rue de la Fraternité

expulsions, violence, école


Complément du 2 décembre 2009
Tiens, 500 personnes aujourd’hui qui viennent lire cette page mise en ligne le 3 septembre 2005...

Je remonte vite la source, ce billet Au pays des droits de l’enfant du blog BugBrother (hébergé par lemonde.fr). Preuve une fois de plus du web comme univers résistant et pensant, partageant.

Et, du coup, alors que je me souvenais si bien de cette page et ces images, un pincement : c’était il y a 4 ans, et tellement rien de changé...

Allons, réjouissons-nous, Christine Albanel, qui devait avoir quelques problèmes de fins de mois, a été nommé par son ancien sous-chef de service Fillon à la responsabilité du énième (et toujours aussi productive...) commission de commissionnage à commissionner l’enivrez-vous numérique (chez Jean-Lou Bourgeon), Hadopi ! crions-nous tous, béats... Et vive la fin de l’histoire géo en Terminale S, à quoi bon s’occuper du monde quand on a Google Earth et Wikipedia dans son portable ?

Et réjouissons-nous, dans un pays où on peut lire le même jour ce qu’il advint d’un jeune étudiant en 1ère année de Sciences-Po, Anyss Arbib (on peut lui témoigner soutien sur sa page Face Book, mais c’est à vomir....), et le quotidien très agité et aventureux aussi de Madame Hortefeux.

Rue de la Fraternité, et le temps qui passe... Ils sont où, aujourd’hui, dans le royaume de Saint-Besson et l’Hortaffreux, les gosses des photos ? Et il y aurait probablement tant et tant à ajouter, ajouter, ajouter...

 

Rue de la Fraternité ?


Quel symbole : alors qu’on revient de déposer ses propres enfants pour une nouvelle année scolaire, le réflexe de pousser le bouton de la radio et c’est pour entendre en direct les pleurs d’enfants qui, assis par terre pacifiquement dans l’entrée de l’immeuble, nous explique-ton, se sont vus entourés par 300 CRS en armes, dans la rue barrée aux deux extrémités.

Un commissaire explique qu’on leur propose 2 semaines d’hébergement "faute de solution pérenne", il sonnait bizarre ce mot "pérenne".

Une mère parlait seulement de cela : que c’était le jour de la rentrée des classes, que ses enfants étaient prêts pour la rentrée des classes.

expulsion rue de la Fraternité, Paris, 2 sept 2005, © AFP

La violence de ce qui se passe en Louisiane a déjà été nommée en littérature, dans Wild Palms de William Faulkner : l’ombre noire sur le destin des hommes, la vie sauvage dans la ville inondée, c’est le grand bonhomme des Palmiers sauvages qui est revenu hanter ce monde. La violence de ce qui s’est passé sur ce pont en Irak n’a pas de nom, et n’a pas eu de description en littérature.

La violence d’une expulsion d’enfants le jour de la rentrée des classes c’est tout petit et comporte une dimension parfaitement symbolique, au regard des profits de Total, Bouygues et les autres.

expulsion rue de la Fraternité, Paris, 2 sept 2005 © AFP

J’essaye que ce site ce soit un lien à la lecture, au livre, à l’écriture, non pas qui compenserait, mais qui puisse nous garder l’esprit à notre tâche, indépendamment de ce que nous sommes en tant que citoyen. En Lorraine, la semaine dernière, même du train, entre Nancy et Pont-à-Mousson, avoir aperçu des bannières sur des usines fermées, licenciements ordinaires, inaperçus. Mais quelquefois le monde traverse, nous rejoint jusqu’à la table d’étude : hier, par ces pleurs d’enfants, en direct. On ne s’y trompait pas : c’était d’effroi. On ne pleure pas de peur comme on pleure quand on a mal, comme on pleure de colère ou de tristesse. Ces gosses, hier, avaient peur : et moi je revenais de déposer les miens, cartable au dos, je savais leur émotion, je savais bien ce dont on les aurait privés s’ils n’avaient pu affronter cela. Mais le pur effroi, pour les gosses rue de la Fraternité : définitif, et commis en notre nom collectif.

Hier, l’information ne passait pas par du discours. Elle passait par ces enfants qu’on entendait pleurer. Cela vous hante par l’oreille, bien au-delà de la colère et de la raison. Pour un gosse, être viré de son toit, un saut dans le vide (comme d’ailleurs le saut dans le vide des victimes du double incendie, quelque jour plus tôt : voilà comme on éradique ici la misère). Depuis 2 semaines on leur avait coupé l’électricité, "par mesure préventive".

Ce matin, dans mon tumulte ce mot de "GTK" (je ne connais pas GTK), alors je reprends ici...

L’adresse de l’expulsion de ces 30 gosses, c’est rue de la Fraternité. Je suis content qu’il y ait à Paris une rue Fraternité. C’est comme la rue Baudelaire, ça ne doit pas être une grosse rue... Quant à la fraternité ?

expulsion rue de la Fraternité, Paris, 2 sept 2005 © AFP

liens

 le site de Droit au Logement (DAL).

 le compte rendu AFP (dont je reprends les 3 photos en corps d’article).

ennemis dangereux : toucher avec des gants © NObs

 autre dossier photos dans le Nouvel Obs, (dont photo en tête de cet article) + réaction de Droits Devant

 l’intervention GTK sur tumulte

symboles : la cravate, le cartable, le téléphone © NObs

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vos réactions

de GTK (Colmar

Il vous manque cette photo. Je l’ai trouvée par hasard sur le site du Figaro hier, parce que je voulais voir comment était traitée l’info un peu partout...),je ne l’ai vue nulle part ailleurs. Elle est de l’AFP.

Elle en dit long je trouve.

J’aimerais savoir ce qui se passe dans la tête des CRS et dans celle du petit.

Dans un article du Nouvel Obs le quotidien, Jean Claude Amara porte parole de Droits devant dit ceci : "On est entré dans une logique d’épuration sociale, qui consiste à faire disparaître les pauvres, les sans-papiers et tous les précaires. " et c’est bien de cela qu’il s’agit, l’évacuation des squat étant la phase la plus voyante et la plus criante. On connaît la manière de faire de Sarkozy. Il envoie des signes forts pour voir les réactions du peuple et s’il ne se passe rien de tangible, il passe à la vitesse supérieure. C’est grave, très grave ce qui se passe dans notre pays.

Quand j’ai entendu hier matin tôt ce qui s’est passé je crois que j’ai compris comment on a pu exterminer les Juifs. Depuis que je sais ce que penser veut dire je me posais la question de savoir comment cette ignominie avait pu avoir lieu, je veux dire, le comprendre de l’intérieur, dans mes tripes et à qui je reconnaîtrai quand il sera temps de ne plus laisser faire. Je crois qu’on y est. Une question me taraude depuis hier, c’est de savoir où, dans quel coin de leur conscience des policiers vont chercher le courage de faire ce qu’ils ont faire hier ou ce qu’ils avaient fait à l’Eglise St Bernard il y a quelques années. A mon avis, c’est quand on aura trouvé cela, qu’on pourra arrêter les guerres et les génocides. L’obéissance aux ordres poussée aussi loin me sidère.


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1ère mise en ligne 3 septembre 2005 et dernière modification le 2 décembre 2009
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