Sébastien Ménard | Dans cette plaine (un récit)

... ce qui transparaît c’est autant la désolation de cette plaine que sa beauté simple ...

un autre texte de la revue, au hasard :
Camille Philibert | À la masse (with Clash live)
l’auteur

SebMénard aime le voyage les images et les mots. A publié en revues, merci à leurs animateurs. Carnets de création sur le site Diafragm. Sur Twitter : SebMénard.

le pitch

De retour des plaines de l’Est après un an passé en Roumanie — je reprends les carnets de notes mis en ligne — en avançant dans la lecture en corrigeant j’ai cette série de portraits mêlés visions qui apparaît — je les écris et les mets en ligne puis les accompagne d’images — comme pour régler leur compte à nos souvenirs et au réel.

Ce qui transparaît c’est autant la désolation de cette plaine que sa beauté simple — son abandon à la pauvreté et aux subventions tout comme son naturel sauvage — l’espoir que certains portent en l’arpentant — la fatalité des autres.


 

 

Un récit

Dans cette plaine — la poussière — le froid le soleil — tout en fait pour que tous ici — tu regardes la plaine depuis la colline en face et tu te dis — comment ils font pour tenir ça alors.

Mais soyons précis — puisque cette plaine porte un nom peut-être celui qu’on disait avant — pour la nommer — la Valachie — la petite Valachie (certains disent ce sera un désert certains disent ce sera un grenier).

Dans cette plaine — celle que traverse le Olt la rivière d’ici qu’ils ont domptée (mais c’est une autre histoire) — dans cette plaine quand tu arrives tous ils te regardent enfin certains à peine — ou bien alors c’est pour les trois mots qu’ils connaissent dans ta langue et puis s’assurer que tu aimes que c’est bien ici que c’est beau le pays la plaine et si tu as vu les montagnes — la mer et la capitale aussi est-ce qu’on est ami — oui.

Dans cette plaine au matin quand on sort dans les rues certains sont là qui terminent une bière sur la table d’un shop ou d’un bar — d’autres comptent des billets lavables en machine d’autres tirent une bête vers son labeur — sur le béton les graines de tournesol tombent épuisées vidées.

 

D. a un endroit pour réparer les bagnoles

Lui — il a un endroit pour réparer les bagnoles il offre un siège et il dit attention au cambouis — ça sent les huiles froides et la peinture ça sent les cigarettes de ses ouvriers — il dit j’ai pas d’argent il voulait faire un magasin de pièces automobiles à côté du garage — après on l’appelle alors il s’arrête et dit comment c’est pour sortir la suspension de la voiture — il n’a pas assez d’argent pour le magasin et la banque non donc c’est la vie il dit cette plaine c’est pire que l’Afghanistan il dit — c’est l’Afghanistan de l’Europe il dit mais il n’est jamais allé là-bas en Afghanistan — il demande une cigarette et il pousse un morceau chargé de graisses — l’Afghanistan il répète en riant il se lève et marche dans la cour il regarde les carlingues rouillées il prend un tuyau il asperge la poussière ça fait de la boue — la boue c’est mieux que la poussière il dit comme ça le tuyau en plastique dans la main il regarde la cour et dos tourné.

 

Les chiens

Dans cette plaine — les saisons changent la terre c’est la poussière la boue la glace — quand les pluies viennent alors le froid avec les boues — et les chiens sont là tous à longer les murs en béton — et quand les neiges et le froid alors c’est la glace et les chiens — les chiens sont tous à nicher en boule et puis c’est le printemps alors il faut peu de temps pour que tout redevienne poussière et que ça soit tout autour pareil comme un grand nuage jaune brun — alors les chiens — les chiens sont là tous à chercher l’ombre.

 

Celui qui voulait être maire à la place du maire

Lui — c’est celui qui voulait être maire à la place du maire — avant il travaillait à la capitale avant c’était il y a quelques années encore mais à cinquante ans il est rentré dans cette plaine — il est rentré au village — là-bas il a un jardin entre les barres en béton et la colline — il y passe ses journées en attendant le travail.

Pour être maire à la place du maire il a accroché dans les rues son portrait des banderoles avec son nom dessus et une voiture rouillée jaune blanc allait dans les rues — elle allait dans les rues avec son nom dessus avec des haut-parleurs sur le toit et dans les haut-parleurs — ils disaient son nom quelques mots ils chantaient.

Il n’a pas gagné les élections et aujourd’hui les banderoles — c’est des nappes pour les barbecues au jardin — alors désormais — on peut le voir dans la nuit — il tire sur ses longues cigarettes en parlant la langue d’ici — la langue de la plaine et il regarde les viandes cuire sur les braises chaudes — autour ses bêtes attendent et calmes l’écoutent qui debout rigole un peu — plus tard — ça sera peut-être faire une ferme de serpents ici — dans le jardin — pour le venin.

 


L’été

Dans cette plaine quand l’été vient les jours s’arrêtent — au plus chaud c’est comme à l’hiver — les jours d’été ressemblent aux jours d’hiver — les bêtes on ne les entend plus — les chiens sont allongés qui semblent morts — rien ne bouge — il y a bien un type qui finit un verre d’eau-de-vie en regardant les branches immobiles de ses vignes — à côté sur la table en béton un œuf est écrasé — un cheval et ses sabots sur la terre au loin.

 

Le professeur de romani

Un autre — d’abord il s’excuse parce que l’anglais c’est difficile et parce que l’espagnol c’est surtout pour travailler là-bas — il y a quelques années déjà c’était pour des légumes — s’il parle de lui il dit qu’il est d’ici mais aussi d’ailleurs — s’il doit être précis il dit qu’il est de ce peuple venu vivre là il y a plusieurs siècles mais c’est une autre histoire il dit — après il parle un peu rapidement entre deux portes c’est l’histoire d’un peuple sans pays et dans sa salle de classe au village il explique tout ça aux jeunes — ici il y a quatre communautés différentes et le chef tous ils le connaissent et prononcent son nom — il parle cette langue qui traverse les frontières et raconte son histoire parce que c’est important dans cette plaine — on ne sait pas — personne ne sait — certains disent bien c’est vrai que cette plaine ce sera un désert et d’autres disent c’est vrai — ce sera un grenier — mais personne ne sait — en attendant il finit la leçon pendant les vacances il part sur une plateforme pétrolière dans le Nord et c’est bien — en quinze jours il gagne quatre mois de salaire ordinaire alors c’est bien

 

Ceux qui la quittent

Cette plaine est ainsi — ses habitants la quittent parfois et reviennent souvent — ils traversent un continent pour quelques mois — ils ramassent des gousses d’ails construisent un immeuble ou signent des contrats — et puis reviennent — parmi les autres — les gens d’ailleurs — qui pour la visiter — qui pour la connaître — qui pour l’imaginer — cette plaine existe ce n’est pas un conte un rêve ou un cauchemar — c’est une plaine de l’Est — immense et jaune jaune.

 

Cette plaine peut bien vivre sans moi

Lui — lui tous ici le connaissent — c’est celui du club de foot — c’est celui du lycée et celui qui chante — une nuit il raconte — pendant la révolution il faisait son service militaire — c’était sur la côte — il dit c’était dur les amis morts — il dit ça les amis morts comme ça — sans précision et le regard là-bas — dans cette plaine tous ils le connaissent parce que le club de foot le lycée et puis les chanteurs du village — il passe à la télévision parfois ou bien il va chanter à l’étranger il s’occupe des jeunes il parle sans fin — une nuit — tard — il dit ça suffit — ça suffit peut-être cette plaine — c’est sans doute assez — cette plaine peut bien vivre sans moi il dit — c’est sans doute le moment de partir — encore plus tard et la même nuit il dit les gens oublient — la politique une fois une seule fois et puis ça sera fini — cette plaine peut bien vivre sans moi il répète.

 

L’orage

Alors quand l’orage arrive le ciel se charge rapidement et le vent se met à souffler — le vent souffle les arbres et la tôle rouillée ondulée raide des immeubles — les chiens courent entre les murs et les bagnoles et les hommes aussi attendent la fin — le vent s’engouffre partout c’est la plaine et quand il se met à souffler alors quoi pour l’arrêter — les arbres écrasent leurs branches les unes contre les autres et les sacs plastiques et les trucs — est-ce qu’ils portent un nom — les trucs qui vont dans le vent que ça soit l’hiver avec le froid ou l’été à quarante degrés c’est pareil — alors dans cette plaine on attend la fin de l’orage en lançant des dés en croquant des graines de tournesols — certains rentrent sur une charrette et leurs gueules alors sous les flottes.

 

Celle du village à côté

Elle — elle est du village à côté et elle attend le bus devant l’abri en métal rouille rouille et dans le vent — est-ce qu’elle sait — est-ce qu’elle sait ce que tous ils disent ici — est-ce qu’elle sait que cette plaine — ce sera peut-être un grenier — ce sera peut-être un désert.

Elle — elle doit bien savoir des choses aussi — un jour elle dit devant l’abri-bus en métal rouille rouille qu’elle veut aller à la ville à côté — et puis elle dit que là-bas il y a son bébé — elle répète ce mot-là avec la main sur le ventre comme pour le montrer vraiment là son bébé — un jour elle marche au bord d’une route et tend la main pour qu’une voiture s’arrête et il fait froid — un jour elle marche sur un trottoir de la ville — elle parle dans son grand manteau aux gens ils ne répondent pas — un jour elle attend contre un poteau en ferraille à la sortie du village elle attend qu’un bus s’arrête — un jour elle marche vers l’Est et son regard dans le loin la poussière — un jour elle porte un tas de trucs dans ses bras et sourit quand on lui parle.

Elle — elle est du village à côté — elle attend le bus contre le poteau en métal rouille rouille et seule seule.

 

Les chemins les jours

Cette plaine — elle est parcourue des chemins et des jours — c’est des lignes de terres à travers les champs — un jour c’est une droite plein Nord qui file entre les étendues de céréales entre les deux villages une ferme — un jour c’est un chemin de boues de flottes sur un tube d’acier — un troupeau de bêtes marche lentement — un jour c’est les herbes elles gagnent du terrain sur le sentier abandonné — un jour c’est le vent qui souffle tout le reste et la poussière on croirait un brouillard jaune — un jour c’est une brume épaisse et une ombre marche dans le gris un pas après l’autre c’est le rythme d’une charrette — un jour c’est la chaleur qui écrase tout et les bêtes qu’on y voit des oiseaux bleus même — un jour c’est le blanc rien que le blanc — quelles petites traces on cherche là alors.

 

Les vieilles femmes dans la neige

Elles — ce sont les vieilles femmes dans la neige — un jour elles marchent dans la neige à la sortie du village — elles font des signes — avec leurs mains elles tentent d’arrêter les voitures et le vent souffle — le vent lève la neige et le froid sur le bitume il y a bien trente ou quarante centimètres de neige blanche et fraîche — la glace et le ciel c’est gris c’est gris neige — elles — elles sont dans la voiture et parlent leur langue à elles — elles tiennent dans leurs mains chacune vieilles mains de vieilles femmes et terre des billets verts — elles regardent la plaine à travers la vitre et serrent leurs billets verts elles regardent les vieilles bagnoles arrêtées dans la neige — dans leur langue à elles il y a les mots qui disent le froid la neige et le vent — il y a les mots qui disent tout ça et dans leurs yeux alors — elles disent c’est possible elles disent — ça se fait traverser la plaine recouverte neige neige dans une vieille voiture ça se fait et elles s’accrochent un peu au siège avec leurs vieilles mains de vieilles femmes — elles disent qu’elles vont à la pharmacie dans la ville à côté et quand elles descendent de la voiture elles disent qu’elles veulent donner des billets verts et marchent avec leurs vieux corps dans la neige et le froid.

 

Une nuit blanche et fraîche

Un jour les neiges viennent — c’est une nuit — c’est une nuit blanche et fraîche — les neiges tombent toute une nuit — elles recouvrent tout — le béton — les déchets — les chiens et les bagnoles crevées là — le bitume — la poussière — tout disparaît sous une couche blanche et fraîche — c’est froid — plus personne ne sait si cette plaine ce sera un désert un grenier — plus personne ne sait rien — plus personne ne sait rien et les pas dans la neige — les pas dans la neige disparaissent rapidement dans le blanc traces effacées blanches et fraîches.

 

Eux

Eux — ils sont là — ils sont dans une maison comme ça — certains on les laisse aller dans le jardin — certains peuvent quand même courir un peu aller entre les palissades en bois d’un morceau de terrain dans cette plaine — ils font quoi — eux — ils regardent le monde à travers un ballon de baudruche violet la vie voilà — ils parlent à peine une langue à peine à leur âge eux — ils sont dans cette plaine oui c’est ça — ils marchent à peine et certains non — ils ne marchent pas — alors eux dans cette plaine qui sera peut-être un grenier qui sera peut-être un désert — la vie eux alors — est-ce qu’on a les mots encore pour eux pour dire comme ils vivent dans cette plaine et comme ils sont arrivés là — qui pour les avoir laissés — qui pour s’être dit qu’ils seraient mieux comme ça — dans une maison comme ça — qui pour n’avoir rien dit — qui pour garder leur silence — qui pour montrer les routes — les routes qui traversent cette plaine et filent comme une langue d’asphalte bavarde et longue langue bavarde.

 

Ce qui reste

Ce qui reste alors — dans cette plaine — c’est des baraques en béton leurs murs rien que leurs murs et pierres — ce qui reste alors — c’est les sacs plastiques à l’entrée des bleds les stations pour le gaz et les bagnoles qui crachent blanc justement — ce qui reste c’est les types qui descendent des bouteilles de bières au café du village c’est les types qui poussent des pions sur des plateaux en bois sous un arbre un soir d’été — ce qui reste alors — c’est les types qui disent qu’ils vont à la capitale et qui partent quelques jours avec le train le moins cher — c’est les berlines aux vitres noires qui sillonnent la route nationale — ce qui reste alors dans cette plaine c’est les types qui avancent lents sur leurs charrettes en bois dans l’étendue jaune jaune des champs de colza — ce qui reste dans cette plaine c’est les ruines des usines à sucre les fabriques de vêtements d’une autre époque c’est la fumée des usines de pneumatiques et la poussière des pierres qu’on charrie depuis le lit de la rivière — ce qui reste alors — c’est un flou dans l’horizon quand on regarde au loin là-bas.

 

Le vieil homme et ses clopes

Lui — c’est un vieil homme — c’est un vieil homme mais dans cette plaine avec le froid des hivers le vent dans cette plaine — on ne sait pas comme la vie use la peau des hommes et lui — c’est un vieil homme les clopes qu’il fume s’éteignent encore seules au pied de l’immeuble béton — ses mains rides rides tiennent encore ses clopes de tabac raide sur un vieux banc sans peinture au pied de l’immeuble — un matin il est là qui coups de pelle dans la neige soulève la glace prise contre le mur en béton usé — un matin il pédale clope en bouche vers le Nord et son vélo là rouillé entre deux charrettes dans cette plaine — un jour il colle une affiche sur le béton usé de l’immeuble — un jour il est assis en bas il pleure le vieil homme et sa clope dans une main il pleure — il ne sait plus parler la langue qu’ils parlent ici dans cette plaine — un soir il pose son vélo contre le mur d’un bar et s’assoit sur une chaise en plastique — il parle peu le vieil homme et ses clopes finissent sous son pied droit d’un coup de main il vide son verre et marche encore debout à peine et son vélo — il arrive qu’il parle — il arrive qu’il parle le vieil homme et ses yeux alors s’allument qui semblent voir des mondes immenses dans cette plaine et dans les hommes.

 

Les pluies

Dans cette plaine il arrive qu’on regarde s’écouler les pluies pendant plusieurs jours — c’est froid — c’est beau.

Alors — ça sent les bêtes humides — ça sent les boues sales et crasses — ça sent les huiles oubliées les ferrailles rouillées le béton froid.

Alors — les types passent leurs journées assis sous un arbre un porche — ils vident des bières pendant que d’autres filent diesel — d’autres filent diesel à bord de leur berline et on entend encore le bruit des moteurs au loin entre les gouttes d’eau.

Dans cette plaine — il arrive que ça pleuve comme ça pendant plusieurs jours — et alors le ciel est gris sans fin — certains disent c’est beau certains disent c’est un désert de flottes cet endroit — et personne pour pousser les sacs plastiques trempés les boues les chiens crevés — certains attendent sous un arbre sous un porche — ils regardent le monde s’écrouler tranquillement — leurs yeux se perdent au loin — c’est froid — c’est beau.

 

Cette plaine c’est ça

Cette plaine c’est ça — c’est un désert c’est un grenier — c’est celui qui est fou — celui qui est fou et qui demande des billets d’un leu sur le trottoir en béton — une cigarette ça lui suffit et certains disent qu’on l’a battu — on l’a battu pour son argent.

Cette plaine c’est celui qui est en en prison — c’est celui qui a une grande maison avec son nom dessus — certains disent qu’il a voulu tuer son frère — certains disent qu’il a voulu tirer avec son revolver.

C’est celle qui marche dans les rues et ses gosses — ceux qui regardent dans les poubelles en ferraille rouille rouille pour manger pour vivre.

C’est le vieil homme — celui qui marche avec les chiens — celui qui porte un tablier de femme et des cannes en bois.

C’est celui qui a la compagnie de bus — celui qui s’est marié à une femme d’ici — on dit que c’est un homme bien.

Cette plaine — c’est celui qui peint des tableaux — ils sont tout en longueur ses tableaux — et il colle dessus des circuits d’ordinateurs usés.

C’est celle qui donne des pots de confiture devant le marché quand l’hiver arrive — c’est sa voix dans le froid.

Dans cette plaine certains coupent des têtes de poulet sur les marches en béton et avec le sang alors — ils signent leurs menaces sur les murs.

C’est celle qui ramène des légumes dans son vieux break celle qui fait pousser des salades auprès d’un poêle à bois.

Cette plaine c’est ça.

C’est celui qui accélère dans le vieux bus allemand et la poussière se soulève et ça sent le diesel usé.

C’est celle qui vend des morceaux de viande et alors les chiens ils attendent devant la boucherie.

C’est celle qui finit un morceau de lard sur le béton des tables du vieux marché — et ça sent les viandes fumées.

Ceux qui passent les soirs seuls devant le supermarché du village — ils demandent avec leurs yeux noir noir quelques chose à manger.

Cette plaine c’est celui qui achète des champs des terres pour faire quoi plus tard.
Celui qui revend des haricots blancs en sacs de dix kilos.

Celui qui boit des café sur la terrasse du bar rose.

Celle qui écoute les chiens pleurer à l’entrée des immeubles en béton c’est ça.

C’est lui — lui qui tire sa charrette à bout de bras parce que l’âne.

Les deux gosses — ceux qui se prêtent la bécane et lavent le carrelage du bar.

Celle qui sort le bâton pour faire fuir les gamins de sa terrasse.

Ceux qui avalent des boulettes de viande les pieds dans la neige les matins d’hiver.

C’est celui qui vend des poissons d’eau douce — il les pose là sur le bitume.

Cette plaine c’est celui qui joue de la guitare et chante on dirait le blues de la plaine de l’Est et sa voix alors dans la nuit — ça se passe au milieu d’un chemin — c’est au milieu d’un chemin il dit je suis perdu — il y a un chien qui aboie au loin et lui il dit je suis perdu — il répète comme ça une guitare dans une main ou bière dans l’autre je suis perdu — et son rire alors résonne dans la nuit dans cette plaine.



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1ère mise en ligne et dernière modification le 29 avril 2013.
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