"vases communicants", c’est important

le grand brassage mensuel du Net, une désorganisation vitale


Rappelons l’histoire : Jérôme Denis, de Scriptopolis, me fait l’honneur d’une invitation dans son site, et dit dans son e-mail, comme si de rien n’était, qu’il pratique cela une fois par mois. Je lui réponds très naturellement que je suis d’accord, mais alors qu’il veuille bien, le même jour, écrire dans mon Tiers Livre. C’était en juin 2009, et ça tombait le premier vendredi du mois.

Pas de difficulté alors à franchir l’échelon suivant : et si, le premier vendredi du mois, on allait tous écrire les uns chez les autres ? Je lance l’idée, elle est vite reprise par le premier cercle (et notamment Philippe Diaz/Pierre Ménard, dont le liminaire est une solide plaque tournante). J’avais d’abord appelé ça Le grand dérangement, j’y voyais une sorte de référence au surréalisme, on me rappelle vite à l’ordre depuis Québec – malheureux lapsus avec la déportation acadienne. C’est le même Pierre Diaz/Philippe Ménard qui suggère Vases communicants, selon le titre et en l’honneur encore de Breton. Et ça correspond très exactement à ce qu’on va faire.

Je dois m’excuser : très requis par publie.net, j’ai calé en juillet, pour la 1ère fois, et laissé passer les 2 suivants, d’août et septembre. On a culminé en mai dernier, je crois plus de 30 échanges simultanés.

Un merci spécial (de tous les participants) à Brigitte Célérier, qui depuis Avignon et son blog Paumée (pas tant que ça !) plus le groupe Face Book dédié aux Vases, a préparé chaque échange par une liste préliminaire, et les a accompagnés ensuite d’une compilation bilan. Si l’expérience a pris sens, et pesanteur, c’est en bonne partie grâce à elle.

J’y vois quelque chose d’important : bien sûr, nous nous lisons réciproquement. Mais dans les Vases communicants, nous lisons autrement. D’abord, on découvre l’écriture de l’autre dans un contexte graphique différent, et la démarche apparaît sous un nouveau jour. Ensuite, tout simplement, on quitte la position de simple lecteur : les commentaires sont en désuétude, et ce n’est peut-être pas si grave – les réponses blog à blog prennent la place, avec d’étranges chaînes, ou de nouvelles créations étonnantes, comme les 807 initiés par Franck Garot (troisième saison) ou le Convoi des glossolalies initié par Anthony Poiraudeau, et il y en a d’autres (Général Instin sur remue.net, Kill that marquise de Michel Brosseau, et même mon Petit Journal avec son équipe de fidèles, ne nous laissez donc pas si seuls ! en profitant de la possibilité d’insérer des photographies en commentaire...).

Ce qui compte, dans ces vases communicants, c’est l’occasion d’échanger en privé avec l’auteur d’un blog qu’on respecte ou qui nous interloque, et, au terme de cette première année, des relations plus solides, plus confiantes, entre blogueurs. Et ce n’est pas du luxe, tout simplement parce que l’univers blog est de plus en plus dépositaire d’une part irréductible de la création littéraire, mais que nous avons encore tant à apprendre, ergonomie, navigation, appropriation, plus tout ce qui se joue d’étrange et de risqué dans cette relation inaugurale de l’écriture au réel et au temps.

Et puis, tout simplement aussi, parce que chacun des participants découvre, le vendredi matin, comme un livre diffracté, étrange livre ou revue non pas rassemblé en objet unique, mais que le web produit comme unité. Et pas possible de ne pas y découvrir un blog ou un auteur qu’on ne connaissait pas, et dont on deviendra assidu.

Alors je le réaffirme : ne soyons pas 2 fois 30, mais 2 fois 100 dans les prochains vases cette année. Approchez les blogs avec lesquels vous souhaitez partager faisons l’effort d’éviter les échanges entre nous (quelque plaisir privilégié qu’on y trouve !) pour aller à la rencontre de blogs à découvrir... Inscrivez-vous en binôme sur le groupe Face Book. Vous pouvez compter sur l’équipe organisatrice (ne pas tenir compte protestations immédiates de BC !).

Peut-être, à ce que j’aperçois du 1er vendredi d’octobre à l’approche, que nous allons aborder cette 2ème année d’une façon différente : dans plusieurs sites – comme chez Arnaud Maïsetti, participant de la 1ère heure –, on intègre les invités dans l’architecture du blog (chez moi, via mot-clé spécifique en haut à droite de cette page). Mais surtout, en approfondissant ce questionnement : en quoi la lecture apparaît comme nouvelle dans un autre contexte ?

Ainsi, pour ce prochain vendredi qui sera celui de ma reprise, avec mon partenaire (je ne dis pas son nom, ce sera affiché vite), il m’envoie une photographie prise par lui-même dans ses archives, mais en fonction de ma propre écriture – du coup, je lui réponds en lui proposant par téléchargement l’inventaire d’un carrefour d’une périphérie industrielle, mais là aussi en fonction de quelques éléments que je sais de sa démarche. Ni l’un ni l’autre, à 14 jours de la mise en ligne, ne savons ce qui va s’en écrire. Sauf que, oui, ce sera écrit pour cette publication précise, et pas simplement un morceau de blog transféré d’un site à l’autre.

Jamais on n’a eu autant besoin d’invention, mais jamais on n’a eu autant besoin de le faire ensemble, non pas seulement en spectateur de l’aventure de l’autre, mais en explorateurs de cette création encore toute neuve, la page-écran.

Je souhaite aussi profondément que les amis québécois nous rejoignent plus massivement (pas hésiter à faire propositions d’échange ci-dessous). Pour ma part, envie d’explorer aussi échanges autres pays et langues, traductions réciproques, ou quelques liens lancés vers Madagascar (par hasard...) ou Japon... Et même revisiter certains échanges déjà établis.

En tout cas, partir agrandis, renforcés, mais continuer, élargir : on y a trop de bonheur, en plus.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 septembre 2010
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