Bruno Rives solo à la BNF

une salle de la BNF Tolbiac pour la "lecture et écriture du futur"


Ça y est, le labo BNF est lancé et on lui souhaite bonne route, bonne programmation, c’est sincère. Confié à Bruno Rives, qui toutes ces années a été l’intercesseur infatigable de l’encre électronique, c’est une vraie salle sur le passage des lecteurs de la BNF, avec démonstrations de réalité augmentée, une conférence par mois (pas tout à fait le rythme blog ! espérons pour le moins qu’elles seront retransmises via le web), et des présentations d’appareils (qui connaît l’infinie réserve de surprises que Bruno tire en permanence de son cartable avec des airs de gourmandise et sous le sceau du secret ne peut qu’avoir confiance...).

La BNF n’a jamais été dans les agiles : ce site a même été lancé 2 ans avant que la vieille dame se dote du sien. Elle s’est rattrapée : voir par exemple l’excellence des expos virtuelles, ou ce travail de feuilletage numérique et d’enrichissements sur Arthur, voir la pertinence des signets de la BNF.

Parce que la question essentielle pour la lecture serait peut-être là : la mutation en cours, la radicalité du basculement numérique, n’est-elle pas d’abord dans le web lui-même, les accès à distance, l’interaction qui se construit par les communautés et les réseaux, plutôt que par les appareils et le supports ?

C’est quand même profondément mystérieux qu’au moment de lancer ce labo doté de puissants moyens, et cautionné par le principal établissement public, il soit accompagné d’un site Internet fixe comptant moins de 10 pages, et d’un blog de la plate-forme la plus élémentaire, le labobnf.blogspot (donc hébergé par Google, quel symbole) avec 1 seul billet. Moi j’aurais mis les choses dans l’autre sens. Mais bon, justement c’est ce que je fais, sans moyens autres que personnels, et non pas la générosité mécanique d’Orange, marchand de connexions et téléphones, qui finance la chose.

On va donc suivre avec beaucoup de curiosité ce que va nous proposer Bruno Rives seul maître à bord. Il est épaulé par un comité (on m’avait gentiment fait proposition d’y participer, bénévolement – ben voyons) avec quelques remarquables universitaires, dont Jean-Pierre Balpe et Milad Doueihi, mais au moins une personne dont les connaissances web porteraient plutôt à sourire – pas grave, tout cela se rode et se change.

Suis plus dubitatif sur ce slogan Labo BNF, lecture et écriture du futur, mot d’ailleurs qu’évite soigneusement de prononcer Bruno Racine. On a appris, depuis bientôt 20 ans, tout ce que cette mutation recelait – à chaque instant – d’imprédictible. Adorno, Benjamin, Bloch – ou Beckett et d’autres sur les sentes littéraires – nous ont appris à nous passer de ce type de projection – et aujourd’hui même les utopies négatives ne sont pas d’un usage concluant. On explore à tâtons le présent, et cela suppose d’en passer par l’expérimentation permanente, le changement permanent de paradigme : nous avançons sans futur, sinon dans l’expression nous inventons les dinosaures du futur – une expression du type lecture et écriture du futur ne peut être que démagogique dans un tel contexte.

Et tant mieux pour Bruno, dont nous suivrons évidemment en confiance les interventions et propositions, les ouvertures – son long compagnonnage d’Alde Manuce est un bon viatique. Et si le paradoxe de l’expérience Internet, là où le numérique est véritablement un laboratoire, c’était le web lui-même, sa profusion, son fourmillement, sa circulation sans frontière ? Pour cela qu’on ne regardera qu’avec bien de l’amitié ce qui se proposera de ce côté : qu’ils courent aussi vite que nous, il se passera d’autant plus de belles choses sur la piste !

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juin 2010
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Messages

  • Lors de l’inauguration de ce "labo", M. Bruno Rives s’est vu imposer pour le discours la présence de Madame Albanel, l’inventrice d’Hadopi, venue au titre.... de ses nouvelles fonctions chez Orange.

    C’est déjà pas assez pourri de voir ces commis de l’État replacés dans toutes fonctions honorifiques et bien juteuses, toujours sur notre dos : celle-ci on la sort par la porte elle rentre par la fenêtre et tout le monde trouve ça normal, Orange paye (mais qui leur paye les abonnements ?).

    Ça commence mal pour ce jouet au service du privé. Quant à leur site minuscule, avant de parler de lecture au futur il faudrait peut-être se pencher sur la lisibilité au présent ?

  • moi ça m’a fait penser à ces moquettes courant d’air du Salon du livre de Paris avec les liseuses mises sous cloche – excusez-moi mais je n’y crois pas

    • Moi j’ai surtout pensé à récent voyage New York, quand on descend dans le Apple Center en haut de 5ème avenue et qu’on voit ces centaines de gens qui bidouillent dans les ordis mis à leur disposition... Est-ce qu’on a pris la bonne route ? Je crois que l’objet magique, dans nos couloirs, reste le grand globe de Louis XIV, son histoire, et comment les gens le regardent : je ne suis pas sûre qu’on ait assez réfléchi sur cette magie des vieux objets, qui donnent à penser le monde, l’espace, obligent à se déplacer au dedans de sa tête et au dehors dans la salle. La comparaison n’est pas flatteuse. Dans ce "comité d’experts", personne pour être venu suggérer de placer les mêmes ordinateurs et écrans autour du grand globe, et de les brancher tous sur des sites liés aux notions de temporalité, spatialité, invention de mondes (jeux, fictions) ? Ça aurait probablement été plus risqué, plus merveilleux.

  • sur les 14 derniers billets de son publi-blog, 12 sont sur apple (ipaaad/iphooone) et les 2 autres sur google.

    pas plus...
    (consterné) ’_’

  • En France, on aime bien financer des coquilles vides : c’est le règne de la culture prétexte à communiquer. Et je suis toujours surpris des sommes engagées. S’impliquer ? Très peu.

  • pas d’attaque personnelle ici - je rappelle aussi que je laisse peu souvent en ligne commentaires qui ne sont pas signés ou identifiés par adresse mail

  • je m’excuse, mais est-ce que ceci n’était pas déjà un laboratoire de l’écriture et de la lecture au temps du numérique :

    écrire la ville

    et pourquoi ça s’est arrêté en plein vol ?

    • N’hésitez surtout pas à venir voir, et faites-moi signe, je vous expliquerai tout : les objectifs, les cibles, le travail que nous menons à partir des collections de la BnF et de fonds extérieurs, avec des auteurs, des artistes, des scientifiques et des experts qui travaillent sur les formes nouvelles du livre.
      Des ateliers sur ces sujets s’organisent, pourquoi pas venir y défendre vos idées ? A bientôt, alors.

  • J’ai visité ce site croupion, sous l’égide pourtant de la BNF : ça donne peu envie d’aller voir leurs coins de couloirs.

    Mais quand même : il ne leur serait pas venu à l’idée de faire une page de liens ? Il n’y a donc aucun site au monde qui propose des idées, des réalisations, des matériels, qui suscite la curiosité, permette de découvrir ? La notion de réciprocité et d’échange leur est indifférente ?

    Dans leurs tours de fonctionnaires sponsorisées par Orange, déroulant leur tapis pour Mme Albanel, ils ne sont jamais allé voir côté du MIT, du labo en ligne du New York Times, ou même, bien plus modestement, le travail fait par la jeune équipe de ebouquin.fr , dont je me régale au quotidien ?

    Rien que ce détail me semble témoigner d’un ratage, d’une arrogance fermée : l’esprit web, c’est le contraire de ça. Alors tant pis pour eux. Le web n’est pas fait pour les centripètes.

  • Solo ? Pas tout à fait. Illustration d’une collaboration avec Maurice Olender, sur une collection de 140 ouvrages : essayer de comprendre les apports respectifs d’index édités, d’arbres de signifiants (algorithmes contrôlés par les auteurs), et de techniques statistiques (moteurs de recherche). Passionnant et clé pour le futur des bibliothèques et du livre.

    Voir en ligne : Index édités, algorithmes, ou techniques statistique

  • Sans vouloir être méchant, justement parce que je suis de bonne volonté, étais très heureux voir à l’instant sur site labo BNF une nouvelle page intitulée réalité augmentée, enfin on allait rêver...

    Ah oui, on rêve... On rêve à combien a été dépensé d’argent public pour un truc aussi pauvre ? De qui se moque-t-on ?

    • @ Claudio Fili
      La méthodologie du Labo est de partir des collections, et de poser les "preuves de concept". Après, les visiteurs prennent ces graines, et peuvent creuser avec ou sans nous. L’approche n’est pas celle d’une exposition de technologies.
      Pour la réalité augmentée, un simple (vous avez raison) exemple suffit à comprendre : un élève "voit" la construction du Labo, un architecte les matériaux et leur résistance, etc. A l’avenir, on imagine l’apparition en haute définition sur une page d’ouvrage enluminé d’un costume du musée de Moulins, évitant éventuellement au chercheur de se déplacer, ou la version 3D d’une hélice d’ADN, pour mieux la manipuler et comprendre sa structure, etc. Est-ce la peine de dépenser plus pour cela ? Nous verrons, n’est pas certain.
      Les priorités aujourd’hui sont sur les contenus, les outils et les supports qui font se poser des questions essentielles : Lieux de Savoir, ou comment va évoluer (ou être remise en cause) l’encyclopédie à l’heure du numérique ; les futurs modèles économiques de la presse ; la mutation des métiers du livre à l’aube du papier électronique et de l’iPad, l’enseignement et l’assistance aux lecteurs dyslexiques, par exemple.

      Voir en ligne : Labo BnF - Travail sur la collection de Maurice Olender

  • Le laboratoire est décevant pour l’instant pour sa partie en ligne. Les billets qui sont publiés ne donnent pas la valeur des échanges. Ce qui est dommage, car l’opportunité des nouveaux médias est bien entendu de pouvoir libérer le contenu au delà des murs.

    Si je poussais la symbolique un peu trop loin. Une boîte (Le labo) dans une autre boîte (la BNF), cela fait un peu boîte à chaussures au fond du placard. :) C’est pour cela que le site Web devrait permettre l’explosion et l’exposition des contenus sur l’extérieur.

    Cela se mettra peut-être en place. À suivre.

    Voir en ligne : Le partage et l’échange du labo ?

    • @ karl
      Le Labo BnF couvre l’ensemble des collections, des médailles aux décors de théâtre en passant par les ouvrages sur cylindre de cire ou sur console, le livre, les cartes, la photographie, etc., et les cibles sont très larges : chercheurs, étudiants, collaborateurs des bibliothèques.
      Certains sujets se prêtent à l’Internet, d’autres non, et il est peut-être un peu tôt, le Labo a tout juste ouvert ! Peut-être faut-il d’abord toucher du doigt les contenus, les supports, les usages dans l’enceinte du Labo, ses ateliers, ses conférences (à l’instar des ateliers de François à Bagnolet).
      Mais bon, le blog et Twitter sont bien suivis, et vos commentaires sont déjà des retours à prendre en compte, c’est cela le Labo. A suivre...

      Voir en ligne : Un samedi au Labo BnF

    • merci des éclaircissements, Bruno (si c’est bien toi ? y a une case signature quand même visible ?!)

      on laissera donc ce labo évoluer – pour ma part je m’imaginais aussi que sous l’égide BNF il s’agissait d’ouvrir un peu à la mutation en cours, et donc côté web plutôt que côté de ce qui est stocké dans les souterrains ou les vitrines de médailles

      donc tout va bien, nous on continue dans le web, et eux dans leurs petites boîtes – et je respecterai votre choix d’un site ultra-minimum et d’un blog (mais pourquoi l’héberger par Google, c’est une provoc ou quoi ?) loin de nos débats et interventions web, chacun ses choix

      reste à souhaiter que la BNF s’enterre pas trop dans ses marches glissantes, quand tout bouge si vite de tous les côtés, dommage cette volonté d’ignorer tout le grand dehors

    • "Certains sujets se prêtent à l’Internet, d’autres non, "

      Pirouette de ma part avec une réponse sous la forme suivante : "Certains sujets se prêtent au livre, d’autres non, ", "Certains sujets se prêtent à la conversation, d’autres non, "

      C’est étrange tout d’un coup. ;)

      Je pense plutôt que tous les sujets prennent des éclairages différents dépendant du contexte dans lequel ils sont exprimés. Si je vivais à Paris, j’irais voir le LaboBNF et en effet toucher, dialoguer, etc. Le rapport à l’objet physique est important. Très cool, pas de questions là dessus, mais se doter d’une présence en ligne veut aussi dire partager en ligne à moins ne considérer Internet que comme une affiche publicitaire et dans ce cas en effet, nous allons avoir une différence de vue ;)

      J’ai bien compris que cela démarrait tout juste, et c’est bien pour cela que j’ai dit à suivre. :)

    • mais quand même, tu aurais pu éviter inauguration polluée par cette ex-ministre sarkozienne ratée qu’ils ont refourgué à Orange pour qu’elle puisse continuer de payer sa maison de campagne ? cette dictature du système et de ses privilégiés est de plus en plus pesante au regard des massacres qu’ils organisent dans la culture et l’art

    • Je ne savais pas que c’était Bruno Rives qui me répondait, mes salutations. Je ne comprends pas comment il est possible d’écrire froidement sur son clavier la formulation suivante : "certains sujets se prêtent à l’Internet et d’autres non".

      Si c’est cela effectivement, plus besoin d’en parler ! La BNF d’un côté, et le reste du monde de l’autre !

    • Mais oui, je pensais que la signature coulait de source. Mon robot apprenant aurait du s’en apercevoir, quand même.

    • "Certains sujets se prêtent à l’Internet, d’autres non"
      C’est par exemple travailler à plusieurs sur le mur de sélection du Labo pour discuter des nouvelles formes du livre, ou bien l’ergonomie d’une feuille que l’on tient à la main et de laquelle surgit une maquette d’architecte.
      Très difficile d’échanger là dessus sur l’Internet. Quand vous passez, ou lors d’un atelier, on en parlera.

    • "Certains sujets se prêtent à l’Internet, d’autres non"
      C’est par exemple travailler à plusieurs sur le mur de sélection du Labo pour discuter des nouvelles formes du livre, ou bien l’ergonomie d’une feuille que l’on tient à la main et de laquelle surgit une maquette d’architecte.
      Très difficile d’échanger là dessus sur l’Internet. Quand vous passez, ou lors d’un atelier, on en parlera.

  • Merci Tiers Livre, je retrouve cette page hallucinante où Mme Albanel fait chevalier des Arts et des Lettres le producteur de Plus Belle la Vie, ainsi que le discours d’anthologie où elle le compare à Balzac. Lire : "Ce n’est pas de l’eau tiède qui coule dans les verres servis au Mistral, mais un cocktail des questions soulevées par notre époque."

    Ça méritait bien des pantoufles dorées chez Orange. Guérie ? Qui donc pourrait prendre au sérieux les 30 pages de rapport qu’elle a fournie pendant les 4 mois de rémunération intérimaire – en recopiant d’ailleurs les chiffres d’une étude du Motif (voir ici et ici).

    Alors, si ce sont ces gens qui commandent tout, nomment partout, et qui passent de la tutelle de l’établissement public à l’entreprise privée qui vient s’y faire valoir à peu de frais, vous voudriez en plus qu’ils vous mettent des liens Internet ?

    Vive les petits robots bleus : la BNF est bleue comme un robot Orange.