fictions | appareillages de liaisons

recherche d’un nouveau monde, 3


Au nouveau monde, l’espace et les distances n’étaient pas les mêmes. On ne s’installait pas sur de l’ancien : le contact au sol, on n’avait pas besoin de le nommer fondation, il ne créait pas ce qu’on dit ici enracinement.

Au nouveau monde on greffait, là où on était, le lieu qu’on habiterait et c’était comme perpétuellement démontable. À preuve ces cloisons de bois assemblées et multipliées, juste posées sur leurs plots de parpaings pour isolation : on ne faisait pas mal au sol, juste on s’y posait.

Restaient ces marques. Sur la paroi extérieure, on les retrouvait chaque fois. Des compteurs, des chiffres de repérage, un branchement défait.

Ainsi, on avait ici commencé par le lien, par une aspiration, par division même, peut-être, avant que les installations et maisons s’éloignent et prennent toute leur part d’espace ? Et ce qu’on nommait ville, sur quelle autre ville désormais disparue avaient-ils greffé leurs appareillages ?

Chez nous on vérifiait facilement : il suffisait de creuser, les morts même avaient leur pays fixe, et tout s’enserrait de voisin à voisin, murs mitoyens, clôtures. Chez eux, les morts même semblaient errer de coin de rue à coin de rue, parcs ouverts, à l’abandon sous les buildings.

J’avais photographié, jusqu’aux limites de la ville, ces branchements défaits : ils nous enseignaient quoi ?

 

vidéo : ce matin-là, me réveillant et cherchant à savoir où j’étais

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 27 mars 2009
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