campagne électorale, 7/15

attrapez-le !


C’était repris des vieux rites religieux.

Mais dans cette version moderne. On tendait l’appareil, l’appareil collectait l’image.

Probablement floue, probablement décadrée, probablement mauvaise, mais elle témoignait : témoignait de l’instant, de la proximité. Et puis vous l’emmeniez.

L’image se définissait non par ce qu’elle représentait (avec votre téléphone, prenez en photo la photo ci-dessus, ce sera déjà bien meilleur que ce qu’ils ont saisi eux), mais l’image se définissait par celui qui l’avait prise et pouvait dire : peu importe l’image, importe que j’y étais pour la prendre.

Alors il marchait dans la forêt des appareils tendus. Alors il donnait son image et faisait en sorte que l’image passe de lui-même aux appareils, dans ce mouvement continu, permanent.

Regardez la photo : certains tendent la main sans qu’elle soit munie de l’appareil. Le geste suffisait, plus besoin d’appareil. L’image se suffisait de l’intention qu’on la prenne.

On avait développé le système presque à son plus bel aboutissement. Les vigiles surveillaient, plus rien ne dérapait. Plus personne à qui dire le casse-toi, pôv’con, mais à ceux qui venaient vers lui l’appareil tendu, l’iPhone droit comme un cierge, oui il avait changé, en cinq ans, oui maintenant il pensait différemment, oui maintenant il pensait, pensait vraiment : venez, venez à moi,... (on coupait la suite).

 

Photographie @ Sud-Ouest, Bordeaux, 03/03/2012 – utilisée sans permission, c’est pour la cause.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 5 mars 2012
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