fictions | combat pour que la ville respire

recherche d’un nouveau monde, 6


Un dimanche sous la neige, du coup souvenirs d’une marche du dimanche aussi dans Moncton sous la neige, en avril 2009, et retrouver ce texte. Étrange ville que Moncton, trop peu resté.

 

D’ailleurs nous aussi quelquefois en avions marre de nous-mêmes : la façon dont nous avions recouvert la vieille Terre de nos routes, bitumes, parkings, dalles de ciment. Rien ne respirait plus : nous-mêmes, à nous respirer les uns les autres, on étouffait.

On le sentait, dans les villes : le sous-sol n’était pas à l’aise. Parfois, à marcher loin dans les arbres, la vieille forêt, à suivre à pied un rivage, une rivière, on le sentait : tout était plus calme, et nous-mêmes au-dedans, aussi.

Mais pas dans les villes. On avait fait des mesures, placé des détecteurs : dessous, cela bouillait, se déformait, le sous-sol de la ville était instable, protestait contre notre occupation irraisonnée, cette croûte de buildings et immeubles et maisons où nous venions gaspiller, électricité et gazole, les plus anciennes ressources. Le sol de la ville enflait, se distordait.

Depuis deux ans, dans les espaces libres des villes, on avait commencé d’installer ce système de pailles de métal : de simples tubes (on les nommait jeu d’orgues, et parfois le vent, au soir, en tirait d’étranges accords), mais plantés le plus profond possible.

Ainsi, la terre à nouveau respirait. Nos villes ainsi trouées étaient-elles mieux tolérées de la planète usée. Ce n’était pas très beau, non, et cela nous rappelait que par trop la fragilité ici de notre condition, les abus inconsciemment commis.

On se prenait à rêver d’être soi-même, ainsi, lesté de ces tuyaux à respirer, qui vous pacifieraient l’intérieur.

 

 

 

 

 

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 4 avril 2009 et dernière modification le 5 février 2012
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Messages

  • Ne croyez-vous pas qu’il y a des photos qu’on aurait avantage à réduire ? C’est une photo qui peut plaire, mais peut-être plus à la bourgeoise, à la Meissonier... en timbre-poste. Il y a quelque chose de la Campagne de France, 1814, là-dedans...
    Belle comme Laure en Avignon, une dame disait chez Alain Veinstein, il y a peu, qu’elle avait d’abord reconnu dans l’oeuvre du peintre Sima une sonate... Il n’y a donc rien d’impossible. Le tout est de bien régler le piège à rats perpétuel...
    La contrefaçon d’un Meissonier, ça va chercher dans les combien ?
    Je ne dis pas ça pour vous harceler, tel le bâton d’un pâtre ou les mâchoires d’un chien, mais n’y-t-il, à quelque distance, apporté par le vent, s’avançant comme une locomotive... qui incite à tailler d’urgence, d’une main de fer... Ah, je me suis coupé