Ugo Pandolfi | Couche après couche

« construire une ville avec des mots », les contributions

Ugo Pandolfi, journaliste durant quarante années et scripteur parfois. Deux romans policiers a mon passif : La Vendetta de Sherlock Holmes et Du Texte clos à la menace infinie (éditions Albiana). Sur le pire des réseaux sociaux, mon avatar est une maîtresse femme qui soutient mon vieux blog. Il m’arrive aussi de parler franchement sur ello.co.
proposition n° 1

Y retourner ? Jamais. Inutile. Redondant. Cette rue fait partie des lieux de son adolescence. Topos sans génie de ses découvertes premières. Terrain de jeux de ses libertés, de ses complicités, de ses duplicités, de ses perversités. Il y a quelques années — il avait encore des obligations familiales le contraignant à retourner dans sa ville natale — le hasard des déviations pour grands travaux l’avait fait repasser dans cette petite artère du vieux quartier italien. Toujours toute droite. Toute simple. Trop simple. Elle n’était rien dans la ville qu’il n’avait jamais aimée. Et pourtant si présente, tellement là, quand le rêve, l’analyste ou un maître en écriture le portait à faire retour. Pas pour rien qu’il repoussait toujours tard dans la nuit le moment d’aller dormir. Pas pour rien qu’il n’avait jamais fait confiance à un psychanalyste. Pas pour rien non plus qu’il avait une peur indicible de mettre ses pieds dans un atelier d’écriture. Lui, qui avait passé sa vie à pisser de la copie. Pour vivre, payer son loyer, avoir un toit sur la tête, manger, nourrir ses chats. Et voir la mer avant tout. Voir la mer, toujours. Jusqu’à la fin.

proposition n° 2

Rue modeste, droite et courte, en pente légère.Elle ne comptait que deux commerces : une épicerie étroite, toujours un peu sombre, et un « Bon lait », toujours bien propre, la seule vitrine de la rue. Deux artisans aussi : le maçon qui avait réussi et dont le garage servait de dépôt ; un ferronnier dont l’antre faisait régulièrement jaillir des gerbes d’étincelles et entendre des cris de sciages électriques. Le reste n’était qu’habitations, petits immeubles étroits, jamais plus de trois étages, aux toits de tuiles, surmontés de vieilles cuves à eau ; Ou petites maisonnées sans prétention avec leurs jardins à légumes, une balançoire pour les enfants, une longue corde à linges, parfois une place pour un véhicule et toujours un portail métallique de peu avec sa boite à lettres et une allée de rien du tout avec ses graviers. Une seule maison, au bas de la rue, presqu’à sa fin, avait un air de villa, pas grande,protégée par des murets crépis. Son portail de bois vernis laissait entrevoir une allée cimentée, plantée de rosiers. A double sens, avec deux trottoirs, ses constructions des années 1930, cette rue était l’une des dernières marges du quartier des Italiens. Au delà, juste après, commençait le territoire de grands domaines, des parcs anciens, richement arborés, entretenus, entourés de grands murs en haut desquels les tessons de verre avaient été solidement scellés. Des interdits dits.

proposition n° 3

Anar de caire. Dans le provençal des montagnes, c’est comme cela que l’on dit : Aller de côté. Caire : un endroit, un quartier, un coin, un angle,une pierre d’angle, un rocher. Laissar de caire : omettre, laisser de côté. La rue a son autre, son raccourci parallèle : un insignifiant et malodorant cours d’eau, la Foux, qui suit le vallon. Le seul segment qui n’a pas été canalisé et enfoui sous terre est l’exacte portion qui correspond à la rue. Entre ces deux lignes, identiques chemins, quelques passages existent, sortes de traboules sans escalier. Certaines petits immeubles dont celui du 12 par exemple, disposent d’un jardin derrière leurs murs, invisible depuis la rue. Le jardin ouvre une porte sur les berges du minuscule canal et l’on peut ainsi, à pieds, descendre ou remonter la rue sans s’y faire voir. Idéal chemin caché, voie clandestine, toujours humide, souvent puante. Double glauque d’une rue sans luxe, ni prétention. Dans une ville prétentieuse et riche où se pavaner est un impératif catégorique à l’ordre de chaque jour. La Croisette, son vieux palais des festivals, son nouveau palais des congrès, ses palaces ne sont pas loin. Dix sept minutes a pieds indiquent les traceurs d’itinéraires en ligne.

proposition n° 4

Un jardin plus loin, une rue au dessus. Des bas nylon. Ils sèchent en plein air. Tentation d’aller toucher. Plus loin, à l’ouest du canal sale, terrain vague et la cabane du vieux russe blanc, vieil exilé que personne ne comprend. Il joue du violon au milieu des roseaux. Plus loin encore, la grande église, son grand jardin entouré de murs hérissés de tessons et les rochers bidons de la grotte de Marie, la Vierge. Enfin le grand boulevard jusqu’à la place de l’ancienne usine à gaz. Les cuves ont été démontées. Des immeubles de bureaux les remplacent. Le marché subsiste. D’autres rues le complètent. Des harengs dorés faisaient cercle dans un cylindre de bois. Puis l’obstacle de la voie ferrée. La passerelle métallique pour la voir en dessous a disparu elle aussi. Un passage sous-terrain la remplace qui abrite des SDF. La grande artère vitrine de la ville enfin. Pas large, mais luxueuse. Du chic et cher partout. Tout le long. Quelques rues adjacentes où les prostituées se font discrètes. Le cliché des clichés enfin : le lieu de croisement s’appelle La Croisette. Alignement de palmiers, de plages privées, de palaces renommés. Le cinéma y fait son cinéma une fois par an. Seule originalité à l’horizon : Deux petites îles en face, dans la baie. A l’ouest, zones industrielles, zones commerciales, zones d’habitations périphériques. Puis le grand massif de roches rouges, une frontière de mimosas que les lotissements rognent. A l’est, la côte vue d’avion, c’est pire. Jusqu’à l’Italie voisine.

proposition n° 5

« Secouer l’arbre » dans une rue qui n’en avait pas. Une fontaine publique, équipée d’un volant. Grosse bite de fonte, couleur verte, qui crache fort si l’on tourne vite. La boite à lettres du grand-père typographe, petite maison de bois avec sa plaque de cuivre, toujours propre. Le nom seul. Le soupirail au ras du trottoir, bouche ouverte de la cave à charbon. Le lavoir de l’immeuble dans un coin du jardin triste. Même l’eau vive a des odeurs de savon. Dans un angle noir, le foyer, sa réserve de bois, la lessiveuse galvanisée. Dans la vitrine du « Bon Lait », les pots de yaourts artisanaux, ronds de grés gris, consignés. Les dessous féminins, couleur chair, dans un jardin voisin, aguicheurs trapézistes sur la corde à linges. Et les murs, les grands murs, les hauts murs, hérissés de tessons, véritables appels à braver l’interdit, à s’affranchir des obstacles, à violer les propriétés privées. Les nouveaux poteaux électriques, tous les cent mètres, en béton désormais, escaliers fabuleux pour les Arsène Lupin qui méprisent les tessons de bouteille. La Marie polychrome de la paroisse du quartier, vierge de plâtre dans ses rochers de pacotille, une grotte en ciment mal ferraillé s’écaillant sur la rouille.Les photos des suppliciés des camps de la mort dans le local des associations. Le piano droit dans la fosse poussiéreuse du vieux théâtre. Le bac de bois circulaire venu d’Europe centrale où sont rangés les harengs fumés. Les chaises de La Croisette, lourdes ferrailles, inconfortables et payantes, repeintes cent fois comme des coques de vieux navires. Le sable de la plage qui s’ennuie, en rade, à la laisse d’une mer qui ne fait même pas de vagues.

proposition n° 6

Ville de Cannes, Alpes-Maritimes. La rue Caire, entre l’avenue du Grand Pin et l’avenue Prince de Galles, ne compte qu’une petite vingtaine de constructions dont neuf du côté pair. Parallèle au vallon de la Foux. Doit son nom au donateur des terrains à la ville au XIX me siècle, le descendant d’une riche famille de postiers à cheval : Pierre François Caire. L’épicier de la rue, Susini, n’a pas de vitrine. Sur les hauteurs autour demeurent au début du XXIe siècle ce qu’il reste des parcs des grandes villas anglaises de la Côte d’Azur : Montrose, Victoria, Oxford. Springland, Araucaria. Vers la ville, la paroisse du quartier, l’église du Prado. Le boulevard d’Italie, rebaptisé de la Libération en 1945. La rue Titien qui grimpe vers le deuxième boulevard de la ville, Carnot, a reçu le nom du résistant Léon Noël, mort sous la torture le 23 septembre 1943. L’école communale Maurice Alice où l’un des instituteurs, monsieur Menusan, était un adepte de la pédagogie Freynet et donnait à ses élèves le goût d’écrire et la curiosité de l’Afrique. L’une de ses collègues, Madame Lacroix, laissait derrière elle un parfum subtil, sucré, ambré. La directrice était une vieille sorcière aux cheveux gris qui tapaient sur les doigts des gauchers pour les faire écrire de la main droite. Plus loin, prés de la mer, le Palais des Festivals et la Croisette envahie par les oiseaux d’Alfred Hitchcock. En voilà un qui n’avait pas suivi d’ateliers d’écriture, mais avait tout compris : « l’important, c’est le hors champ » disait-il.

proposition n° 7

Point obscur ou plutôt salle obscure. Salle de projections. Pas un cinéma. Rien à voir. Un palais dédié aux projections de films. Tout à écouter-voir. Et bien plus, parce qu’après la projection, le réalisateur est là, vivant, vibrant. Il répond aux questions des privilégiés accrédités. D’immenses cinéastes dont les œuvres resteront souvent invisibles, souvent ignorées, souvent reconnues longtemps plus tard. Trop tard ? Œuvre immense toute en mouvement, de cercles incessants, de cercles qui enserrent, menacent, protègent,encouragent. D’immenses plans-séquences. Des nudités comme jamais. Hommes. Histoire. Aliénation. Révolution(s). Le hongrois Miklós Jancsó (1921-2014) reçoit le prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1972 pour Psaume rouge. Il prévenait. Il a prévenu : le titre original hongrois, Még kér a nép, emprunté à un poème de Sándor Petőfi, peut être traduit approximativement par « Le peuple exige encore..." (sous-entendu : "ce qu’on ne lui donne pas") ou encore "Vite, le peuple ne fait encore que demander…". Dix ans plus tard, 1982, la dernière projection du Palais Croisette qui sera démoli en 1988, est marquée par le triomphe (sic) d’E.T., the Extra-Terrestrial, de Steven Spielberg. Perdu quoi ? Pas le chemin qui conduit au lieu détruit. Il mène à une autre réalité. Un casino. Un bar, restaurant, branché, minimaliste. Une maison du caviar. Qu’importe. Des films on peut en voir partout. Dans les cinémas. A l’abris. En plein air. At home, cinéma. TV. DVD. VOD. Streaming. En payant. En piratant. En buvant. En mangeant. Pop corn et pulp fiction, pas incompatible. Perdue, la plongée dans l’obscurité, l’apnée dans la projection, le retour à la surface, l’aspiration, la bouche et les yeux qui se rouvrent. Et la compréhension du monde, un bout de la compréhension du monde, un tout petit bout sans doute, mais un bout tout de même.

proposition n° 8

Tempéré, le climat. Code C. Saison sèche en été, code s en minuscule. Été tempéré, code b en minuscule. Sur la ville, la précipitation moyenne est de 880 mm. Ce que ne dit pas la typologie des climats de Köppen-Geiger, c’est que ce n’est pas la pluie qui compte : c’est le moment qu’elle choisit. En mai, la pluie est gentille. Elle mouille, passagère, toujours les premiers jours du festival du film. C’est comme une tradition au générique, une fatwa du ciel, une moquerie des peoples en tenues de soirée. Il pleure dans mon smoking comme il pleut sur la ville. On ne peut plus fumer nulle part bientôt, mais le tuxedo, black tie, est toujours de rigueur. La pluie, en octobre, en novembre, en décembre, est plus cruelle. Elle se lâche. Quand ça trombe, la rue Caire n’en souffre jamais trop. Elle a son autre, sa parallèle, son double humide, le trou du creux de son vallon. Il regorge alors, dégorge, déborde. Le spectacle de l’eau en folie ne dure jamais longtemps. Sauf à l’ouest de la ville : il y eu des morts parfois, dans des parkings construits dans des rious inondables. Ce n’est pas la pluie qui compte, c’est le prix du mètre carré. Méditerranéen. Csb. Rien à faire des typologies. Ou alors faut tout comprendre. Le bruit de la pluie, par terre et sur les toits, il n’est pas pareil si t’habites dans un carton ou dans un Carlton.

proposition n° 9

Un cri chaque semaine, récurrent, remontant la rue. Strident dit Baudelaire. Viiiiiiii-trier. Des injures aussi, en langue italienne, des voix de femmes, querelle de voisinage. Des jurons plus masculins. Mots grossiers, mots interdits, jamais traduits. Stronzo. Pezzo di merda. Vaffancùlo. Figlio di puttàna. Toujours utiles à l’école, surtout à la sortie. Avant, pendant,après les échanges de pierres, de crachats, de coups de cartables.

proposition n° 10

Des herbes odorantes. Senteur rouge au goût à peine sucré. Pas un jour sans l’alchimie tomate dans la poêle à faire revenir. Flagrances musquées d’une institutrice. Parfum de femmes aux cheveux noirs. Saveurs, faveurs, furtives d’une initiatrice. Étreintes découvertes, saisies dans le noir des escaliers d’une cave. Faveurs, saveurs d’une femme inespérée. Contacts soyeux de jambes habillées de bas en haut desquels la main marque une pause, puis reprend son enquête inquiète. Les chants siffleurs des merles noirs, gouailleurs réjouissants qui s’adaptèrent longtemps à nos villes. Les chants, les cris, les alertes de tous les oiseaux de la planète.

proposition n° 11

Lieu d’exposition le matin. Lieu des enchères les après-midi. La salle des ventes d’alors était un lieu de poussières et d’incongruités hétéroclites dont le parquet aux lames usées gardait les traces. Les objets du décor changeaient chaque semaine. Avec toujours ses lots de chambres à coucher, salles à manger, fauteuils, canapés, lots de vaisselle, lots de bijoux, lots de livres. Literie. Loteries. Les manutentionnaires portaient des blouses grises et ne parlaient jamais. Ni muets, ni mutiques. Discrets simplement dans un temple où la seule parole autorisée est celle d’un commissaire. Priseur, le commissaire, armé d’un petit marteau comme le président d’une cours d’assises. Ceux qui renchérissent n’ont pas droit à la parole. Lever haut la main, faire un léger signe, un hochement discret, un simple mouvement. Rien de plus. Une fois, deux fois, trois fois. Adjugé. Une blouse grise venait ensuite remettre un formulaire, obtenir une signature. Les habitués se connaissaient tous. Parmi eux, un petit groupe d’hommes, toujours au fond de la salle, sur une estrade à gauche de l’entrée. Pas de vieux amis. Des concurrents. Certains se parlaient. Certains s’ignoraient. Mais tous étaient complices. Là pour affaires les concernant. Là pour ce qu’ils convoitaient. Là pour saisir leurs proies. Là comme au théâtre, attendant la fin d’une pièce dont le public s’imagine, idiot de service, être acteur d’une représentation unique. Les blouses grises n’étaient pas dupes. Le maître au marteau non plus. La mascarade finie, le petit groupe des hommes du fond restait encore un peu. Ils sortaient enfin. Dans la soirée ou le lendemain, ils se retrouveront, entre eux, dans un lieu autre, privé. Ils appelaient ça la révision. Rien ne leur échappait. Jamais.

proposition n° 12

Passage sous les rails. Des escaliers pour l’atteindre, puis tout droit et léger virage à droite à la fin. A la sortie, toute une vieille histoire : une rue Jean Jaurès, une place Gambetta. Onze arbres épargnés. Un petit marché formaté. La traversée souterraine est carrelée. Blanchâtre. Neutralisante. Démoralisante. Rien pour elle. Même les deux panneaux publicitaires qui y habitent perdent leur sens et leur fonction, faute de recul dans cet espace étroit tout en longueur. Les seules âmes qui vivent ne font qu’y passer, pressées d’en finir. Tel un syphon mal entretenu, le lieu qui transgresse la voie ferrée, dérogation passante dans l’en dessous, à des odeurs de pisse tous les matins, de détergents industriels vers le midi, un mélange des deux le restant de la journée. Les seules âmes qui vivent qui ne le parcourent pas sont des hommes, des femmes et des chiens trouvant là un refuge provisoire, précaire, passager. De ces humains que nos villes ne nomment même plus. Même plus droit à un mot. Pas de qualificatif. Ni de substantif. Même plus clochard. Même plus vagabond. Même plus chemineau. Trois lettres suffisent à la siglaison. SDF. Même les points entre les initiales, facultatifs, n’ont plus lieu d’être. Entre ceux qui passent et ceux qui y restent, point d’échanges dans ce passage. Ou parfois simplement une pièce de monnaie, un ticket restaurant. Il y avait bien aussi une femme, de retour du marché, qui offrait une baguette de pain, quelques fruits, une boite pour le chien. « La boite, c’est pour le chien » précisait-elle à chaque fois.

proposition n° 13

Si la ville de cette côte avait une originalité, c’était d’avoir ce que les autres cités côtières de la région n’avaient pas à leur horizon : des îles. Attraction des yeux. Attraction de l’imaginaire. Illusion de la fuite. Imagination des échappées possibles. Hors saison, il se rendait sur le ponton d’où les navettes partaient pour Sainte Marguerite, la grande île, et Saint Honorat, la petite, la plus éloignée de la côte. En saison haute, le déferlement des touristes noyait l’embarcadère d’une foule bruyante entre huit et dix-huit heures au rythme d’une douzaine d’aller-retour. Les mois d’hiver, seules les mouettes et les goélands animaient le ponton et l’espèce de grand abris bus de plexiglass qui recouvrait son entrée. Sous cet abris, en mettant la tête à l’envers, on pouvait observer les grands larus vus d’en dessous. Bien voir leurs pattes palmées un peu roses, le grand bec jaune. Il aimait ce ponton quand il était désert, parce qu’il était désert. Parce qu’il y avait des peintures qui s’écaillaient, des aussières en attente, des navettes immobiles, des horaires effacés.Parce qu’il y avait aussi, tout proches, les sleep de carénage. En stand by ou en chantier. Des travaux qui le fascinaient. Œuvres des mer dont il apprendrait plus tard, un jour, demain, les gestes, les usages, les mots, le langage. Mais pas ici. Ailleurs. Dans une île, une vraie. Dans un archipel, un véritable.

proposition n° 14

Paul, le brocanteur obscène. Né au Chili d’un père savoyard, Paul est un petit homme rond, au visage bouffi, aux doigts potelés, aux ongles salis par les colles de poissons, les vernis, les laques. Ses jambes sont trop courtes pour toucher terre quand il s’assoit. Un mégot toujours à sa bouche aux lèvres charnus. Il n’a pas d’âge sous le béret basque qui ne le quitte jamais. Il parle une langue incompréhensible avec du français dedans. Dans son échoppe quand une cliente s’y aventure, son plaisir, son jeu préféré, est une parole obscène, toujours sexuelle. Il mélange, a ses réponses aux questions des clientes, des propos grossiers. Turlute, pipe, pompier sont les mots qu’ils préfèrent. Même quand son épouse est présente dans la boutique et le rappelle à l’ordre, il s’amuse encore à glisser ces mots dans des phrases tordues que les oreilles inhabituées ne peuvent pas comprendre vraiment.Et ça l’amuse Paul quand une élégante cliente répond par un sourire poli à ses invites pornographes.

Adélaïde, abandonnée à sa naissance sur les marches d’une église en Toscane, retrouve sa mère, cordonnière et chiffonnière, à Marseille vingt ans plus tard. Elles viennent ensemble vivre à Cannes où Adélaïde rencontre son futur mari : un aristocrate de la classe ouvrière. Ils auront un fils.

Ugo, le typographe séducteur et cinéphile. D’origine piémontaise, termina sa carrière d’ouvrier du Livre comme contre-maître d’une imprimerie renommée pour ses tirages numérotées. Ugo, toujours tiré à quatre épingles,conservait un exemplaire de chacune des éditions auxquelles il avait contribué. Une fois par semaine, il apprenait le mensonge à son petit fils : il affirmait à sa femme qu’il emmenait le petit jouer dans les jardins de la Croisette, alors qu’ils allaient s’enfermer au Lido, le cinéma du quartier, voir des westerns ou des films d’épouvante.

Michel, le géant. Très grand et mince, il savait tout de la musique et de la littérature. Et de la capitale aussi où il partit vivre avec ses parents. Son père, CRS, parlait souvent de l’année 1968 et du quartier latin.

Nelly, First est son parfum. Elle n’a jamais manqué un concert de l’orchestre symphonique régional, ni une session de la cours d’assises. La musique en scène et le théâtre de la Justice. Elle se permet tout pour ses deux passions. Elle est grande, belle, séduisante, élégante, spontanée. Son merveilleux accent pied-noir juif marocain donne de la force à chacun de ses mots. Elle est chez elle dans les deux mondes qu’elle affectionne. Greffes ou partitions, elle sait tout. Le verdict à l’avance. Le malaise dans la fosse. Les autres mondes, elle les fréquente faute de pouvoir les éviter.

proposition n° 15

Plus de huit cent cinquante quatre mots — et une quantité extrême de points virgule, de tirets, de deux points, de guillemets, de parenthèses — seraient nécessaires pour dire, en une phrase interminable et, au final à coup sûr, inintelligible, toute la complexité de cette vérité sans fard, si lourde, à la fois évidente et indicible, que tu fuis à chaque fois que tu rencontres, dans un miroir, ton reflet, cette image de toi en laquelle je me vois moi-même, tel que tu es, et au fond de laquelle tu ne veux jamais aller voir qui je suis que tu hais ; tu sais bien,alors, qu’elle avait raison de te dire que le bleu de tes yeux ne donne rien d’autre à voir que ton égoïste absence de sentiment, qu’il n’y a rien, au fond de toi, d’autre que moi, rien, en moi, d’autre que toi ; et que cela ne fait même pas deux : seulement un égo triste.

proposition n° 16

L’escalier sans lumière qui menait aux caves, de ciment gris avec ses nez de marche en fer, cloqués de rouille... tu n’en dit rien alors que tu ne peux rien en oublier. « Ma mémoire n’occulte rien — dit-il. Je ne refoule pas ce que j’ai pu faire de sordide. Ailleurs, dans un autre lieu, aurais-je été le même ? Voilà ce qui me hante ». Foutaises. Dans toutes les ville du monde, il y a des rues de rut, des mendiantes vénales, des lieux sombres où baisent les queutards. « J’étais un enfant » — dit-il. Foutaises. Dans toutes les villes du monde, il y a des adolescents précoces. « C’est en elle que des adultes m’ont appris le mensonge » — dit-il. Foutaises. Dans toutes les villes du monde, la réalité n’est qu’une construction de la réalité. « C’est aussi dans une cave que j’aie été enfermé par ma mère » — dit-il. Foutaises. Sur toute la planète, il y a des mères qui ont peur. « Pourquoi ? Pourquoi, moi ? Pourquoi, loin d’elle, je trouve le repos ? » — dit-il. Tu fais chier avec tes questions. J’en sais rien. Dans toutes les villes du monde, il y a des caves, des escaliers sans lumière, du mensonge et des maltraitances. Peut être qu’il suffit de traverser des mers et de trouver une île ? « Pour oublier ? Sans être dupe ? » — dit-il.

proposition n° 17

La fine cicatrice blanche est toujours là, sous le pouce, sur l’éminence thénar de ma main droite. C’était l’hiver et j’avais des gants. Plusieurs lames de rasoirs usagées trainaient sur une poubelle. J’en choisis une et la cachai dans ma main droite. Sur le chemin de l’école, avant de prendre le bus, la lame m’entailla le Mont de Vénus. Pour cacher le sang, j’ai gardé le gant toute la journée et le soir j’ai du mentir. Je ne sais plus ce que j’ai inventé, ni quel âge je pouvais avoir. Main droite encore, bien avant la lame de rasoir, sur la tabatière anatomique. C’était mon voisin en première année du certificat d’études. Deux cancres. Nous déconnions sans cesse. Pour rire, il me planta un crayon mine bien taillé à l’endroit charnu où le pouce et l’index se rencontre. L’instituteur n’entendit rien. Pas vu, pas pris. J’ai gardé longtemps une petite marque bleutée sous la peau que les taches de vieillesse font désormais disparaître. Main gauche ? Au tout début de l’école. Une directrice aux cheveux gris tapait sur mes doigts de gaucher. Pour m’apprendre, sans doute, à écrire de la main droite. Concession que j’ai toujours refusée.

proposition n° 18

Flagrances musquées d’une institutrice. Fragrances musquées d’une institutrice. Fragrances musquées de l’institutrice. Particulière flagrance : l’institutrice qui va et vient sans cesse dans les deux allées de la classe. Fragrances musquées omniprésentes. Particulière flagrance : le va et vient permanent de l’institutrice dans la classe. Particulières fragrances musquées. Flagrance : l’institutrice promène son parfum dans la classe. Fragrances : bergamote, agrumes, jasmin, vanille, musc.

proposition n° 19

Pas une droite. Pas un horizon.Un ligne, une simple ligne, courte, modeste, sans prétention. Un segment infime de l’horizon, entre deux îles, vue partielle et partiale. Entre figuration et abstraction, mer et ciel, vagues et nuages. Ligne de vie de lignes. Pas un jour sans tirer à la ligne. Juste ce qu’il faut quand la paie est au feuillet, le salaire à la pige. Absence totale de ligne de conduite. Un toit sur la tête suffit. Et franchir une porte-fenêtre de Matisse, entrer dans le grand concert inachevé de Nicolas de Staël, suivre les lignes de Paul Klee.

proposition n° 20

Ces événements se déroulent entre 18 h 30 et 10 h 30. Enième saison d’une série chronophage. Les nuits commencent tôt dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. « Un marché rentable et pérenne » assurent les conseillers en investissement. Il y en a plus de 150 dans le département. Quelques uns sont de statut public. Quelques autres relèvent du privé non lucratif. Le plus grand nombres des EHPAD est du privé commercial, appartenant à de grands groupes dont certains côtés en bourse. Il y en a huit dans la ville dont quatre disposant d’une unité Alzheimer. L’objet de la mission concerne l’établissement géré par l’un des poids lourds du secteur, un groupe particulièrement bien développé à l’international dans treize pays dont la Chine. C’est le client qui a choisi : il veut être sur que l’on prendra soin de son placement. C’est qu’il y tient à son placement. Et ce qu’il veut savoir, c’est ce qu’il se passe pour son placement quand les visites sont interdites, entre la fin de journée à 18 heures 30 et le lendemain matin à 10 heures 3O. Impossible d’introduire qui que ce soit ou quoique ce soit susceptible d’espionner le lieu. Impossible de soudoyer les personnels de nuit qui ont trop peur de parler. Impossible de se fier aux 80 narrateurs potentiels qui passent là la fin de leur vie. L’une a peut être appelé au secours en vain toute une partie de la nuit. Un autre a peut être dépassé les capacités d’absorption de sa couche. Alzheimer, omertà, secret médical ? Il n’y aura personne pour s’en souvenir. Même dans les pays où la main d’œuvre est moins chère et où des offres émergent sur le marché assurant un(e) employé(e) pour un patient, il est très difficile de répondre à l’attente du client qui s’inquiète, la nuit, pour son placement. En Tunisie, il y a bien un établissement dont chaque chambre est équipée de webcam permettant aux familles de surveiller en permanence, au delà de la mer, celui ou celle qui a perdu son autonomie. Si le patient a toute sa tête et entend préserver son intimité, il peut déconnecter la webcam. Ce n’est pas ce qui convient au client qui de toute façon n’a pas l’intention de mettre son placement hors de la ville. Ce qu’il veut, c’est avoir des nouvelles de son placement au quotidien, lui rendre visite chaque jour, aux heures autorisées, entre 10 h 30 et 18 h 30. Et s’assurer aussi qu’en dehors de ces heures, tout se passe bien, que si il y a un problème...Le client imagine le pire. Il sait bien que la mission qu’il exige est impossible à satisfaire. Il a beaucoup de mal à se résoudre à faire confiance a ceux qui investissent dans la prise en charge globale de la dépendance, fussent-ils leaders dans ce domaine. Le client ne veut pas investir, placer de l’argent, chercher une optimisation fiscale. Son placement, c’est sa mère. On le rassure : tout va bien la nuit. Il ne se passe rien. Tout le monde dort. Les couloirs sont vides. Il n’y a rien à signaler. Tout est calme. Pas de soucis, même si il y a un problème, nous veillons, nous faisons le nécessaire. Le client se rassure au fil des semaines, des mois, des années qui s’écoulent. Avec toutes les nuits qui vont avec. Toutes ces nuits invisitables, indicibles, interdites. Des nuits qui le rongent un peu. Des nuits auxquelles il se fait à la longue. Sa mère, elle, de toute façon, elle s’en fout. Il y a longtemps qu’elle a oublié les lieux où elle vivait avant son placement. Tous les matins, au téléphone, quand il l’appelle, elle lui répète la même phrase, toujours sur le même ton qui ne trahit rien des secrets de la nuit : « oui, j’ai bien dormi ».

proposition n° 21

Six lattes de bois, teck sale et vieilli, pointes d’un ciseau, mug cendrier, bord marron foncé souillé de mégots mouillés, briquet rose de marque Bic sur paquet de cigarettes, bord noir de l’écran d’une tablette Apple, traces de doigts, partie latérale du clavier, minuscules poussières sur les touches du bas, point blanc sur la touche de maintien majuscule, lattes de bois, teck sale et vieilli, tasse à café, porcelaine blanche, dans le trou central de la table, traces de café séché dans la tasse et sur les bords, coin supérieur de l’écran de la tablette, lattes de bois, teck sale et vieilli, dossier d’un fauteuil de jardin en plastique blanc, traces noires, petites fientes d’oiseaux,deux fois cinq trouées verticales dans le dossier, herbes vertes au sol, tache de soleil, bout d’une vieille traverse de chemin de fer, plaques de mousses par endroit, feuilles très vertes des belles de nuit, grand coin droit de l’écran de la tablette de marque Apple, l’éditeur de texte IWriter se devine, coin de la table de teck sale et vieilli, deux pots bleus, ronds, deux petits arbustes, mélange de taches jaunes et vertes sur le sol, des chatons de châtaigniers plus ou moins dorés, la tête ronde et le bec pointu d’un gros oiseau de plastique, les premières marches d’un escalier de pierres, l’angle d’un mur de pierres, bleutées ou beiges ou grises ou presque blanches ou parfois tirant sur un vert grisonnant, un tête de Bouddha en résine, de même hauteur, une acanthe desséchée, grande masse de lierre chapeautant le mur de pierres, un rosier à fleur blanche ivoire, feuilles attaquées par la rouille, reste de vert grignoté par le jaune et le marron, trois roses à peine écloses, trois restes de roses sèches, un segment de hamac bleu, une remorque, un triangle rouge sur fond noir, le numéro 152 en blanc, bâche grise sur la remorque, une rallonge électrique de couleur rouge, un mur de béton gris entre deux murs de pierres, le tronc sombre d’un grand laurier sauce, les branches d’un sapin, bien vertes, jusqu’au sol, l’herbe plus haute, tache jaune et sèche, une voiture rouge, un œil renvoyant la lumière du soleil, phare gauche de la voiture rouge, RTY, FGH, CVB, un bout du clavier amovible de la tablette, petites traces de poussières entre le F et le G, point blanc (cendre de cigarette ? ) sur la touche de la lettre J.

proposition n° 22

Vert militaire, la couverture rugueuse sur le lit. Jaune bruni, la trace ronde d’une brûlure de cigarette. Vernis marron foncé, presque noir, de la bibliothèque au pied du lit. Blancheur crème du dos de tous les livres du rayon le plus haut. Rouge foncé des coffrets de carton qui protègent chaque livre du rayon le plus haut. Vert foncé des cartons qui protègent chaque livre du rayon le plus haut. Noir,le tissu serré de la couverture de deux livres au dos anonyme dans l’étagère au dessous du rayon le plus haut. Cuivre de l’interrupteur à gauche de la porte. Blanc jaunâtre de la baguette électrique en bois laquée. Bleu sale de la blouse accrochée à la patère de bois fixée à la porte. Blancheur veinée de gris bleu du marbre de la grande commode. Vernis marron foncé écaillé de la grande commode. Or ou argent ou rouge ou vert ou blanc des couvercles des petits pots de peinture rangés sur le marbre de la grande commode. Fauve ou marron ou paille ou brun ou noir ou jaune, le poil des pinceaux et brosses rangés, têtes en l’air, dans des bocaux de verre sur le marbre de la grande commode. Jaunâtres, les transparences des traces de colle séchée sur le marbre de la grande commode. Marron clair, le gros rouleau de papier gommé. Brun acier, presque bleuté par endroit, le métal d’un outil à trancher sur le manche duquel sont gravées les lettres U et P. Brun acier, presque noir, le métal d’une pince où sont gravées les lettres U et P. Jaune et marron, les motifs de la carpette usée, au sol, entre la grande commode et le lit. Rouge profond sang de bœuf, les tomettes hexagonales de terre cuite. Blanc brillant, le joint repeint de frais entre les tomettes hexagonales de terre cuite. Verte il y a longtemps, la peinture toute écaillée de la persienne de l’étroite et seule fenêtre. Blanc jaunâtre, la laque des bois de l’étroite et seule fenêtre. Gris galva usé, le petit verrou de métal de l’étroite et seule fenêtre. Blanc légèrement bleuté de la peinture à l’huile des murs et du plafond. Blanc légèrement bleuté des traces de coulures de la peinture à l’huile aux angles des murs. Blanche opaline de l’abat-jour suspendu au plafond. Brun foncé palissandre, le cosy. Blanc jauni usé du minuscule abat-jour de la lampe pincée sur le cosy. Dos blancs, noirs ou jaunes, des livres rangés dans le cosy. Vert militaire de la couverture rugueuse posée sur le lit.

proposition n° 23

Longues dalles de pierre des quais du port, cubes géants de pierres et de béton installés dans la mer, contre la mer, protégeant la jetée longue, crépis jaune éteint ou gris des constructions modestes des années 1920 aux toits de tuiles, loin, tout au fond d’un parc immense, la façade gothique d’une villa anglaise du début du XX ème siècle, palais, pas laid, très laid, bunker de verre et de béton qui ne reflète même pas le ciel, sable couleur sable d’une longue fausse plage botoxée, faite, refaite, surfaite, pour fêtes privées, vue d’avion, une seule large ligne grise de béton et de bêtises, une frange trouée de tâches bleues, signes extérieurs de pauvres richesses.

proposition n° 24

Cubes géants de pierres et de béton installés dans la mer, contre la mer, protégeant la jetée orientale des vents de l’est et de l’ensablement. Pas des cubes, des parallélépipèdes, d’énormes blocs artificiels, rangés sur une longueur de plus de 260 mètres. Vieux, des pierres prises dans le ciment, d’avant l’invention des tétrapodes de béton armé pour les récifs artificiels. Un futur roi pour poser la première pierre. Une plaque indique : Albert Edward prince de Galles 1898. Entre les blocs et les yachts, une large quai, parking à voitures aussi. Loin de l’esprit qui hante les lieux, la femme navigatrice. A l’entrée pourtant, une sculpture honore : Virginie Herriot 1890 1932. Aventure(s) : marcher sur les blocs, sauter d’un bloc à l’autre, se faire peur en plongeant la tête entre deux blocs, entendre la mer au fond, prisonnière, s’imaginer chutant là, prisonnier. Interdit d’aller là. Une plaque indique : danger. Artificiels récifs, emblématiques, à l’image du récit de la côte. Les compter sur Google map, vue satellite. Inutile. Attendre le vent d’est.

proposition n° 25

Des interstices se multiplient qui appellent un complément : Voir la mer, avant tout voir la mer, quitter la terre, la terre battue de la cave sans lumière, la terre artificielle de l’après les inventions anglaises, le construire qui détruit, le construit qui enferme, refuser l’histoire au fond après avoir chercher à lui trouver un sens, s’illusionner dans la fuite salutaire, ne pas chercher à interroger l’illusion, aller trouver ailleurs les pays plantés de vignes, d’oliviers, d’orangers, de figuiers, ne pas creuser, ne pas chercher, ne pas éprouver les raisons, se contenter de la séduisante et solide légende selon laquelle Graham Greene et son « J’accuse » m’ont fait fuir le « dark side » de moi-même, obéir à l’intelligence et à la clairvoyance d’un ancien agent du MI6, comprendre enfin que seule la déloyauté sauve et dans l’écriture.



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1ère mise en ligne 29 juin 2018 et dernière modification le 21 juillet 2018.
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