poezibao hebdo

tiers livre invite : la toile poésie


N’allez pas tout de suite sur poezibao (où l’échange néanmoins se prolonge, voir la réponse de Florence Trocmé], ou prolongation sur La Lettrine).

Au début étaient les messages et notes de lecture de Florence Trocmé, adressés à remue.net qui devenait collectif. Je crois qu’avec Ronald Klapka on a été un peu méfiants : tous ces messages appelaient leur propre maison, nous éloignaient de la nôtre – comment aurions-nous pu voir leur horizon ?

A cette époque lointaine, l’autre site dans la galaxie web c’était zazieweb : des lecteurs sous pseudonymes, pas les quelques milliers d’inscrits qu’ils sont maintenant, inscrivaient des critiques de livres, sous leur pseudonyme de chroniqueur. L’expérience de zazieweb a vraiment été pionnière. Sous le pseudonyme de flote, on y retrouvait ces notes de lecture qu’envoyait Florence Trocmé.

C’est important, le contexte. Internet ne se détermine pas parce que votre chef de service vous enjoint Tu feras le blog... (entendu très récemment, pour un de nos grands hebdomadaires).

Pour les quelques-uns qui ont accompagné la toute jeune histoire de l’Internet littérature, on a su dès le départ que les frontières y étaient superposées, qu’on ne pouvait pas intervenir par un simple discours critique. Et qu’en même temps, il ne s’agissait pas de s’enfermer dans une logique de témoignage d’ordre privé, qu’il y avait à renvoyer la balle, appeler à venir vers les livres, mais solidifier en même temps un contenu virtuel autonome, qui donne des repères, serve de base de consultation. On n’a pas été si nombreux à affronter.

Le virage est venu de l’apparition des blogs, en 2001. Là où chaque page demandait une mise en forme manuelle avec code html, on créait un "squelette" qui permettait ensuite de rentrer très simplement texte, liens, titres et sous-titres comme je le fais ici. Et sont arrivés des matrices de blogs toutes faites, blogger.com, hautetfort, typepad, wordpress, où l’armature informatique est pré-construite. C’est le moment où Florence Trocmé a commencé de rassembler ses notes de lecture, et ça s’est intitulé poezibao.

Et puis, quelques semaines plus tard, avis par e-mail : nous pourrions recevoir chaque jour une citation poétique, en rapport souvent à l’actualité de l’auteur. Et cela constituerait, à terme, une encyclopédie.

Il est temps de parler des contenus : même si pour nous, auteurs, ça ne veut rien dire, persiste une grande dichotomie de la vie littéraire. Le roman reste enclos dans des pratiques traditionnelles, salon, tables rondes, offices, dont il a mal à sortir. Tandis que la poésie, avec une diffusion qui fait honte, en France, quand on compare à comment ça tient en Allemagne ou en Italie, a migré vers la la lecture à voix haute, les rencontres et micro-événements. Fait notable : pendant un temps, on pouvait imaginer que les auteurs de prose pouvaient continuer d’en vivre, tandis qu’on savait depuis longtemps que les poètes devaient assumer un autre travail (voir les magnifiques notes d’Antoine Emaz : Lichen, lichen) : maintenant, c’est pareil pour les prosateurs.

Entrée en quasi résistance, la poésie a été aussi beaucoup plus novatrice que l’édition traditionnelle dans ses modes de diffusion : micro-édition, travail par abonnements, lien à ces événements et rencontre (la renaissance de Al Dante en est un bon exemple). Et pour accompagner cette profusion discrète, éclatée, mais si vivante, il fallait inventer un autre type d’organe.

C’est dans ce contexte que la presse littéraire traditionnelle s’est repliée vers encore plus consensuel, tout le monde parlant en gros de la même chose au même moment, hors exceptions précieuses comme le Matricule des Anges, hors chroniqueur cherchant à faire de l’esprit genre Canard Enchaîné et ça tombe alors à plat. C’est la raison de cette réflexion et cet hommage : nous autres, qui concevions au départ l’Internet comme un prolongement de notre atelier, nous sommes trouvés en complet porte-à-faux : remue.net, comme poezibao, ou plus tard lignes de fuite, ou libr-critique et quelques rares voir Jean-Louis Kuffer en Suisse, se sont trouvés en position d’une médiation nécessaire, qui n’était pas l’enjeu de départ. Lieu de résistance, mais aussi refuge de la prescription : dire ce qu’on lit et pourquoi ça compte.

Nouveau paradoxe d’Internet : les sites ou blogs qui se cantonnent dans le transfert virtuel de l’ancienne fonction critique s’usent vite. Et ceux qui prennent à charge cette fonction critique depuis une position d’écriture ont tenu, justement pour associer organiquement création et médiation, en tout cas ceux que j’ai cités, chacun dans un registre différent. Par exemple, jamais de discours critique dans lignes de fuite, mais jamais non plus l’extrait nu : l’intervention virtuelle commence désormais à trouver son langage. Par exemple encore, le dialogue revue en ligne et apport critique dans remue.net, et la fabrique du collectif : rien de plus triste, désormais, que ceux qui en appellent à nos sites par envoi de service de presse, ou demande genre "pouvez-vous transmettre cette information sur vos sites" – le langage Internet s’établit d’apport à apport, de site à autre site, et l’enjeu pour nous tous c’est l’articulation à ce qui en reste le vecteur matériel principal, le livre édité. Dans cette articulation, les contenus numériques spécifiques s’affirment là encore comme le meilleur appui au livre : les éditeurs ont un peu de mal à le comprendre, braqués sur le fichier numérique, qui souvent n’a qu’une valeur technique d’appui, et qu’on pourrait même probablement envisager de distribuer systématiquement avec le livre.

Je m’écarte, mais pas tant que ça : ce qui compte, à regarder l’évolution d’un site, et pourquoi il nous importe, c’est comment il inscrit un apport virtuel spécifique à son domaine.

Ainsi, une impasse possible c’est ce que j’ai nommé la fosse à bitume, principe d’empilement vertical d’un blog qui rend très difficile la navigation analogique dans ses archives, hors la petite case "chercher".

Ce qui est intéressant dans poezibao, c’est justement comment il s’est réinventé sans cesse hors de cet empilement de références ou d’extraits. Un site qui au départ est principalement constitué de notes de lecture devient (c’est souvent le cas aussi pour remue.net), une référence Internet principale pour l’auteur, avec bibliographie et ressources. C’est la nécessité de prendre en charge les manettes informatiques pour créer des index : l’index de poezibao, ou son index des poètes, est impressionnant. C’est penser l’articulation du site ressources et du travail personnel, ce que Florence Trocmé appelle son flotoir, en reprenant son pseudonyme initial, et pour lequel elle refuse d’autres supports de publication que son site.

Mais m’intéresse encore plus ce glissement discret vers des contenus qui ne sont pas seulement la médiation du livre, mais des ressources proprement virtuelles. A commencer par des entretiens de fond : de Bergounioux à Jean-Pascal Dubost, Antoine Emaz, James Sacré ou Patrick Beurard-Valdoye. Mais cherchez, vous en trouverez d’autre, ainsi cette rubrique sur le lexique de la poésie. Ou ce dossier sur Marina Tsvetaeva.

La fragilité d’Internet, et qui me rend parfois si stupéfait à voir tous ces éditeurs et journaux chercher la clé magique, mais sans jamais proposer collaboration, alors que, ce que nous apprenons modestement, c’est en quoi l’écriture Internet est une spécificité comme les autres, et qui se thésaurise comme les autres, c’est d’être forcément constamment en mouvement, contrainte à réapprendre même ses mises en pages, ses contraintes d’hypertexte, son rapport aux images.

Poezibao, voilà, c’était pour dire ça, vient de remplacer l’envoi mail quotidien de son encyclopédie par une lettre hebdomadaire, incluant citation, mais aussi liens, agenda, parutions. Peut-être vous êtes déjà abonnés : tiers livre et poezibao reçoivent chacun environ 900 visiteurs par jour et pour bonne partie vous êtes les mêmes ? – mais pour les autres, allez lire les 4 premières lettres de poezibao hebdo, et inscrivez-vous...

A moins que ne vous jugiez pas indispensable, aujourd’hui, la poésie...

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 février 2008
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