les lieux de convocation étaient tenus secrets

stages de réacclimatation à la représentation plurielle de la ville


On était donc convoqué alors pour deux jours, et la nuit qui les relie. On apportait chacun de quoi boire, de quoi manger : on déposait le tout sur une table dans l’angle, on partageait, c’était aussi un moyen de faire connaissance.

La convocation était arbitraire. Les cabines avaient été conçues au nombre de cinq, elles projetaient simultanément les images. Parfois toutes superposées sur l’écran, parfois cantonnées à champs séparés. Lorsque les images se superposaient, elles devenaient parfois difficile à démêler : d’une trame devenue floue émergeait soudain un détail plus immobile – c’était cela, la ville.

Finalement, à quoi nous éduquait-on, sinon à ce peu qu’on perçoit et organise de la profusion constante d’un réel en mouvement, pourquoi pas une sorte de version plus élaborée des classiques tests de cécité cognitive.

Les moments importants, au milieu de la nuit. Dans ce basculement de la nuit. Même ici, en sous-sol, le refroidissement était sensible. Et la masse de silence au dehors, ou au-dessus, de même que ce sentiment palpable d’une élongation du temps. La fatigue aussi comptait, les défenses tombaient.

Parfois vous vous rendiez compte qu’une seule image immobile occupait depuis longtemps l’écran.

Elles n’étaient pas miraculeuses en elles-mêmes, les images. Ici, au centre de surveillance, se nouaient toutes les caméras de la ville. Parkings souterrains, couloirs d’hôpitaux, circulations aux grands carrefours, visages anonymes s’inscrivant devant un distributeur automatique (on raconte qu’une fois, dans un des stages, un des participants s’était reconnu sur l’image – toute la séance en avait été troublée). C’est l’accumulation, la fusion, le passage, qui recréaient disait-on cette impression de ville sans sa coque, de vie sans ses murs, en gardant les fenêtres, les étages, les fuites.

On trouvait des variantes, le lendemain. Les participants pouvaient réagir aux scènes projetées, faire en sorte que leur choix pèse sur les récurrences, les superpositions, les rythmes. Se dessinait une ville qui alors était celle de ceux rassemblés ici. Un visage aperçu, surgissant sur un trottoir devant une des gares, pouvait revenir de façon obsessive. Une galerie commerciale des pourtours pouvait devenir infinie, comme à s’y réveiller sans cesse et qu’elle n’aurait pas de sortie.

Alors, à la fin, se considérait-on comme augmentée, plus complexe. On vous disait rarement ce qui, côté administration, de votre comportement dans la ville, avait motivé qu’on vous convoque. On sortait, il était déjà nuit noire. Le bruit seul semblait plus nerveux, direct, de ne pas vous parvenir depuis sa reproduction technique.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 30 octobre 2008 et dernière modification le 13 mars 2010
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Messages

  • L’organisateur qui tirait les ficelles s’appelait Benjamin, disait-on.

    Voir en ligne : Le Chasse-clou

    • Pour ma part, je posterais bien quelques commentaires ou remarques, quelles que soient les définitions données à ces mots, mais j’observe que ma liaison internet est en panne depuis 10 jours. Au début, l’opérateur m’a dit que la puissance du débit était augmentée, et qu’il fallait patienter. Puis, ils m’ont dit qu’ils ignorent quand ils pourraient réparer la connexion, qu’ils n’avaient pas de pouvoir sur la panne en question... Comme j’ai trouvé ça un peu louche quand même (erreur 633), j’ai envoyé plusieurs rapports d’erreurs à microsoft, en fermant ma connexion -inefficiente- internet, avec l’idée de leur sous-entendre qu’il se passe peut-être quelque chose d’étrange sur ma ligne. Le lendemain, Microsoft bien inspiré m’a envoyé une mise à jour pour détruire les logiciels "malveillants", et il en a trouvé deux.Troyandowloader et Worm. J’ignore à quoi correspond tout cela ; peut-être à pas grand-chose, mais disons que je suis internetement plongée dans l’obscurité en ce temps de campagne électorale, et j’ai été contente d’avoir posté une remarque, précedemment, sur le blog de François Bon, pour donner mon opinion, sachant que de chez moi, je ne suis actuellement pas connectée.

      François Bon a dit quelque part que Rimbaud avait été accueilli par le milieu littéraire ; ce n’était pas mon impression -sauf Verlaine- mais j’aime bien l’idée quand même. Sait-on jamais.

    • ah la la, combien de fois on aimerait que les commentaires soient signés, qu’on sache qui parle !