Hélène Palardy | Tout semblait familier...

« construire une ville avec des mots », les propositions

Hélène Palardy, conteuse, musicienne et auteure - voir son site.

proposition n° 1

À la gare, tout semblait familier mais modernisé. Elle découvrait avec les mêmes plaisir et étonnement ce qui avait changé et ce qui était resté identique. Un peu plus loin, une épicerie avait remplacé le café mais la boulangerie était restée telle qu’elle l’avait connue.

En remontant la petite route à pied, un rond point et une route transversale ont surgi, désorientant son souvenir. Une voiture de luxe passa devant elle pour continuer dans la direction qu’elle allait prendre. Elle regarda la plaque minéralogique. Immatriculation parisienne. Surprenant tout de même. Le long de la route, une école avait poussé sur le bitume chaud. Passé le petit cimetière, elle longea le bosquet de pin pour se rafraîchir de son ombre et de son odeur. Les oiseaux s’égosillaient comme ils le faisaient jadis et elle retrouva la quiétude que cet endroit lui inspirait. La voiture de luxe était garée devant une maison en construction dont le jardin rongeait une partie du bois. En entrant dans le hameau, elle découvrit d’autres voitures criardes devant d’autres maisons nouvelles.

Encore quelques minutes et elle posa son sac devant une haie de thuyas mal taillée dont seul un toit de tuiles rouges dépassait. Elle sorti le boîtier et appuya sur le bouton qui ouvrit le portail sur des dalles de pierres fendues d’où s’échappaient de mauvaises herbes. Elle n’avait jamais aimé ces dalles. Mais les voir délabrées lui serrait la gorge. Elle pensa à la maison lorsqu’elle était en construction, la blancheur du crépi, le choix de l’escalier, l’aménagement du jardin où elle s’allongerait, la cueillette dans le cerisier, les cris et les rires des enfants auxquels se mêlait le sien. Tout ce qu’elle vit lui laissa un sentiment de gâchis. Elle longea la plate-bande latérale envahit d’herbes hautes, grimpa le perron noirci, ouvrit la porte. La maison lui souffla au visage son haleine fraîche et boisée. Les meubles dormaient sous des draps blancs. Elle traversa le couloir et ouvrit la porte-fenêtre de la cuisine, son volet vermoulu. Le jardin était une jungle de verdure où trônait le cerisier dont les branches penchaient dans le jardin voisin.
Elle alla dans la chambre bleue où la lumière qui passait à travers les claires-voies des volets zébrait toute la pièce. Cette lumière douce de début d’après-midi où sa mère se glissait pour se reposer. Elle souleva le drap blanc du lit, s’allongea et le rabattit sur elle pour se fondre parmi les fantômes. Elle s’endormit aussitôt.

proposition n° 2

La baie vitrée du salon s’ouvre sur un escalier en ciment d’une dizaine de marches, recouvert des mêmes dalles grises que la galerie qui le surplombe. À droite, une rambarde de métal noir aux courbes convexes continue la galerie qui donne sur la double porte fenêtre de la cuisine, puis celle de la plus grande chambre. Sur la moitié droite de la maison, en contrebas, une terrasse de briques rouges où s’immiscent les mauvaises herbes. N’y reste que le squelette d’une tonnelle, une table et quatre chaises en fer forgé oxydé qui semblent attendre des invités qui ne viendront plus. Enfin, sur la droite de la terrasse, un garage clos d’une fine porte coulissante, brinquebalante et grossièrement vernis.



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1ère mise en ligne et dernière modification le 13 juillet 2018.
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