Nathanaël Gobenceaux | 20° Est 50° Nord (touriste à Cracovie)

Le touriste fait un tour, superficiel. / Le touriste voit des monuments, des musées, / les gens : pas tellement. / Le touriste voit ce qu’il y a à voir. / Parfois, le regard de biais, /
il capte 1 ou 2 choses qu’il ne devrait pas. / Nous sommes des touristes à Cracovie.

un autre texte de la revue, au hasard :
Afrique | Cécile Benoist, Toumbo, le masque
l’auteur

Nathanaël Gobenceaux (sur Twitter @loranbart) tient sur le web plusieurs carnets simultanés, dont on trouvera la liste en haut de ses Notes éparses. On accueille sur publie.net ses 46 villes, bourgs & autres lieux.

le pitch

C’est l’auteur lui-même qui propose ci-dessous non pas seulement un texte, carnet de voyage à Cracovie, mais la disposition html qui interfère en permanence avec l’écriture, est écriture elle-même... Les textes en caractères italiques sont de Landry Jutier. Les textes en caractères romains sont de Nathanaël Gobenceaux

le texte

 

Pologne

- Capitale : Varsovie (1,8 million d’habitants). - Superficie : 323 250 km2. - Population : 38 622 000 habitants. - Monnaie : zloty.

- Langue : polonais. - Régime : démocratie parlementaire. - Économie : après avoir connu la chute de production la plus sévère d’Europe centrale en 1989 et 1991, l’économie la plus importante et la plus réformatrice a bénéficié de cette véritable « thérapie de choc » et affiche depuis des taux de croissance inégalés chez ses voisins. Cela n’empêche pas que plus de 13 % de la population vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le niveau de vie reste donc en général bas et la libéralisation à outrance qui s’effectue depuis le début des années 1990 crée de nombreuses inégalités.

(source : http://www.routard.com/guide/pologne/1307/carte_d_identite.htm)

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Itinéraire

Paris Nord • Bruxelles-Midi • Liege-Guillemins • Aachen Süd(Gr) • Aachen Hbf • Dortmund Hbf • Bielefeld Hbf • Hannover Hbf • Wolfsburg • Berlin-Spandau • Berlin Zoologischer Garten • Berlin Hbf • Berlin Ostbahnhof • Lübben(Spreewald) • Lübbenau(Spreewald) • Cottbus • Forst(Lausitz) • Forst(Gr) • Zary • Zagan • Legnica • Wroclaw Glowny • Opole Glowne • Kedzierzyn Kozle • Gliwice • Zabrze • Katowice • Krakow Glowny ///.../// Krakow Glowny • Warszawa Zachodnia • Warszawa Centralna • Kutno • Konin • Poznan Gl. • Rzepin • Frankfurt(Oder)(Gr) • Frankfurt(Oder) • Berlin Ostbahnhof • Hannover Hbf • Bielefeld Hbf • Hamm(Westf) • Dortmund Hbf • Bochum Hbf • Essen Hbf • Duisburg Hbf • Düsseldorf Hbf • Köln Hbf • Aachen Hbf • Aachen Süd(Gr) • Liege-Guillemins • Bruxelles-Midi • Paris Nord

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Ouverture

L’ode au dragon
La beauté du paysage
Dans la lumière du matin
Submergea Krakus le roi
D’une sublime joie.
Il fredonnait un refrain
Et caressait le fauve pelage
De son grand chien.
Son peuple heureux
Et fier l’entourait
Dans les derniers rais
De lumière des heures bleues.
Émergeait des méandres d’un fleuve
Épais et luisant
Une colline sertie du vol
Des corbeaux dont les ombres au sol
Et les élans
Émeuvent.
Le peuple s’installa
Et bâtit un grand château
Blanc, étincelant au soleil
Et quand dessus la nuit veille
Elle fait resplendir la diaphane peau
De la belle princesse, fille du roi.
« Resplendissante je suis
Je suis aussi belle
Et on m’admire.
Mais je ne suis pas de celles
Qui dans la glace se mirent. »
La vie s’écoulait ainsi
Jusqu’au jour
Où un dragon énorme et vert
Au museau empli de glaires
À la peau épaisse fit le tour
De la colline et envahit
La végétation si bien
Qu’on voyait cligner et se déployer
Parmi les feuilles et les buissons
Un grand globe, œil empli de poison
Une grande langue serpenter
Autour des pieds, tels des liens,
Des hommes, des femmes, des enfants
Qui passaient en contrebas
Du château.
La terreur
Emplissait les heures
Des habitants et leurs pas
Se faisaient moins téméraires et plus pressants.
Le roi angoissé
S’inquiétait pour son peuple, sa famille,
Et demanda à plusieurs chevaliers
De combattre le dragon et en récompense, de sa fille
Offrir la main, le corps et l’âme constellés
De grâce.
Mais l’âme de la princesse
S’accommodait mal de la bravoure
Chevaleresque.
Les malheureux cavaliers
Allaient
Chacun leur tour
Frotter leur armure avec allégresse,
Mais aussi avec une terreur pétrifiante,
Au corps rugueux
Du dragon qui exhalait le rance
Et qui pour seule récompense
Éjectait les malheureux
Dans le ciel pour qu’ils plantent
Leurs pieds dans un nuage La tête en bas
Avant de s’écraser sur le globe.
Puis les entrailles les gobent
Tels des pantins de bois
Avant de voler dans un espace sans âge.
Tous étaient morts
Lorsque se présenta un cordonnier
Que le roi vit d’un mauvais œil.
Il ne lui trouvait pas assez d’orgueil
Il lui trouvait pourtant un charme particulier
Mais la cour pensait qu’il ne voulait que de l’or.
« Courageux je suis et seulement veut vous libérer du dragon.
Je n’épouserai votre fille adorée
Que si pour moi elle ressent de la passion. »
Les ombres bleues
S’étendaient dans la salle du palais
Et la princesse sentit un battement
Sourd dans ses tempes et vit, tremblant,
Le jeune cordonnier au visage étrange et non laid
Partir et lui jeter un regard anxieux.
Le lendemain le cordonnier
Se prépara pour son combat.
Il tua un mouton
Et emplit son ventre rond
De soufre et le recousit sans embarras.
Il sortit et fit face au dragon dressé
Sur ses énormes pattes.
Il était affamé et empli de fureur.
Le cordonnier lança la dépouille
Du mouton.
La langue couleur rouille
Happa la carcasse, brisa les os, engloutit le cœur
Dévora les entrailles avec hâte.
Il se tordit de douleur
Et balança sa langue fumante.
Assoiffé, il devint fou
Se jeta dans le fleuve flou
Engloutit les eaux écumantes
Et hurla vers le ciel des pleurs
Si déchirants que le ciel s’obscurcit.
Son ventre gonfla tant
Que son corps éclata.
Dans les airs et dans les bois
Furent projetés des pans,
Des lambeaux verts et gris
Et jaillit le rouge de son sang
Qui tacha les maisons et les églises
Les pavés et le château
Et dans les clameurs hurlées très haut
Il disparut pendant que la bise
S’apaisait lentement.
Le cordonnier resta interdit.
Alors que la foule hurlait sa joie
Il partit et se réfugia dans sa maison.
La princesse courait et perdait la raison
Suppliait qu’on retrouve son roi.
On allait et venait dans Cracovie.
Et alors que la nuit étendait
Ses écharpes sombres et que les étoiles
Dardaient leurs soupirs lumineux
La princesse exprimait ses vœux
Frappait aux portes et écartait les voiles.
Elle se présenta à la dernière maison où veillait
Une faible lumière.
Par la fenêtre elle vit l’objet
De son désir, pleurant
Et tandis que soufflait le vent
Elle commença à polir ce corps fatigué
De ses caresses, avec pour seul projet de lui plaire.
Le jeune cordonnier et la princesse
Passèrent ainsi la nuit
Et lorsque le jour pointa
Il les vit nus, reine et roi
Et dans la ville l’or d’un éclat vif luit.
Parmi les cris d’allégresse
Ils traversèrent une rue
Qui devant eux se déroula.
Ses pavés resplendissaient au soleil
Alors qu’ils étaient éteints la veille.
Au loin une église pointa
D’une beauté sublime, jamais vue
Par un œil humain.
Le roi et la reine
Pénétrèrent et s’unirent
Avec joie et plaisir.
La ville se dressait, fière, hautaine.
Puis le roi et la reine ne firent qu’un.
C’est ainsi que cette ville fut libérée du terrible dragon.
Mais personne ne sait s’il est véritablement mort.
Parfois, il erre encore, dans les recoins de mon âme ;
il l’enserre de son corps rugueux, il hante mon esprit, mon cœur.
Dans ces moments, il s’enfouit
Dans mes pensées sombres et épaisses
Et déguise mes détresses
Aux autres en caprices.
Un seul me comprend, me hisse ;
Fait de mes larmes des tresses,
De fines chaînes.
C’est l’homme qui m’aime.
Mais le cordonnier
Malgré son affront
N’a pas tué complètement le dragon.
Il est tapi
Et il rôde Dans la nuit.
Il rôde, il rôde, il rôde...

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20° Est / 50° Nord

Paris 20h46 ...Berlin 9h40 avec 2h de retard et 10 minutes en courant pour le changement

De l’arrivée à Cracovie

On arrive à Cracovie par le train du soir, on a vu défiler toute la Pologne du Sud mais on ne souhaite qu’une seule chose : déposer nos sacs et nos fesses à l’hôtel. La sortie de la gare s’avère compliquée, des travaux nous égarent et nous font perdre un instant le sens de l’orientation.

On traverse donc la ville, on passe au large du Rynek, on atteint enfin le quartier de Kazimierz et notre hôtel.

Berlin-Cracovie : le train, déjà pas très rapide, s’arrête longuement en pleine campagne allemande entre Cottbus et la frontière polonaise

De la rue Miodowa

Cet hôtel s’avère être plutôt une chambre d’hôte. Nous, ça nous va aussi, voire plus.

Le bâtiment est rénové bleu vif, celui d’en face jaune- orange vif aussi, ceux d’à côté sont plutôt décrépis.

Un coup d’œil panoramique, dans la rue il y a : un opticien, un bar, une librairie notamment...

l’ex-Allemagne de l’Est ne ressemble plus trop à l’idée qu’on peut s’en faire, c’est l’Allemagne, la même pour tous. Par contre subsistent de grands bâtiments communistes

Paris Nord
Est le départ de l’errance.
Le train rouge DB
S’étire sur la voie.
La foule s’affaire autour
S’y agrippe
Tout en traînant des valises
Des chariots
Des sacs.
Petits pantins
S’accrochant aux
Portes
Dans les rais de la
Lumière du soir.
Nous montons.
Juste avant nous avons goûté
Sur le quai
L’instant suspendu
Entre l’attente et le départ
Lorsque la tristesse embue
L’esprit
Lorsque la joie et l’impatience
Coulent dans les veines
S’embusquent dans les artères
Éclatent dans le cœur ;
Lorsque les mains tremblent
Et les jambes courent
ALL OVER THE WORLD

Des marchands de pains ambulants

... Et aussi, mais dans la journée seulement, une petite vieille qui s’installe avec son chariot bleu rempli de pains à 1 zloty au carrefour de notre rue et de l’avenue toute proche.

Ces marchands de pains ambulants - ce sont les marchands qui sont ambulants, pas les pains - sont parsemés dans toute la ville.

Ils repartent avec leur chariot une fois tout vendu.

cris : « paszport / passport please » – trois militaires débarquent à grands fracas dans le wagon, c’est le passage de la frontière. Tuplice : ils redescendent

De quelques remarques d’approche

Cracovie se dit Krakow en polonais et Krakau en allemand.

Les artistes locaux célèbres sont le poète, dramaturge et peintre Stanislaw Wyspianski, les peintres Jan Matjko et Jozef Mehoffer.

Les Suédois, les Russes et les Autrichiens investirent Cracovie.

Le fleuve qui traverse Cracovie (et Varsovie) s’appelle la Vistule (la Wisla en polonais)

Zagan : d’autres militaires sur le quai. Ils ont des jumelles infrarouges et regardent vers l’avant du train. Qu’y a t-il à voir ?

ALL OVER
Le train débute
Sa course
Et dans le couloir
Nous voyons s’écarter
Les immeubles,
Les arbres, les forêts
Devant notre passage.
L’horizon irrévérencieux
Devient notre maison
Le soleil
Notre lampe de chevet
La lune
Notre veilleuse,
Les étoiles
Nos balises.
Le train
S’enfonce dans la nuit
Profonde
Qui est notre lit.
Les kilomètres défilent
Notre train ceint La terre
Lacère sa surface rugueuse
Et tandis que les avions
S’évaporent dans les nuages
Nos pas recouvrent
Le monde.

De la nuit de la Saint-Jean

En Pologne, comme ailleurs, la nuit du 21 juin est la nuit de la Saint-Jean. Les gens sortent donc. Une centaine d’entre eux passent bruyamment sous nos fenêtres en plein milieu de la nuit.

Vers 4h15 je lève la tête, le petit jour envahit déjà la pièce et la ville : on s’est sensiblement rapproché du pays du soleil levant (on est 17,5° plus à l’est mais pourtant encore à la même heure que Paris).

Plus tard, je relève sur un atlas qu’on est à la verticale de l’île de Corfou.

souvent on voit des cheminées d’usines, très souvent même. Longues et effilées, parfois elles penchent franchement comme si elles se courbaient sous l’effet d’un vent incessant

Des balades dans la vielle ville

Le premier jour : balade dans la vielle ville pour s’en imprégner.

On note que beaucoup de Polonais parcourent les rues comme s’ils ne travaillaient pas. Cracovie comptant 16 universités et environ 40 000 étudiants, peut-être sont- ce eux qui sont en vacances ?

On note aussi l’animation : ça va et ça vient dans les rues principales. Si les touristes fourmillent, les cracoviens aussi.

Quant à la ville, on aurait pu croire le centre historique plus ramassé, en fait c’est beaucoup de grands espaces, des longues rues et des places.

après Legnica, le paysage jusque-là plat comme la Beauce se vallonne. Mais toujours aussi peu de maisons, juste des champs

Notre wagon
Est l’Allemagne
La France
Les États-Unis
Mais aussi
Le Mexique
Et lorsque le train
S’ébranle
Il secoue nos êtres
Et nous fait penser :
« Que fait-on ici finalement ? »
Alors on parcourt le couloir on observe les visages souriants
on absorbe les gestes.
Lorsque nous allons plus
Vite que le soleil
Dans sa course à travers
Le ciel
Et lorsqu’il fait de l’horizon
Sa couche
Le bonheur s’installe.

De l’influence méditerranéenne

On a l’impression d’une influence méditerranéenne : on le savait pour le Wawel et ses architectes italiens, finalement la ville la subit au moins autant que le château.

Le centre de Cracovie, ses placettes, ses rues médiévales me rappellent un peu Pise, un côté un peu crade et étudiant.

Si le centre de la ville a été rénové, les maisons autour ne sont pas en reste : la cité jagellonne semble être incessamment et partout en reconstruction. Certains y voient sûrement l’avantage financier à venir, ici où les hôtels coûtent aussi cher qu’en Europe Occidentale.

Les quartiers alentour comme Kazimierz, l’ancien quartier juif, participent du même mouvement. C’est même plus « branché ».

Wroclaw. Ce qu’on voit au premier abord : cités, barres d’habitations, vêtements balancés sur des toits. Puis la gare par temps orageux, obscurité et couleur jaunâtre due à la verrière en plastique ondulé. Le train jusqu’ici aux trois quarts vides se remplit.

Du musée Czartoryskich

Une petite dame d’un âge déjà certain vérifie les billets des visiteurs et garde la première salle du musée Czartoryskich. Elle veut nous expliquer (en polonais parsemé d’anglais) la composition, les matières et tiroirs secrets d’un jeu d’échec. Bon, on fait semblant de comprendre.

On voit aussi des objets archéologiques, des verres de Murano avant l’heure (-VII à -V av. JC), on voit des tableaux, beaucoup de peintres italiens (de l’école de Sienne), de flamands, et le Vinci (« la Dame à l’hermine »), le Rembrandt (« Paysage au bon Samaritain »), mais le « Portrait de jeune homme » de Raphaël a été perdu pendant la seconde guerre mondiale. Il est remplacé par une photocopie couleur.

Dans ce musée, on voit donc des toiles de maîtres et soudain en changeant de salle, on a une drôle d’impression. On a l’impression d’une peinture hyperréaliste. En fait ce sont des photos reprenant avec des célébrités polonaises des compositions de tableaux de Rembrandt en hommage au peintre d’Amsterdam.

arrivée à Cracovie dans les temps ///...

Il est tard
Notre wagon s’endort
Dans l’air calme,
Juste transpercé
Des cris et des pleurs
D’une jeune mexicaine
Juste feutré
Des chuchotements
De son copain.
Tout en haut,
Dans ma couchette,
Mon corps est ballotté
Par le rythme des rails
Le roulis de la course,
Comme en apesanteur.
Le corps bercé,
Sens dessus Dessous,
La somnolence épaissit
Mon esprit ;
Les rythmes et la
Mélodie souffreteuse
Du train
Cajolent mon corps
Se font l’écho De mon cœur.

De quelques rues et de la Vistule

Ulica Storlarska. Juste derrière le Rynek, tranquille face à l’agitation de la grande place. L’enceinte de pierre ceinturant la vieille ville a été remplacée par une enceinte végétale, parc circulaire appelé le Planty.

Dans la rue des consulats (France / Allemagne / USA), il y a la station de bus et de tramways. Si on prend une photo, un policier vient vous dire que c’est interdit.

Autrefois, à la place de l’Ulica J. Dietta, coulait la Vistule qui séparait Cracovie de Kazimierz.

.../// Pour aller de Cracovie à Varsovie, on traverse la Petite Pologne et la Mazovie

Du Collegium Maius

Au Collegium Maius, on fait la visite avec une guide devant et un garde-chiourme derrière, il pousse et éteint les lumières – sûrement la faute aux visiteurs indisciplinés ou à la valeur du trésor. D’ailleurs, on n’a pas le droit de le photographier, ce trésor.

Ici, la guide a dû être briefée, la visite en anglais est simple et bien articulée.

Le Collegium Maius est ce qu’on appelle l’université Jagellone. Elle a été construite sur le modèle de celles de Bologne et de Padoue. La devise de cette université est « plus ratioquam vis » (« mieux vaut la raison que la force »).

sur ce trajet, il y a plus de forêts (surtout de résineux) et moins de champs

Krakow
Est ceinte
D’une couronne verte
Large, où le vent
S’immisce dans
Les feuillages.
Nous la découvrons
Dans l’air chaud du matin qui emplit les rues.
Les tramways transpercent les quartiers
Les gens traversent
Les rues
Plantés sur leur compas
Ils tournoient
Lassent l’asphalte
De leurs pas.
Leurs arcs de cercle
Nous portent
Vers une rumeur
Qui résonne depuis le sol
Qui s’amplifie.
Le tumulte cadencé
Nous mène au point d’attraction.
Le Rynek Glowny
Éblouissant dans la
Lumière du matin.
Large, couronné
D’amples façades claires.
La halle aux draps est le pivot, la rotule ;
Notre-Dame et le Beffroi
Rougeoyant sont les
Flèches qui piquent Le ciel
Chatouillent les nuages,
Les bras qui dans
La clameur du bonheur
Se dressent vers le soleil.
La multitude va et vient Sans but
Comme nous allons.
Nous tournons
Autour de la halle
Nos ellipses se fondent
Dans les pas des autres.
Nous sommes au centre
Au point lumineux
Au point de rotation de notre terre.

du train, on voit un grand nombre de gens qui se promènent dans la campagne en ce début de soirée

De quelques remarques culinaires

Le midi, on mange dans un bar à lait, un héritage des cantines populaires de l’époque communiste.

La cuisine polonaise est un peu traîtresse, on ne sent pas tout de suite les épices. Au début on se dit que c’est doux, mais finalement on chauffe.

Après un resto hongrois hier, ce soir on mange italien pour se remettre l’estomac dans le bon sens. La pizza et les pasta ont du succès par ici aussi.

Bednary. « Lokomotiv kaput ! »

De la visite de Wawel

Visiter la colline de Wawel n’est pas simple : nombre de visiteurs par jour limité, visites guidées pour certaines parties du monument et libres pour d’autres. Ce château ressemble à un pantin désarticulé.

Visite de Wawel alors. On vient à l’heure indiquée sur le billet. Comme il n’y avait plus de place pour les visites en anglais, on nous propose allemand ou polonais. Quittes à ne rien comprendre, on choisit le folklore local. On est donc quatre à suivre cette visite, un couple de jeunes polonais et nous. Arrive notre guide qui nous demande si on est italiens. On fait donc une visite un peu surréaliste des appartements royaux. La guide parle polonais, elle insiste en nous regardant à chaque fois qu’il y a une tapisserie ou un meuble « francuski ». Elle paraît ravie de nous montrer des porcelaines de « limoche ».

Si, lors de cette visite, on croise d’autres petits groupes comme le nôtre, on est le plus souvent seuls dans les grandes salles, seuls avec notre guide et des gardiens de salles vides.

Le bleu nuit
Alors que l’or luit.
Il recouvre la halle aux draps
D’une poussière
Brillante.
Les ombres s’étendent
Juste entrecoupées
Des reflets
Des lampadaires
De la lune
Des étoiles
Des voix de l’antiphonaire.
Notre-Dame
Drapée de velours
Flamboyant
A coiffé ses chefs
De couronnes luminescentes.
Un petit musicien
Part à sa conquête
Et se remet en tête
Une lointaine mélodie.
Une des fenêtres
De la tour nord
De Notre-Dame
S’ouvre.
Brille alors,
Ronde, une trompette
Qui résonne telle une ode
Face aux hordes
Aujourd’hui pacifiques,
Dans l’air doux Du Rynek Glowny.

De quelques remarques linguistiques et urbanistiques

Cracovie la multiculturelle. A la Renaissance la ville a été une place marchande importante, d’où peut-être ce mélange d’architecture à la fois méditerranéenne et flamande. Nous revoilà parlant des maisons verticales sur la place d’Anvers où toutes les grandes familles veulent un pied-à-terre. Après les marchands d’hier, les touristes du monde entier, un resto qui vend des kebab, Patricia Kaas et Garou à la FNAC locale.

Si on sent une certaine connivence culturelle par rapport à la ville et à l’architecture, une distance s’établit par rapport à la langue. « Ce n’est pas que ce n’est pas dépaysant, Cracovie, mais ça devient vite familier. » « Les villes d’Afrique ça ne nous est pas familier, Florence non plus, mais Venise, oui, c’est familier. »

On a l’impression que le Polonais n’est pas difficile à prononcer. Ce sont des sons qui nous sont relativement coutumiers à l’inverse des roulements de « rrr » espagnol ou italien par exemple. De plus il n’y a pas d’intonation véritable à la différence de l’espagnol ou de l’italien.

à Varsovie, on est à moins de 200 Km de la frontière Biélorusse. Actuellement, la Pologne est le far-east de l’Europe

De quelques stéréotypes attendus

On s’attendait à dénoter dans le paysage en tant que français et en tant que touristes. Mais en fait non, on ne fait pas trop touristes et des Polonais nous demandent même des renseignements comme si nous étions de vieux cracoviens.

On s’attendait à des polonais blonds de type un peu russe. Mais en fait non, les métissages de l’histoire, les tatars et les autres ont fait des Polonais typés méditerranéens ou français qui passeraient pour des tourangeaux à Tours.

dans le train Warsawa-Franckfurt, le petit déjeuner est offert : un gobelet de thé et un croissant sous plastique

Le 21 juin est le jour
Qui s’étend le plus.
La nuit n’est qu’un épisode
Où les néons des cafés,
Des bars,
Remplacent l’éclat plein et
Rond du soleil.
Des foules déroulent leurs cortèges
Dans la rue de notre hôtel,
Exclamations qui incendient la nuit
Pour atteindre les étoiles.
Puis l’aurore fait basculer la lune
Et la sphère sombre
La foule cracovienne se décroche
Des étoiles
Elle va se coucher.
Le ciel blanc envahit La ville.
Il est 4h 15.

Des marchands de rue

Il y a des vendeurs de fruits installés sous les arcades.

Il y a des sortes de kiosques à journaux avec dedans des gens littéralement cachés par des produits en tout genres - journaux, shampoings – et qui vendent aussi des cigarettes, du chocolat. Il y a juste une petite ouverture de 20 cm2 pour passer les achats et la monnaie. Ces vendeurs se résument à deux mains dont on ne voit jamais le visage.

on arrive à Köln HBF avec 2h15 de retard, la gare HBF est juste à côté de la fameuse cathédrale. A la faveur de la correspondance, on visite cette dernière

Des gens

On voit beaucoup d’estropiés. Des vieux, mais aussi des jeunes.

Sur la place Nowy, une fillette vend des chiots, l’un d’entre eux sort du carton pour aller se mettre à l’ombre sous une voiture toute proche.

Un grand nombre de personnes (dont certains en costumes traditionnels) joue de la musique dans le centre ville. Ici un enfant au violon, là un couple âgé de la contrebasse et de l’accordéon, ici encore un adolescent encore du violon, là deux gars de l’accordéon.

Et que de mini-(et c’est un euphémisme !)jupes ici. A croire que l’émancipation du régime communiste passe par l’émancipation vestimentaire.

à Cracovie, c’était beau et chaud et t-shirt. A Köln c’est ciel bas et je rajoute un pull par-dessus ma chemise

Sur la place Nowy
Une fillette vend des chiots
Ici les sons résonnent très haut
Le soleil envahit
L’air doux et gracile
Mais autrefois hurlaient, énormes,
Les mâtins en sombres uniformes,
Poussant ces êtres fragiles
Ne sachant vers quel destin
Les mâtins les entraînaient
Suite à un obscur plaid.
Ici leur maison, leur cour, leur jardin
Et lorsque se ferme la porte du bar, sourde,
Elle résonne dans ma conscience, lourde.

De quelques autres remarques (1 - culturelles)

Les monuments ferment vers 15h. C’était l’horaire de sortie pour tous fut un temps. Alors les Polonais mangeaient vers 16h. Maintenant, c’est de moins en moins le cas, le privé s’alignant sur le 18h occidental.

En Pologne, les films étrangers sont doublés par un unique « lektor » qui ne fait que lire une traduction des dialogues sans mettre aucune intonation. Ainsi, une voix d’homme placide ou des cris de femme hystérique seront doublés de la même façon par le « lektor » monocorde.

Ville de Jean Paul II, Cracovie est un lieu de sortie privilégié pour les écoles religieuses. De fait, on voit une ribambelle de petites filles en robes-uniformes bleues encadrées par des religieuses en robes-uniformes bleues, foulard blanc en plus.

Le Thalys Köln-Paris Nord s’arrête à Aix-la-Chapelle. On aperçoit une chapelle depuis le train arrêté en gare, mais ce n’est pas LA chapelle.

De quelques autres remarques (2 - divers)

Dans les grandes villes polonaises, l’eau du robinet n’est pas potable. On achète ses bouteilles dans les superettes disséminées aux coins des rues.

Il y a des boîtes aux lettres rouges dont la levée est à 17h en semaine.

Il y a, sur le Rynek, de belles portes en fer forgé.

si c’est vallonné avant Liège, c’est qu’il y a le massif des Ardennes, la Belgique est brumeuse ce matin, Cracovie au soleil – Liège dans la grisaille : größe contrast.

La rue Grodska mène du
Rynek Glowny au Wavel.
C’est le soir et la foule envahit l’artère.
Elle coule vers le Wavel
De part et d’autre des lumières
Dressées telles des flambeaux.
Parmi cette cour mouvante,
Des reines sont coiffées
De couronnes de fleurs
Enchâssées dans du feuillage
Duveteux
Elles ceignent leur front
Enserrent leurs chefs.
Toutes vont au Wavel
Accompagnées de jeunes hommes.
Ce cortège fou et joyeux
Jettera les couronnes
Dans les eaux sombres et
Épaisses de la Wisla,
Que seules éclaireront
Des petites bougies,
Des petites luciolles.
Les rois, les Jagellons,
Les Wasa,
Depuis leur palais
Observeront ces fées,
Écouteront leurs pas,
Les courtisans et leurs chansons.

on arrive enfin à Paris-Nord. D’un pas rapide, on traverse la gare vers le Métro.



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1ère mise en ligne et dernière modification le 28 avril 2013.
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