Anna Jouy | Seuls les doigts

« Toujours toucher. Comme la terre, comme la peau qui me raconte. »

un autre texte de la revue, au hasard :
Camille Philibert | À la masse (with Clash live)
L’AUTEUR

Née en 56 en Suisse romande /Fribourg, Anna Jouy y vit et y travaille, dans un centre de formation pour des jeunes femmes en grandes difficultés. Elle fait aussi des mises en scène de théâtrales et, surtout musicales, écrit aussi des textes pour des musiciens. Sur Twitter @AnnaJouy. Son site : www.annajouy.ch. A publié : a mort est plus futée qu’une souris/ anna jouy - alain simon Ed. le pas de la colombe. Au crible de la folie / Ed. Atlantique. Ces missiles d’allégresse / Ed. Atlantique. À paraître : Agrès acrobates chez p.i. sage intérieur.

LE TEXTE

Langue du corps, langue de la sensation, creuser là, interroger aussi qui énonce, qui reçoit...

 

Seuls les doigts

Sensation.
Elle m’habite. Ma bite aussi en deux mots. J’insiste. Parce que j’aime. J’aime le jeu des mots. Mais, plus ils sont indépendants, plus ils glissent tout seuls de ma bouche, plus ils sonnent justes.
Incisifs comme je le veux. Parfois jusqu’au mal qu’ils vont faire. Tant pis. D’ailleurs, moins je les prononce, moins je les écris, plus je me sens acceptable.
Et c’est d’abord moi qu’il me faut accepter, tolérer.

Combien de mots pourtant ai-je sortis, accouchés de moi devant cet autre incompatible, incompétent ?

Sensation.
Là où elle doit être, là où elle est, là où je la vois. Ce n’est jamais assez bon, assez bien quand il ne s’agit que de parole.
Je veux toucher.
Toujours toucher. Comme la terre, comme la peau qui me raconte. Après parfois, après alors, les phrases coulent ou des mots solitaires sortant en spasmes de moi.
Je dis : baisons. Je dis : tu me raidis. Je dis : touche-moi…

La sensation.
Unique et si tyrannique lien entre eux et moi.
Mon odeur mêlée à celle des femmes, parfois me monte à la tête. J’éclaterais des vers, de la poésie en saillie.
Ça m’innerve, de la tête jusqu’au bas. Rien pourtant ne me parait plus expressif que de me taire.
Me taire. Terrer mon os. Enfouir dans ma chair mon goût de la chair. Enfouir ma chair dans le goût de la chair, en perte de langage.

La sensation qui est au bout de la main, c’est cela que je voulais. Et tout lui dire de mes seuls doigts...
Je m’en sentais capable. Visiter le grain, la texture et les géographies variables de sa peau. La mienne tout entière au service de sa recherche à elle. Pas un coin de mon corps n’aurait refusé d’y participer !
Conquête des territoires chauds et froids, oubliés, offerts ou imprenables.
Ma main en guise d’avant-garde, ma main pour les « soulèvements des armées de défonce ».
J’aurais usé ma paume calleuse sur cette géographie humaine, jusqu’à la polir. Puis y imprimer le sceau de mes dents, l’extrême de mes mots.
Concentré de paroles.

Mais parfois, je me sens abandonné et perdu dans mon silence. Agir, agir, agir et donc oublier de tracer le détour de mon geste…

Je l’ai croisée. Hasard, nécessité ? Je ne me pose pas la question. A quoi cela m’avancerait de le savoir… Un instant plus loin, elle aurait passé sans causer en moi ni intérêt ni spéculation.
Elle portait une tenue un peu excentrique, avait un regard qui tenait ma route, une distance sans trop de fioritures… Je pris mon temps pour la regarder. Et voilà.
Elle avait le volume. Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là. Des seins, du cul, un visage plein. Loin des maigreurs et des sécheresses habituelles.
Je ne pouvais pas m’empêcher de la déshabiller du regard. Et je ne sais pas pourquoi, j’avais le sentiment qu’elle le sentait et se laissait faire. Visiblement pas un canon. Facile pour moi de deviner plis et texture un peu grasse de la peau. Mais ça m’était égal. Je regardais et elle était d’accord.
Sensation rare à vrai dire. Rare non seulement venant de mon fait, mais aussi de cet accueil.
Je la déshabillais, je prenais tout ce que je pouvais de ce qu’elle m’offrait. Cela sans le moindre mot.
Elle, je n’aurais pas pu dire si elle y prenait du plaisir. Quelques fois, j’ai imaginé ce qui avait dû se passer dans sa tête à elle à ce moment-là.
Mais toujours plus, elle avait toujours une longueur de plus, sur ce que je faisais, en avait conscience avant moi-même.

Et pourtant, peut-être cela m’a-t-il déterminé plus que tout autre chose, elle était inhibée. Mais pas sous mon regard.
Et je dois l’avouer, cette offrande faite ne pouvait que me faire bander.

La sensation.
Celle d’un seul sens. Je pourrais me priver du goût, de la vue, de l’odorat ou de l’ouïe mais la vie, elle, court sur ma peau.
Sur elle, en elle, tout autour d’elle. Avec le plein qu’elle me fait quand mon épiderme se colle à celui d’une autre. Avec cet immense sentiment de solitude quand elle me laisse à moi-même.
C’est le bord de mes lèvres qui donnent une marge à mon monde, c’est le creux de ma main qui le modèle et c’est mon sexe qui y invite l’autre.

Je la regardais, oui.
Mon esprit transposait sa matière. Mon regard la conduisait à mes mains doucement mais j’étais déjà la triturant et la moulant jusqu’à en faire un nid pour moi, une poche pour mon pénis, un écrin à ma peur si délicieuse d’enfant que l’on va avaler. Attente inquiète, excitée de franchir tous les interdits, les uns après les autres et d’abattre le mur des prisons.

Ma peau, des milliards de molécules à sucer l’autre.
Le seul envahissement auquel j’aspire.
Elle pouvait venir sur moi, elle devait.

Mon imaginaire était prêt, vaste terrain de jeux, de danses multiples. Shiva aux quatre bras. Créateur, destructeur démiurge du rythme et de la distance, celui qui redessine le toucher, dans l’air, l’aérien.

Elle me regardait.
Il y avait de l’étonnement sur elle mais rien de l’armure que l’on trouve dressée entre les êtres. Innocence ou alors confiance. Je ne savais pas encore cette soif d’animalité qui la mettait ainsi à nue. Je lui plaisais ; elle ne pouvait pas le cacher.

La peau, la mienne, est ouverte à la terre entière et je goûterais à toutes les saveurs.

Elle, non… Juste toi, me dira-t-elle.

Je dus aiguiser mon arme.
J’avais de la baise une idée monochrome. En théorie je savais. En pratique, j’ai navigué, passablement.
Elles veulent entendre. Toutes les femmes bandent par les oreilles, disait le divin Marquis.
Et moi, j’évitais encore d’éprouver pleinement le pouvoir du plaisir que l’on donne.

Certes, je prenais mon temps. Distances bien placées, rythmes alternés entre pénis et vulve chaude, tâchant avec douceur d’imposer des figures. Le feu, le froid, le vite, le court et puis le terriblement long, le lent. Concentré sur moi, concentré sur ce maximum de frétillements, de pulsations, de souffles qui m’assaillaient.
Je cherchais comment m’exploser la gueule, la peau et tout le reste…

Nous, instruments magnifiques, corps de résonance parfaits, pourtant si pressés de jouer ! Nous avions oublié de faire cet accordage indispensable. Flûte et violon. Duo fait de solos. Voilà en réalité ce que nous faisions. Et la musique, si jolie était-elle, n’arrivait pas à atteindre l’expression. Je me contentais de ma partition.

Je me méfiais de ce qui serait dit. Une fois prononcées, certaines phrases vous engagent et c’est ensuite un impossible labeur que de tenter de défaire ce que les mots ont noué. Je ne devais pas, je ne voulais surtout pas statufier mes élans. Il me les fallait libres, sans laisse mais parfaitement sous contrôle.
Je faisais de la prose, de l’écriture automatique, les liaisons abruptes de l’inconscient et du langage, ces sauts stupéfiants d’une émotion à l’autre. Tout cela que je contenais, que je groupais au centre de moi, le cœur éruptif de toute ma sensibilité devait m’irradier lentement, ondes orgasmiques du creux de mon dos jusqu’à ma tête et l’extrémité de mes ongles. Sentir et diffuser au compte-goutte les subtilités des parfums émis.

Je caressais, les yeux clos. Les yeux à l’intérieur de ma nuit, face à mes songes. Et je me laissais faire. Absorbé par des gestes qui me soumettaient entièrement.

Qu’en est-il de ce qu’elle sentait ?
Comment atteindre cette science-là ? Son plaisir est une impasse dans laquelle je m’enfonçais, je m’aventurais, sachant toucher bientôt le mur, le grillage qui stoppera ma marche tandis que loin, bien plus loin, les senteurs du ravissement poursuivront leur route en elle me laissant prisonnier de moi- même.
Ces instants de baise, ces moments oniriques qui nous aspiraient l’un vers l’autre, l’un dans l’autre, ressemblaient à l’appel d’air de zones météorologiques contraires, dépressions ou hautes pressions. Elle, vide et moi, plein. Entre nous la lune, l’attraction des planètes ou celle plus banale de la terre, qui fait de nous des êtres sans volonté autre que celle du vent dans lequel on échange des molécules, on brasse des particules, on tornade des simouns d’atomes, des galaxies de protons.
Je me vidais, je me perdais. Ma substance semblait servir à quelque messe secrète dont je n’étais qu’un servant fidèle, porteur des liqueurs que cette prêtresse avalera sans me donner à y goûter.
Je me liquéfiais et sans pour autant connaître la fin de sa soif, l’épanchement de son désir.
Avec cette sorte de détresse qui me prenait, celle du naufragé qui lâche une bouteille à la mer et la sait tributaire de tant de forces qu’elle ne porte même pas l’espoir en elle.
A chaque fois, je mourais. Insecte manœuvré pour des tâches qui le dépassent.

J’étais arbre, tronc de bois et d’écorce au feuillage touffu. Ma tête visitait la hauteur, s’élançait, s’enfuyait à la recherche de l’air et des limpidités.
Noeud dont les innombrables veinules bourgeonnent en bras et branches. Vigie à l’affût des oiseaux, à l’accueil des rapaces, des insectes et des rongeurs. Sous la force des eaux, toutes celles qui circulent en moi, je suintais des miellées odorantes, des coulées de sève au parfum boisé.
Elle se penchait pour en déraciner les eaux. Je me laissais faire tandis que les nerfs de mes pieds s’accrochaient aux falaises. Je bandais et dans cette posture plus que toute autre j’étais dépendant de la grâce des respirations vitales.
Alors terriblement fragile. A portée de ce que les mots ne peuvent dire et de ce qu’ils peuvent faire. Au centre de la langue.

Ce n’est pas elle qui s’agenouillait. Mais moi, si. Je ployais sous le plaisir, manipulé.

Presque à chaque fois, je me suis laissé porter par le hasard ou l’impromptu. Quoique maintenant, je me questionne encore sur la manière dont j’ai inconsciemment arrangé les choses. Comment j’ai trafiqué le temps, l’agenda, la succession des affaires pour que cela soit favorable à la confrontation, à la lutte, à la rencontre et puis à l’abandon.

Inconscience de ce qui guide et pourtant minutieuse mise en place des paramètres fondamentaux. Nécessité viscérale allant bien au-delà de ce que l’on peut percevoir et comprendre.
Se laisser embarquer par la vie et le reste, ces nuages, ces vents, et la pluie qui nettoie jusqu’au fond de l’existence. La soif monte de la terre. Asséchée par la peur, par la solitude et par les goudrons déposés. Polluée peut-être. Sûrement.
Oui. Me laisser embarquer par la vie.

Chaque élément de ma nature n’avait-il pas été patiemment mis en place pour que… sous ma main cette peau ? Ramer à contre courant aurait été une épuisante lutte que je ne pouvais pas gagner.
Avais-je un argument sérieux pour tailler mon sexe, en retenir la poussée quand celle-ci me venait comme une direction sur la route ? Avais-je une raison me permettant de croire que l’on peut triompher des forces telluriques qui montent des profondeurs de la Terre et de la Vie ?
J’avais aimé, souffert, vécu, vieilli, ripaillé jusqu’à ces instants. Ils se présentaient à moi sans que je n’aie d’autre choix que de passer au travers. La poursuite en dépendait. J’étais dans le giratoire.
Longtemps d’hésitations, certainement. Je ne suis pas partisan de la satisfaction des désirs à tout prix. Mais la particularité de ce contact en a fait son attrait. Je butais têtu, face à une expérience, une pratique pourtant inévitable. Je ne pouvais que me laisser porter par la Vie. Sans résistance.
Je devais plonger au-dedans d’elle probablement parce que le fleuve suivait le terrain.

Il y a la plénitude. Celle de nous sentir vivants. Et qui fait éprouver nos limites, l’enclos de chair que nous sommes. L’esprit vaque alors de particules en particules, chez lui. Propriétaire de ce corps par lequel il respire, pense et détermine son degré de bonheur.
La plénitude.
A l’autre versant, le vide et la quête ; alors l’élision de notre tête, de notre buste, de ces jambes qui nous déplacent… Toute une part de nous s’efface, abolie par l’effet turgescent du désir.
Sexe bandé, je n’étais plus que parcellé, morcelé, départi de mon tout pour emplir ce membre, pour lui donner l’élan qui me projetterait vers l’autre. Brûlure, gonflement, induration si sensible qu’elle aspirait et ma pensée et ma matière.
Pour me recouvrer, l’unique moyen était la baise. Je devais me vider pour reconquérir ma propre dimension, celle qui m’échappait.

Cette urgence nécessaire prit son temps pour m’apparaître et devenir évidence. Je luttais pour m’extraire mentalement d’une situation physique, avec toute l’absurdité que cela représentait.
Il fallait cependant que quelque chose remonte vers ma bouche, que la parole, substance de l’esprit s’il en est, s’échappe de l’effet d’aimant de ma tige pour lancer le grappin de son abordage. Parler. Lui dire quelque chose qui lui ferait entendre la force des turbines, la pression électrique des barrages… Et je mis du temps pour contrarier le cours descendant de mon langage et faire revenir à mes lèvres des mots, tous ces mots qui attendaient, têtards à flagelle, de se jeter sur elle.

Je la surpris. Peut-être…
Si difficile d’estimer sa réceptivité ! Je peine à comprendre ce qui arrive aux femmes quand elles jouissent. Encore plus ce qui pénètre leurs cerveaux et envahit leur intellect. C’est un tel mystère que les endroits dans lesquels elles logent les informations qu’on leur donne !
Parler de sexe à une femme et elle range cette conversation dans la rubrique sentiments. Alors, tant d’autres confusions imaginables et probables.
Je ne pouvais que supposer son vide, son manque. L’absence qu’il y avait en elle, devait provoquer cette identique sensation qui me dépossédait de mon esprit. Chez moi, le plein, chez elle le vide. Et l’échange était de l’ordre des vases communicants. Si banale constatation mais qui, poussée dans ces extrémités-là, faisait d’elle et de moi des êtres en perte et en quête d’identité et de volume, pareillement.

J’ai besoin de sexe pour m’ériger, m’atteindre. J’imagine que l’on peut extrapoler alors l’incroyable vertu du corps qui donne à retrouver l’esprit au travers d’un autre corps.

Cette obsessionnelle recherche était le plus souvent pour moi douloureuse. Je ne franchissais que rarement ce palier, cette porte. La plupart du temps, la sensation qui me restait après mon coup banalisait, médicalisait le sacré, en quelque sorte. Je dénombrais avec peine les quelques spasmes qui égalisaient en moi le sable dont j’étais empli. Ensuite une épaisse tristesse me couvait comme une poule son œuf.
J’étouffais de ce que je savais n’être qu’une approximation de plaisir, qu’une liquéfaction de moi, le contraire de ce que je recherchais en réalité.

Elle avait du sexe, l’instinct. L’intelligence faudrait-il dire ? Comme une intuition artistique en quelque sorte, créant de la friction de l’inconscient et du réel, sachant sans apprendre. Connaissant les enjeux spirituels de l’amour et ignorant les règles de l’église. Soumise au plaisir de la tête aux pieds. Ludique et légère. Légère, prête aux caprices remontant des siècles d’impudeur mais avec une terrible exigence : que je mette tout de moi dans les parenthèses que faisaient nos rencontres.
Le jeu de l’amour. Les postures de l’offre et de la demande avec la souplesse que donne l’innocence… Prendre et recevoir, les yeux grands ouverts cherchant au fond de mon regard les failles et les séismes de mon plaisir. Quelle avidité, quel élan à venir et aller !
Tandis que je dégustais chaque suc détaillant les épices mis à ma bouche, elle égrenait des musiques particulières, des compositions étonnées sortant d’elle comme d’un geyser. J’appris à aimer le bruit des cordes sensibles. Sorti d’un instrument dont l’archet m’appartenait.

J’aurais dû savoir. J’aurais dû le savoir… Dans la bulle du plaisir, le ballon d’oxygène qui transporte ailleurs, il n’y a aucune place pour la réalité. La chambre d’amour et de volupté ne peut être touchée. Libre, volant dans le ciel de nos jours, elle tient dans la fragile élasticité du savon, magique et irisée. La baise est une poésie. Idéale, tendue vers l’extrême, hors de toute limite.
Nous là-dedans, protégés tant que nos pensées demeuraient dans le globe. Solitaires et deux. Personne de l’ailleurs, d’une autre part pour retendre la place de fête. L’instant du sexe est indifférent au monde ; il est l’unique monde.
Les doutes intrus font éclater les eaux solides de la rencontre.
Combien d’étrangers, de parasites ai-je invités à contempler nos reproductions ?
Combien étaient-ils assis aux premières loges à ripailler, à saccager la table du festin ? J’avais à préserver l’unique. J’avais à garder le jardin d’Eden. Interdire à quiconque le lieu de ces délices…
L’amour physique est une oasis. Avec ses rivières souterraines, ses fleurs, son sable. C’est un mirage fait pour boire, pour le repos. C’est l’après désert, l’après-soleil, l’après sueur. Ne s’occuper de rien d’autre que de soi et de cet autre qui pense pareillement à soi. Déposer les charges des jours, les solitudes ou les envahissements. Quelques heures volées à la mort pour renaître, pour surgir à nouveau du néant.

Je baise sans mots.
Ils ne trouvent aucun chemin jusqu’à ses lèvres, moi si prostré dans le plaisir, sur le toucher ou les imaginaires visions qui me viennent. Ma parole s’enroule autour de ma langue, bute contre ma bouche. Alors je produis des sons, un dialecte viscéral,
spontané, miroir de mon âme quand elle aborde ma face charnelle. Je m’étonne de cette musique, incontrôlable, modulée directement par la peau, faite de borborygmes plus efficaces à atteindre l’autre que mon parler.
De la sienne pareillement, si singulière, que je savais entendre la vérité. A ce moment-là, ce bruit remontant des profondeurs de l’intouchable me disait que Dieu existe. Dieu, le Verbe.

C’était cette parole-là contre toutes les autres, cette langue de chair. Avec l’immense pouvoir de nos pensées réunies, mêlées, mélangées par le pareil plaisir, la sensation identique. J’étais un lexique ; elle le mien.

Mais cela tant que l’on sût s’abstraire.



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1ère mise en ligne 28 avril 2013 et dernière modification le 17 avril 2014.
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