Saclay | la physique au bout du couloir

au labo "sciences de la matière" du CEA Saclay


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Il y a deux CEA, un fermé, et un ouvert. Ici, les bâtiments sont librement accessibles, disséminés en bord de forêt – calme et lumière. Dessous, l’accélérateur linéaire qui, dans les années 60, a précédé les grands collisionneurs circulaires d’aujourd’hui (oublié de demander à Étienne Klein : possible, de le visiter, maintenant qu’il ne sert plus ?).

Nous avons le bâtiment, l’étage, le numéro de la pièce, mais la numérotation n’est pas parfaitement logique, ou bien c’est nous : en tout cas, nous nous trompons, nous retrouvons dans ce bout de couloir.

Il donne sur la forêt, et plus de bureaux auprès. Pourtant, à cet endroit-là, ce tableau – un vrai tableau pour mur d’école, tableau vert avec ses craies. Recouvert d’équations toutes fraîches.

Probablement je ne devrais pas reproduire ces photographies, ni même m’être permis de photographier : et si le physicien ou le thésard venait de découvrir cette équation ultime par quoi le réel et la physique se confondraient (mais cela n’existe que dans les fictions d’Étienne Klein, qui en repousse justement la tentation), et puis était parti en courant en oubliant d’effacer ?

Dans la longue et dense conversation avec Étienne Klein (retranscription à venir), un échange sur le fait qu’on ne peut dessiner la matière, ni ne disposer de représentation graphique pour les raisonnements qui nous y mènent – que c’est même en partie cela le nouvel obstacle. La représentation trompe, même quand elle représente un fait. Et pourtant, pour penser, le tableau, son espace graphique anthromorphe, la position debout, et l’écart au fond du couloir.

Non, ce qui me surprend, c’est cela : s’éloigner pour penser. Venir dans ce non-lieu – plus de bureau, plus de livre, même pas de recul ni d’espace. Mais il y a quand même la porte ouverte sur le dehors et la forêt.

On est à côté du monde, à côté de son propre lieu de recherche, lecture, méditation. C’est pour la pensée de hasard, pour la pensée qui décoince. On est là au bout du couloir, et il y a le tableau offert et la craie. Si on vient ici seul, ou à plusieurs, et pourquoi on y vient, mystère.

La matière comme le temps ne sont pas pensables (ne le sont plus, même si les grands comme Giordano Bruno – toujours Étienne Klein – ont bien souligné que cette pensée avait toujours accompagné la physique). Le coup du tableau à l’écart, le tableau au bout du couloir, qui en a eu l’idée, est-ce que c’est seulement dans ce labo ici, où philosophes se mêlent aux physiciens ?

Juste que voilà : la preuve que ça sert.

Et dédicace à Karl.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 20 avril 2012
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