Sandrine Fortina | Citadelle fantôme

« construire une ville avec des mots », les contributions

Que dire pour une mini bio, que ma vie c’est d’écrire et de faire écrire, dans le bonheur de révéler les voix singulières et de redonner le pouvoir des mots à ceux et celles qui sont restés un moment enfermés dans le silence. Il y a eu des blogs, des sites, mais un retour à la simplicité aujourd’hui... Que la photographie est pour moi le média qui déclenche mon écriture et me fait créer des invitations à écrire...
proposition n° 1

Toujours cette plage, minuscule, l’horloge sur la gauche, citadelle fantôme. Gardienne des souvenirs, des éclats de joie, des éclats de voix. La lumière a rendez-vous chaque soir avec l’horizon, de l’autre côté de l’eau à perte de regard. Le vent souffle, tiède. L’iode décrasse les poussières citadines trimballées dans les valises. Le soleil minutieux tatoue les pores, un à un. La chaleur dilate les routines. Les pierres portent les histoires d’enfants, les histoires de chagrins, les histoires de découverte. Ca troue les silences du passé. L’improbable géographie des pavés bouscule les équilibres périmés. On est venus ici se rehausser les épaules, se redresser la silhouette. Autre temps, autre pèlerinage, rendre hommage. Ça descend jusqu’à l’anse. Ça grimpe jusqu’à l’ermitage.

proposition n° 2

Il y a cette ligne floue entre le ciel l’eau, loin des corps délestés des étoffes de la routine. Ligne ténue, fondant les bleus, les gris, les troubles. La pâleur de la ligne est un indice, il est probablement aux environs de midi. C’est presque une brume, délébile à l’horizon des ombres assoupies. Aucune vague, aucune bouée, pas même un ricochet. Les mains des anges ont figé la pendule du clocher.

proposition n° 3

Le clocher des anges tend sa lumière aux bras du soleil couchant. Il y a de l’or et de l’orange sanguine. Sa forme oblongue s’étire dans le reflet à la surface de l’eau immobile à cette heure. Le silence habille les galets encore tièdes. L’anse est déserte. Craquelée de châteaux à demi effondrés, de sillons en zig zag, d’empreintes aux cratères épais. Un seau cabossé qui ne survivra probablement pas à la nuit. Quelques mégots, de ces cigarettes débutantes, de ces cigarettes hésitantes.

proposition n° 4

Au numéro quatre, la porte bleu pétrole en u inversé, close nuit et jour. Contourner l’église à son flanc droit. Délaisser le glacier, sa foule de passants affamés et gourmands. Savourer la perspective chatoyante, des rosés, orangés, ocres, les oliviers en pots. Déposer une carte dans l’une des boîtes aux lettres bleu Chefchaouen, au numéro quatorze, en haut des sept marches irrégulières. S’abstenir d’être vu. Ne pas sonner. Glisser l’enveloppe. Poser ses pas avec délicatesse sur les pavés en relief. Un peu plus haut, à peine, se retourner pour retrouver la forme oblongue, cadrer son regard, se perdre dans la contemplation du souvenir de l’été de l’enfance, laisser revenir les rires, les gerbes d’eau blanches et transparentes. Lever les yeux sur le linge de lit qui vole dans les hauteurs, se laisser aller à rêver les caresses de la nuit, les soupirs, les souffles courts.



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1ère mise en ligne 13 juin 2018 et dernière modification le 17 juin 2018.
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