rêves — de temps à autre de temps en temps de tous les temps… — femme de ménage domiciliée à Paris, boulevard Montparnasse… il devine ses fantômes du dedans — l’épaisseur des morts amoncelés d’en dessus de lui et lui vivant pourtant tellement parfois si peu tellement parfois si vieux tellement si incertain hasardeux dessous leurs restes embrouillés - il pense confus confus confusément en trébuchant tout le temps tous les temps mélangés tous les sucs les corps les sangs emmêlés leurs dépouilles maigres de pierre de papier de poussière infime en danse et transe de soleil… de Jean-Baptiste Froment décédé et de Honorine Francoual sans profession il les ressent obscures et lumineuses brèches - souffleurs de brume cracheurs de peu - la terre et l’air à l’envers à rebrousse poil - à débours le monde - dépensées dispersées dissipées mais planquées prolongées dedans devers lui toutes ces vies d’avec leurs noms leurs villes leurs couleurs leurs douleurs leurs bruits — leurs mots d’avec les états civils recensés laborieusement épelés malmenés recopiés étirés…

… Baptiste Etienne Antoinette ouvrier Basile Célestine institutrice Paris Honorine Jean Marie défroqué garçon de café zinc dézingué fumée Saint Sauveur la Vallée avalée La Garenne-Gramat Lamothe-Cassel cultivateur Puycalvel ménagère Honorine Labastide-Murat (fier sur son cheval) couturière brue commandant d’armée vigneron pilote d’avion bergère as des as de la der des der petite fille décédée petit garçon bébé chef capitaine galonné sans profession sans prétention sans ambition tous sans face cent visages et plus d’un nom Marie Claire Fages Cyprien Marie Eulalie Alexandre Aubin Adele Sara François Viviers Marie Jeanne morte moins d’un an Victoire Marie - Rose (mère de remplacement) Henri Cransac Victor Emmanuel médecin-colonel Claude Sainte Afrique Louis technicien Marie Antoinette copie conforme Eliette Villefranche de Rouergue René Raymond Renée bergère maréchal ferrant Rodez boulanger maréchal d’armée de Roy de France historien journaliste journalier employé des chemins de fer Jean garçon de salle commis d’office et de cuisine Cras la montagne pelée Théophile laboureur Auguste ingénu ingénieur ingénieux Maurice Magalie commercial Cahors Lucienne assistante sociale des impôts en second pas chef, Olivette subalterne –- et pas de marin pas d’explorateur pas d’aventurière d’écrivain de romancière de cosmonaute d’exploratrice d’astrophysicienne de dame-pipi de conducteur de tramway casquette galonnée de monsieur vole au vent ou garde chiourme garde – barrière — un garde fou — pas d’ailes ni d’une ni d’eux, enfin, qu’il sache…

proposition n° 7

L’on dirait deux femmes peut-être trois. La plus âgée toujours vêtue de noir est très maigre. Ses cheveux blancs, très fins, laissent échapper quelques mèches vaporeuses sous le chapeau soleil au ruban noir.

Ses yeux bleu clair pétillent d’un rire sans fin et les rides ressemblent à ces ondulations sur la plage après les vagues.

On voit la petite cour, la mosaïque de pierres bosselées entre leurs langues de ciment. On voit cette flaque de lumière par l’embrasure noire de la porte –- derrière la cataracte bariolée du rideau de perles chasse-mouches.

Elles sont les deux –- peut être trois, occupées à équeuter les haricots verts, trois tas sur la table de la cuisine. (Une table ordinaire – peut-être une nappe en plastique clair – peut-être des motifs.) Un tas pour les haricots à équeuter – un tas pour ceux qui sont faits, le troisième tas des petites extrémités triangulaires jetées d’un geste vif après la section rapide du bout des doigts.

Dehors un homme jeune et solide. Il fait peut-être du ciment –- (il aura creusé un cratère gris de sable, gravier, ciment, rajouté de l’eau avec l’arrosoir en fer blanc –- malaxé avec la truelle ou la pelle). Peut-être est-ce qu’il rajoute une pièce au puzzle de pierres. Il enlève souvent ses lunettes –- s’essuie le front avec son mouchoir. Un grand mouchoir blanc, tout chiffonné, avec des taches qui sentent la salive et le tabac.

La femme maigre est allée chercher les haricots dans le minuscule jardin, à l’autre bout de la minuscule cour. Il est entouré d’un grillage à petites mailles qui longe le sentier tendu vers la maison du haut. C’est pour empêcher les chèvres.

Elle les a rapportés dans le tablier qu’elle porte toujours, lacé autour de son cou et noué à sa taille. Peut-être bleu foncé et une constellation hypnotique de petits points blancs. Elle a relevé le tablier pour faire une poche et a tout déversé sur la nappe peut-être verte.

À côté de l’évier en pierre une casserole sur la gazinière (à bonbonne de gaz –- souvent c’est l’homme qui remplace la bouteille vide –- la charge dans le coffre et va en acheter une pleine dans la ville à côté –- celle du maréchal qui caracole en habit d’apparat et panache blanc sur son cheval cabré.)

La deuxième femme –- mais peut-être trois –- s’est levée d’un coup a crié que c’est tout brûlé qu’il va falloir frotter qu’elle est peut-être foutue et qu’elle ne sait pas si elle pourra…

Il mâche la paille d’un demi-rêve frotte sa limaille dans les yeux, il sait bien qu’il ne pourra pas tout ravoir.

proposition n° 8

Il pleut. Depuis le quinze juin il pleut. Il faudrait écrire pour un journal comme on marche dans la rue. On marche, on écrit, on traverse la ville, elle est traversée, elle cesse, la marche continue, de même on traverse le temps, une date, une journée et puis elle est traversée, cesse.

Il a à nouveau rapproché la chaise de l’imposante table. Il a planté ses pieds solidement sur le parquet (également en chêne –- mais bien plus foncé). Puis toujours sans vraiment y prêter attention, il a, d’un coup de rein, propulsé l’assise avec ses fesses tout en la soulevant des deux mains. Puis il a repris le bouquin : L’été 80, jusque-là retourné sur le plateau vernis comme une carcasse de toit à la dérive au milieu d’un fleuve en crue. Il pense à une barque, au forçat trempé, à la femme enceinte épuisée et en guenilles du roman de Faulkner. Il pense au Missisipi qu’il n’a jamais vu — aussi vaste que la mer. Il pense à l’homme qui s’essuie le front. Il pense à sa sueur âcre et brillante et à l’odeur du mouchoir mêlée de salive et de tabac. Il pense aux signes de croix pour faire revenir (et ne pas se tromper en comptant sinon recommencer) et aux histoires de galérien pour se punir et jouir d’être abandonné dans le petit lit à barreaux. Il voit le trait rapide pour souligner les phrases –- les trois points d’exclamation dressés dans la marge comme des serpents filant à l’assaut des berges d’un tumulus ; maintenant, entre les pelures de gomme qu’il va bientôt balayer d’un revers de main, puis juste après souffler, il lit : « Il pleut… »

Derrière l’ogive de la fenêtre étrange qui surplombe sa table, d’un coup la nuit est venue, portée par les rouleaux de nuages lourds et les coups de butoir du vent qui fait claquer les volets et la porte massive tout en bas des escaliers en colimaçon.

Une pluie de minables grumeaux de gomme s’abat sans bruit sur le plancher. Comme si, emportés avec eux, des lambeaux de mots étaient silencieusement venus s’étioler et mourir en poussière.

Dans la petite maison basse presque enterrée sous le chemin et réfugiée contre son rocher, une femme –- la plus jeune –- dit de s’éloigner de la fenêtre en entendant gronder l’orage. Elle dit qu’elle a peur – qu’elle a entendu que des fois la foudre descendait par les cheminées. Il fait de plus en plus noir. Entre les craquements assourdissants et les roulements de tonnerre on murmure comme dans les musées ou les bibliothèques.

À l’horizon du plateau en face –- de l’autre côté de la maison –- des éclats de feu lacèrent sans fin la toile grise et mauve qui se répare instantanément.

proposition n° 9

Voilà. Début d’après-midi de juillet ou par là. On dirait une ville. Tout serait ralenti : les vieilles façades grevées de soleil, les rangées de fenêtres hautes et brûlées de lumière, la stupeur lourde des grilles et plaques d’égouts au souffle fétide ; sous les porches l’encoche obscure et moisie des relents d’urine âcres. Le fleuve immobile incendierait la voûte des ponts. Derrière les persiennes entrebâillées, crochetées par l’espagnolette, on dirait la ville et sa vie assoupie. Depuis le grand bureau jusque sur le parquet, dans la pièce maintenue dans la semi-pénombre, la ville déplierait pour se sauver une échelle de corde aux barreaux incandescents. Voilà. Il serait peut-être bien allongé, tout raide à plat dos sur le divan — ses pieds croisés reposeraient sur un petit rectangle de tapis rouge –- au centre motifs floraux ou fractale de rosaces et volutes. Tons de blanc cassé et de beige, liserés bleus. Sali. Il aurait fermé les yeux depuis un bon moment. Deux voix passeraient dans la rue, des voix graves mais légères, deux voix d’homme, des voix qui flotteraient battraient des ailes disparaitraient. Il ne comprendrait pas ce qu’elles disent. Elles seraient venues et envolées — un prodige. Il resterait accroché à leur sillage de silence blanc. À la dérive. Vertige. Voilà. Ensuite passeraient le timbre aigre d’un vélo peut-être — peut-être le klaxon et l’insulte d’une auto — ou bien un rire pointu et irritant comme une écharde –- passeraient. Il aurait d’un coup les cris-banderilles plantés dans la tête comme des hurlements stridents de cour d’école. Il aurait sans le savoir les poings serrés blanchis aux phalanges. Il entendrait sans le savoir un murmure affolé de mots à facettes, fous comme les pages d’un livre ébouriffé de vent. Les mots changeraient constamment de sons d’allure d’espace de reflets métalliques. Il leur rêverait pour se poser — sans le savoir — une colline une maison minuscule un arbre — au moins une feuille marbrée de nervures translucides — la brisure dépouillée d’une branche.



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1ère mise en ligne 8 juin 2018 et dernière modification le 20 juin 2018.
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