Gaza, sans fiction

témoignage de Naruna Kaplan de Macedo, le 16 janvier 2009


Je reprends par copier-coller ce billet de Naruna Kaplan de Macedo. FB.

Six jours après le début de la guerre, Nadav m’a lu un article publié dans le journal Maariv. Un très bel entretien d’un médecin gynécologue Palestinien, Dr. Azzedine Abu Ayash. Il avait des mots très durs pour le Hamas, il parlait de paix mais aussi de ce qu’il voyait comme les résultats désastreux de l’attaque israélienne sur la population de Gaza, sur comment cette attaque ne pourrait avoir aucun autre effet que celui d’attiser la haine de la population.

Ce même médecin travaille et fait ses recherches à Tel Hashomer, un grand hôpital à environ un quart d’heure de Tel-Aviv... il rentrait à Gaza le weekend où habite sa famille. Sa femme est morte il y a quatre mois de cela d’une leucémie mais il avait huit enfants. Il est resté à Gaza depuis le début de l’opération, ne pouvait pas sortir.

Mardi, à la radio, Dr. Abu Ayash était interviewé alors que depuis sa fenêtre il pouvait voir le canon d’un char pointé sur sa maison.

Dr Abu Ayash a décrit comment sa famille et celle de son frère étaient visées par le char, en tout 25 personnes. D’une voix écrasée de peur, il a décrit ce qu’il réussisait à voir à travers la fenêtre : un canon pointé sur lui ; alors que le reste de sa famille est cachée sous la table, les bruits de tirs autours et sa crainte de s’approcher de la fenêtre avec un drapeau blanc de peur que le char lui tire dessus.

A la radio, les présentateurs de tous bords politique, paniqués par la situation, ont réussi d’entrer en contact avec l’armée. Quelques minutes plus tard, le médecin a téléphoné pour annoncer, soulagé, que le char s’était éloigné.

L’emplacement de sa maison était désignée sur les plans militaires pour qu’elle soit évitée par les attaques.

Ce soir, il y a quelques heures de cela, alors qu’il était en direct sur la dixième chaîne, interviewé par Shlomi Eldar, un char a tiré sur la maison où se trouvait les deux familles. Dix morts. Trois de ses filles. Son frère. Son neveu. Un autre de ses frères est grièvement blessé. A cause de la pression de ses collègues médecins Juifs et du présentateurs de la dixième chaîne, les blessés ont été évacués par des hélicoptères et ils sont hospitalisé à TelHashomer en Israël.

Le médecin, en pleurs : "Il y a quatre mois j’ai perdu ma femme, je voulais sacrifier ma vie à mes filles. L’une d’elles avait dix-huit ans, elle voulait étudier à l’université, la deuxième voulait être journaliste et la troisième médecin. Elles étaient trois filles qui aimaient aider les autres, c’était des soldates de la paix."

Il a hurlé le nom de ses filles.

"Qu’est ce qu’on a fait ? J’espère que ce sera la fin. Si cela satisfait Livni et Barak et vos leaders, j’espère que mes enfants seront les derniers. Si Barak avait connu mes filles et leurs actions... cette histoire l’accompagnera toute sa vie, même si je ne souhaite à personne d’autre de ressentir ce que je ressens. J’ai parlé avec tous mes amis aux médias, j’ai annoncé qu’on se trouve chez nous, à la maison, qu’il n’y a aucune personne armée chez nous, que mes filles et les enfants de mon frère sont tous dans la chambre. J’ai demandé qu’ils arrêtent après le bombardement mais cela n’a pas aidé et ils nous ont bombardé de nouveau."

L’armée a essayé de dire qu’elle ne faisait que riposter à des tirs. Un ministre du gouvernement a annoncé qu’il exige une enquête.

41 Palestiniens sont morts depuis ce matin dont une mère et ses cinq enfants qui étaient tués dans une attaque aérienne sur le camp de réfugiés ElBurej. Ils avaient sept, huit, dix, onze et douze ans. Le père est grièvement blessé.

1170 morts Palestiniens depuis le début de l’opération. C’est sans compter les corps perdus sous les décombres.

© Naruna Kaplan de Macedo.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 janvier 2009
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