Raymonde Verout | Premier poste

« construire une ville avec des mots », les contributions

Bio et liens à compléter.
proposition n° 1

Quarante trois ans se sont écoulés, elle n’avait jamais ressenti le besoin d’y revenir ni l’envie, ça faisait partie de sa jeunesse, des premières années de liberté. Etrange d’évoquer la liberté alors que la petite chambre qu’elle louait se situait dans un pensionnat pour jeunes filles catholiques, une sorte de petit château. C’est le seul logement qu’elle avait trouvé dans l’urgence, une petite chambre avec lavabo dans une aile du manoir. Une petite porte à l’arrière comme une entrée de service lui évitait de croiser les élèves et les religieuses qui utilisaient l’entrée principale, un grand portail en bois massif sculpté d’armoiries.

Le parc du manoir qui ceinture la bâtisse semble moins bien entretenu qu’auparavant, les grands chênes et marronniers assombrissaient la cour et les parterres jadis si fleuris avaient disparus. Parterres et parc qu’elle contemplait de sa fenêtre tous les soirs en fumant, bravant ainsi l’interdiction formelle énoncée par l’intendante du collège.

Son premier poste d’enseignante elle l’avait obtenu là, à B., en primaire à l’autre bout de la petite ville qu’elle traversait matin et soir .Elle y était restée trois ans, dans la douceur de cette petite ville rurale où elle s’ennuyait tranquillement.

proposition n° 2

C’est par une large avenue qu’on entre dans le village, une sorte mail bordé de platanes et de bancs, rapidement elle débouche sur la Place de la Poste qui proposent plusieurs ruelles à droite vers la gare, à gauche vers l’abbaye en ruines. La place est déserte, goudronnée.

Le quartier de la gare était bien animé, les moulins généraient beaucoup d’activité, délicatement une poussière blanche se déposait un peu partout, très légèrement, les enfants écrivaient leurs noms ou dessinaient avec leurs doigts sur les supports recouverts de ce voile.

Un petit square verdoyant trônait au cœur de ce quartier, en réalité c’était la cour de l’école primaire des garçons.

proposition n° 7

Elle longe la rue Saint Nicolas et passe devant la deuxième chambre louée, il y a aujourd’hui une clôture et les fenêtres sont en PVC, elle tente d’apercevoir au moins la cour en se hissant sur la pointes des pieds mais rien n’y fait la grille est trop haute. Avant de s’engager dans la rue Saint Sauveur elle remarque que le petit magasin de modes qu’elle aimait bien s’est transformé en agence immobilière, elle n’y rentrera pas aujourd’hui.

proposition n° 9

C’est dans la rue Saint-Sauveur qu’elle trouvera une petite maison avec lui, de leur chambre on entendait un martèlement incessant et obsédant. Une manufacture occupait toute la rive droite de la rivière, on y fabriquait de la monnaie, le rythme de la frappe scandait et raisonnait dans toute la rue bordée de petites maisons de brique rouge. Le son du métal frappé était habituel et n’empêchait pas d’entendre le glissement de l’eau, les petits clapotis , parfois le froissement de la nage d’un ragondin. Sur l’autre rive de la rivière tous les matins et tous les soirs, la meute de chiens enfermés jusqu’à la prochaine chasse à cour accueillait sa pitance par des aboiements hargneux .

proposition n° 10

Lorsqu’elle partait le matin à l’école retrouver ses petits élèves, elle attendait de croiser sur son chemin les odeurs de fleurs qui montaient des jardins ouvriers de la manufacture, ils embaumaient l’air de leur parfums elle aimait particulièrement les œillets en bordures des murets, les roses anciennes. Le midi elle se précipitait pour aller déjeuner dans sa petite maison et lorsqu’il faisait beau elle s’installait au soleil se laissant chauffer le corps.

Elle déjeunait souvent d’un casse croûte rapide se contentant d’une ou deux tartines de pain beurrée et d’un café fumant. Des petites maisons ouvrières qui l’entouraient s’échappaient d’alléchantes odeurs de ragoût, de saucisses grillées et autres plats familiaux mijotés, elle pensait à ses parents.

proposition n° 11

On ne comprend pas lorsqu’elle est fermée c’est si rare. On y va les yeux fermés dès qu’un besoin ou un oubli se fait sentir. Elle a changé plusieurs fois de nom autant que de propriétaires Coccinelle, Epi, Super Market, aujourd’hui Le Panier Gourmand. En ce moment c’est encore un jeune couple qui rêve d’être son propre patron, travailler pour les autres ce n’est pas leur truc. On peut y aller les yeux fermés on trouvera bien quelque chose si on doit improviser un repas un soir ou un dimanche quand tout est fermé.

Les bouteilles de gaz et les sacs de charbon de bois sont alignés à l’extérieur près de la porte d’entrée pour les malchanceux les « moi je tombe toujours en panne le dimanche ! ». Quand on entre on s’aperçoit rapidement que l’espace est optimisé au maximum le rangement et l’organisation obéissent à une logique implacable, trouver ce qu’on vient chercher et repartir avec le sentiment d’être chanceux de posséder ce qu’on n’avait même pas imaginé découvrir là. Les chambres froides et congélateurs sont regroupés à droite en entrant, une place primordiale est réservée aux charcuteries, plats surgelés, pizzas…et de grands sacs de baguettes de pains. Le pain si précieux lorsque dans ces petites villes de campagne où tous les boulangers s’accordent pour fermer boutique aux mêmes moments.

A gauche l’incontournable espace réservé aux boissons et divers grignotages est imposant, on est proche de l’épicerie de nuit destinée à une clientèle différente de celle qui vient tôt le matin chercher baguette et Ouest France, l’amplitude horaire d’ouverture le permet.

Dans le centre de la boutique deux fauteuils et une petite table, à l’épicerie on a toujours fait la causette ici on l’officialise, on peut se poser pour consulter des prospectus, s’informer des animations locales, spectacles, fête du pain , fête des jardins, fête des voisins etc…On rencontre les clients de la même catégorie que soi, deux ou trois rarement plus à la fois, on se reconnait, on achète les mêmes choses. Si par hasard client du matin on doit venir le soir on a l’impression d’être ailleurs, les conversations sont différentes dans lequel le foot tient une large place, les patrons plus animés s’adaptent à une clientèle plus jeune.

On traîne, on cherche l’inspiration devant les boîtes de conserve ou les fruits et légumes souvent défraîchis et on finit toujours par en trouver d’acceptables de toute façon le patron vous fait un prix ou un lot. On se retrouve avec une salade ou un concombre de plus qu’il faudra ne pas laisser traîner.

On prend des habitudes, on se dit il faut aller plus souvent à la petite Supérette, ils sont sympas et nous dépannent bien. On s’y tient pendant quelques semaines voire quelques mois puis on oublie qu’il y a Le Panier Gourmand à deux pas de chez soi, lorsqu’un dimanche soir on n’a pas de pain on y va, les propriétaires ont changé.

proposition n° 12

En sortant de la Supérette il faut gravir un petit escalier de cinq marches pour atteindre l’aire de jeux installée à l’ombre des trois grands marronniers.
Sur un lit de graviers blancs est posée une construction de bois multicolore dans laquelle s’enchevêtrent des jeux destinés aux jeunes enfants, toboggan, mur d’escalade, petites niches. Deux jeux montés sur de gros ressorts provoquent disputes et pleurs des bambins sous les yeux des mères ou nounous qui s’évertuent à ne pas prendre partie pour leur progéniture, affichant ainsi un certain détachement que contredisent les regards posés sur elle. L’agacement est contenu mais perceptible quand le petit caïd de la bande repousse allégrement les autres pour garder la balançoire avec un plaisir non retenu face aux petits qui réclament leur tour, il est prêt à en découdre s’il le faut. Enfin découragés ils abandonnent et se résignent à faire encore du toboggan et c’est exactement à ce moment là qu’il décide lui aussi de faire du toboggan. La réprobation silencieuse des mères est à son comble, il va falloir intervenir puisque sa mère ne le fait pas, plongée dans son portable elle semble hermétique à tous les bruits extérieurs, cris et pleurs.

Le calme revient on ne sait pas pourquoi, sans doute grâce une petite distribution de biscuits et de boissons qui sortent des sacs par miracle et font diversion, la maman au portable(ou la babysitter ?) fait ses bagages, elle range portable et paquet de cigarettes dans son sac et appelle « Erwan, on y va », mimant le galop du cheval Erwan arrive déçu de n’avoir pas joué avec les autres garçons dit il.

proposition n° 13

Elle ne se souvenait pas qu’il y avait un lavoir au bout de l’avenue qui longe le terrain de jeux, juste au carrefour près du cimetière à droite qui jouxte l’église .Il est toujours alimenté par une source qui débouche dans une buse à l’extrémité droite sous la partie couverte en ardoises , celle qui permettaient aux lavandières d’être à l’abri .Quelques poissons , une suspension de pétunias roses accrochée au milieu de la poutre centrale du toit cherchent à agrémenter l’endroit.

En face un parking bordé d’une haie de troènes, est équipé de deux bancs, trois grandes jardinières et toujours des pétunias, mais là blancs et bleus. Au bout du parking près de la route de gros récupérateurs de bouteilles et déchets de verre, aux pieds desquels de gros sacs plastiques remplis à peine dissimulés, déposés par des propriétaires pressés ou peu sensibles à l’environnement.

Ce petit coin désordre ou négligé pour certains est en complète contradiction avec l’ensemble de ce carrefour, les peintures au sol délimitant les places de parking sont fraichement peintes en blanc, contrastant parfaitement avec le gris sombre du bitume, les fleurs ornementales ne semblent pas souffrir malgré la chaleur.

La boite postale jaune renseigne sur la fréquentation de cette place bien qu’en ce moment elle soit déserte il est certain que cette place est stratégique. C’est à ce carrefour que les directions à suivre sont indiquées sur des panneaux d’un rouge bordeaux identique à la peinture des jardinières : à droite le musée archéologique, à gauche vers la zone artisanale, en face vers le centre ville et à l’opposé vers toutes directions. Sans doute elle retournera en centre ville.

proposition n° 14

Elle hésite à rentrer dans la Supérette, elle se sent étrangère, à part dans ce monde si paisible en apparence, si vide à ses yeux, un peu en dehors du temps. Le jeune patron tient la caisse, il est souriant affable mais discret ne parle que si on lui adresse la parole. Il prend sur le tapis les produits l’un après l’autre et les soulève puis les dépose avec douceur et délicatesse, comme si le peu de clients était compensé par la précision et la lenteur du geste histoire de dire qu’ici on n’est pas à Lidl.

De fait trois clients font la queue, à peine entrés déjà prêts à sortir finalement elle s’y sent bien et aimerait s’asseoir sur un des ces fauteuils à regarder les clients, les dépliants il y a quelque chose de reposant dans cet anonymat.

Une femme , sans doute voisine est venue sans apprêt juste un gilet sur les épaules et le porte monnaie à la main, elle a des cheveux courts grisonnants , elle lui donne la cinquantaine peut être une des ouvrières de [?]

proposition n° 10

C’est ce matin là que je t’ai vu entrer dans la Supérette avec une robe rouge dont tu avais relevé le col sans doute par coquetterie, ce geste te donne un air furtif comme si tu voulais te dissimuler aux regards posés sur toi… j’ai attendu que tu ressortes, il ne m’a pas fallu longtemps pour te voir emprunter, un petit sac plastique blanc à la main, le petit chemin qui mène à l’aire de jeux sans un regard pour les enfants qui jouaient dans le sable, tu semblais mélancolique et peut être inquiète ?j’ai souvent pensé à toi sans imaginer un seul instant qu’un jour je te reverrai dans les rues de Beaumont, car vois tu il me semble que tu n’es pas de celle qui se retourne, j’ai toujours su que pour toi l’histoire passée n’est pas à revisiter qu’elle n’est qu’une marche , qu’il te faut toujours aller plus loin, plus haut à l’image de ta réussite où je crois qu’il n’y pas de place pour ce qui n’est pas brillant, et ce qui te semble petit, insignifiant à tes yeux, non je ne suis pas amer, j’ai eu le temps nécessaire pour ressasser toutes ces pensées négatives et me dire que tu as eu raison de partir car ici le monde s’est figé, les entreprises dans lesquelles tu as fait tes premiers pas ont fermé leurs portes, les magasins à vendre ne trouvent pas acheteurs, ni les maisons d’ailleurs… je me demande bien pourquoi tu étais là ce matin là à la Supérette et si c’était bien toi.

proposition n° 11

On ne comprend pas lorsqu’elle est fermée c’est si rare. On y va les yeux fermés dès qu’un besoin ou un oubli se fait sentir. Elle a changé plusieurs fois de nom autant que de propriétaires Coccinelle, Epi, Super Market, aujourd’hui Le Panier Gourmand. En ce moment c’est encore un jeune couple qui rêve d’être son propre patron, travailler pour les autres ce n’est pas leur truc. On peut y aller les yeux fermés on trouvera bien quelque chose si on doit improviser un repas un soir ou un dimanche quand tout est fermé.

Les bouteilles de gaz et les sacs de charbon de bois sont alignés à l’extérieur près de la porte d’entrée pour les malchanceux les « moi je tombe toujours en panne le dimanche ! ». Quand on entre on s’aperçoit rapidement que l’espace est optimisé au maximum le rangement et l’organisation obéissent à une logique implacable, trouver ce qu’on vient chercher et repartir avec le sentiment d’être chanceux de posséder ce qu’on n’avait même pas imaginé découvrir là. Les chambres froides et congélateurs sont regroupés à droite en entrant, une place primordiale est réservée aux charcuteries, plats surgelés, pizzas…et de grands sacs de baguettes de pains. Le pain si précieux lorsque dans ces petites villes de campagne où tous les boulangers s’accordent pour fermer boutique aux mêmes moments.

A gauche l’incontournable espace réservé aux boissons et divers grignotages est imposant, on est proche de l’épicerie de nuit destinée à une clientèle différente de celle qui vient tôt le matin chercher baguette et Ouest France, l’amplitude horaire d’ouverture le permet.

Dans le centre de la boutique deux fauteuils et une petite table, à l’épicerie on a toujours fait la causette ici on l’officialise, on peut se poser pour consulter des prospectus, s’informer des animations locales, spectacles, fête du pain , fête des jardins, fête des voisins etc…On rencontre les clients de la même catégorie que soi, deux ou trois rarement plus à la fois, on se reconnait, on achète les mêmes choses. Si par hasard client du matin on doit venir le soir on a l’impression d’être ailleurs, les conversations sont différentes dans lequel le foot tient une large place, les patrons plus animés s’adaptent à une clientèle plus jeune.

On traîne, on cherche l’inspiration devant les boîtes de conserve ou les fruits et légumes souvent défraîchis et on finit toujours par en trouver d’acceptables de toute façon le patron vous fait un prix ou un lot. On se retrouve avec une salade ou un concombre de plus qu’il faudra ne pas laisser traîner.

On prend des habitudes, on se dit il faut aller plus souvent à la petite supérette, ils sont sympas et nous dépannent bien. On s’y tient pendant quelques semaines voire quelques mois puis on oublie qu’il y a Le Panier Gourmand à deux pas de chez soi, lorsqu’un dimanche soir on n’a pas de pain on y va, les propriétaires ont changé.

proposition n° 13

En sortant de la supérette il faut gravir un petit escalier de cinq marches pour atteindre l’aire de jeux installée à l’ombre des trois grands marronniers.

Sur un lit de graviers blancs est posée une construction de bois multicolore dans laquelle s’enchevêtrent des jeux destinés aux jeunes enfants, toboggan, mur d’escalade, petites niches. Deux jeux montés sur de gros ressorts provoquent disputes et pleurs des bambins sous les yeux des mères ou nounous qui s’évertuent à ne pas prendre partie pour leur progéniture, affichant ainsi un certain détachement que contredisent les regards posés sur elle. L’agacement est contenu mais perceptible quand le petit caïd de la bande repousse allégrement les autres pour garder la balançoire avec un plaisir non retenu face aux petits qui réclament leur tour, il est prêt à en découdre s’il le faut. Enfin découragés ils abandonnent et se résignent à faire encore du toboggan et c’est exactement à ce moment là qu’il décide lui aussi de faire du toboggan. La réprobation silencieuse des mères est à son comble, il va falloir intervenir puisque sa mère ne le fait pas, plongée dans son portable elle semble hermétique à tous les bruits extérieurs, cris et pleurs.

Le calme revient on ne sait pas pourquoi, sans doute grâce une petite distribution de biscuits et de boissons qui sortent des sacs par miracle et font diversion, la maman au portable(ou la baby-sitter ?) fait ses bagages, elle range portable et paquet de cigarettes dans son sac et appelle « Erwan, on y va », mimant le galop du cheval Erwan arrive déçu de n’avoir pas joué avec les autres garçons dit il.

proposition n° 14

Elle ne se souvenait pas qu’il y avait un lavoir au bout de l’avenue qui longe le terrain de jeux, juste au carrefour près du cimetière à droite qui jouxte l’église .Il est toujours alimenté par une source qui débouche dans une buse à l’extrémité droite sous la partie couverte en ardoises , celle qui permettaient aux lavandières d’être à l’abri .Quelques poissons , une suspension de pétunias roses accrochée au milieu de la poutre centrale du toit cherchent à agrémenter l’endroit.

En face un parking bordé d’une haie de troènes, est équipé de deux bancs, trois grandes jardinières et toujours des pétunias, mais là blancs et bleus. Au bout du parking près de la route de gros récupérateurs de bouteilles et déchets de verre, aux pieds desquels de gros sacs plastiques remplis à peine dissimulés, déposés par des propriétaires pressés ou peu sensibles à l’environnement.

Ce petit coin désordre ou négligé pour certains est en complète contradiction avec l’ensemble de ce carrefour, les peintures au sol délimitant les places de parking sont fraichement peintes en blanc, contrastant parfaitement avec le gris sombre du bitume, les fleurs ornementales ne semblent pas souffrir malgré la chaleur.

La boite postale jaune renseigne sur la fréquentation de cette place bien qu’en ce moment elle soit déserte il est certain que cette place est stratégique. C’est à ce carrefour que les directions à suivre sont indiquées sur des panneaux d’un rouge bordeaux identique à la peinture des jardinières : à droite le musée archéologique, à gauche vers la zone artisanale, en face vers le centre ville et à l’opposé vers toutes directions. Sans doute elle retournera en centre ville.

proposition n° 14

Elle hésite à rentrer dans la supérette, elle se sent étrangère, à part dans ce monde si paisible en apparence, si vide à ses yeux, un peu en dehors du temps. Le jeune patron tient la caisse, il est souriant affable mais discret ne parle que si on lui adresse la parole. Il prend sur le tapis les produits l’un après l’autre et les soulève puis les dépose avec douceur et délicatesse, comme si le peu de clients était compensé par la précision et la lenteur du geste histoire de dire qu’ici on n’est pas à Lidl.

De fait trois clients font la queue, à peine entrés déjà prêts à sortir finalement elle s’y sent bien et aimerait s’asseoir sur un des ces fauteuils à regarder les clients, les dépliants il y a quelque chose de reposant dans cet anonymat.

Une femme , sans doute voisine est venue sans apprêt juste un gilet sur les épaules et le porte monnaie à la main, elle a des cheveux courts grisonnants , elle lui donne la cinquantaine peut être une des ouvrières de [?]

proposition n° 15

C’est ce matin là que je t’ai vu entrer dans la supérette avec une robe rouge dont tu avais relevé le col sans doute par coquetterie, ce geste te donne un air furtif comme si tu voulais te dissimuler aux regards posés sur toi… j’ai attendu que tu ressortes, il ne m’a pas fallu longtemps pour te voir emprunter, un petit sac plastique blanc à la main, le petit chemin qui mène à l’aire de jeux sans un regard pour les enfants qui jouaient dans le sable, tu semblais mélancolique et peut être inquiète ?j’ai souvent pensé à toi sans imaginer un seul instant qu’un jour je te reverrai dans les rues de Beaumont, car vois tu il me semble que tu n’es pas de celle qui se retourne, j’ai toujours su que pour toi l’histoire passée n’est pas à revisiter qu’elle n’est qu’une marche , qu’il te faut toujours aller plus loin, plus haut à l’image de ta réussite où je crois qu’il n’y pas de place pour ce qui n’est pas brillant, et ce qui te semble petit, insignifiant à tes yeux, non je ne suis pas amer, j’ai eu le temps nécessaire pour ressasser toutes ces pensées négatives et me dire que tu as eu raison de partir car ici le monde s’est figé, les entreprises dans lesquelles tu as fait tes premiers pas ont fermé leurs portes, les magasins à vendre ne trouvent pas acheteurs, ni les maisons d’ailleurs… je me demande bien pourquoi tu étais là ce matin là à la supérette et si c’était bien toi.



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1ère mise en ligne 17 juin 2018 et dernière modification le 20 juillet 2018.
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