bancs publics

une nouvelle façon d’honorer les morts et valoriser les espaces publics de la ville


De l’avis général, ce n’était pas une mauvaise solution. La crémation avait progressé, mais pas assez. La régulation des places dans les cimetières traditionnels, et les concessions à durée limitée avaient porté leurs fruits, mais pas assez. Dans nos villes nouvelles, on avait tellement de mal à humaniser ces espaces intermédiaires, leur donner un minimum de sens ou de personnalité. Le mobilier qu’on y employait avait comme premier critère cette stabilité dans la durée, ce côté indestructible, même, quand on y arrivait.

On avait débuté l’expérience seulement dans quelques villes partenaires, avec l’avis sollicité des comités de quartier des associations d’habitants. On avait commencé tout doucement.
Mais tout le monde y trouvait son compte. De nombreux articles avaient rappelé combien il était agréable, dans le monde anglo-saxon, de se promener dans des cimetières devenus de véritables parcs, et sans murs. Ou bien comment au moyen-âge les morts étaient rassemblés auprès de l’église, et comment, dans la tradition protestante, on avait le droit de se faire inhumer au bout de son jardin. Et combien de civilisations, loin de la nôtre, pratiquaient un culte des ancêtres (on n’en était pas là) qui leur offrait une fréquentation familière des maisons et appartements.

S’il s’agissait d’un banc, le banc portait votre nom. S’il s’agissait d’un arrêt de bus, une marque rappelait aux voyageurs en instance votre présence. S’il s’agissait de collègues de travail, d’enseignants d’un établissement, on pouvait affecter aux tombes le dessous d’une rampe ou d’un escalier dans les dalles, l’accès à un centre commercial, à une administration.
Dans les villes qui avaient choisi l’expérience, les proches des défunts décoraient, aménageaient, entretenaient : c’était cela de gagné pour la communauté, mais ouvrait à de véritables personnalisations. On trouvait des jardins exotiques, des micro-univers qui multipliaient le plaisir à la déambulation. Fréquent aussi d’y voir se tenir des réunions : c’étaient des lieux de convivialité nouvelle.

La ville neuve se souvenait (mais un peu, juste un peu) de ce qu’elle devait au temps des hommes.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 août 2009
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