les Chiquanous chez Rabelais lui-même ! 

lecture à la Devinière avec Bernard Pico d’un morceau de gloire du Quart-Livre !



- Soit le point 1. J’en parle avec timidité : mes premières lectures de Rabelais en public : 1994. Pas eu depuis une année sans avoir eu l’occasion de m’y risquer en public, jamais eu l’impression de faire 2 fois la même.
- Soit le point 2. Dès mon arrivée à Tours, en 1996, travail serré avec mes amis du Centre dramatique régional, Gilles Bouillon et Bernard Pico, et notamment la création de Au buffet de la gare d’Angoulême. En 1999, bi-centenaire Balzac, nous sommes au premières loges. Notre première lecture commune (Gilles, Bernard, Karine Rohmer et moi-même) a lieu à l’école des Beaux-Arts de Tours (seule fois de ma vie que j’y serai rentré !), et nous nous retrouvons à poser nos textes sur des sellettes de sculpteur. C’est si commode que nous les adoptons (même si les technicos du CDRT, sous la houlette de Nathalie Holt, en ont fabriqué des fausses, plus légères – ne pas le dire !). Et pendant les 10 ans à venir, chaque 1er lundi du mois, nous proposons une lecture publique, en 1 lieu différent de la ville, quelle école... C’est ainsi que nous sommes allés lire à Saché, chez Balzac... Et qu’avec Bernard c’est une vraie complicité de duo jazz, je crois une confiance réciproque – d’aucuns appellent ça aussi amitié.
- Soit le point 3. L’invitation faite l’an dernier par Alain Lecomte, directeur du musée de la Devinière, maison natale de Rabelais (et voir le site du musée), de la mise en oeuvre d’une lecture par l’équipe du CDRT, qui accueille chaque année une mini-troupe de jeunes comédiens en formation. Bernard et moi, nous lui proposons le concept suivant : de 15h à 17h, en 5 lieux dispersés, cave (et ce n’est pas rien, lire dans les caves), jardins, nous proposons 5 lectures de 15 à 18’, que chaque binôme ou trinôme propose 3 fois de suite. Obligation faire au public de choisir ! Et valse bon enfant qui s’inaugure... A 17h un mini concert dans la cour principale, et à 18h nous concluons par une lecture collective. L’an dernier du Gargantua, cette année du Quart Livre...

Conclusion : beaucoup, beaucoup d’émotion l’an dernier, à cette 1ère journée. Cette année, j’y viens comme on revient à la maison, en bonne fraternité. L’accueil d’Alain Lecomte, certainement, mais se dire qu’on n’usurpe pas ce qui nous est confié – Rabelais, on l’aime, on le respecte, mais on sait que si on vient danser dans sa main c’est lui qui donnera le branle...

J’ajoute autre chose : coup de fil d’Alain Lecomte, il y a 2 mois – la Devinière s’est dotée de nouveaux audio-guides, on peut y installer des lectures d’auteur, et si on commençait par les textes que tu as sur ton site... Quelle étrangeté, pour moi, qu’un tel rôle... J’espère que bientôt les voix de Novarina, Roubaud ou d’autres viendront rejoindre mes mp3.

Donc, hier on rempile. Le Quart Livre, pas facile ? Non, pas facile ! Pour les 5 lectures d’après-midi, nous choisissons avec Bernard le prologue de Couillatris, Les moutons de Panurge, La guerre des Andouilles, le Diable et le laboureur – et nous nous réservons les Chiquanous. Pour la lecture collective, entre Ruach, la Tempête, Quaresmeprenant, les Paroles Gelées, il reste de quoi faire...

Moralité : 2 bus venus de Tours, 250 personnes à se promener dans les vieux bâtiments, leurs caves et leurs jardins. Avec Bernard, nous tiendrons 3 fois de suite notre lecture.

Chaque fois, je mets mon petit magnétophone en position RECORD, d’où le fait que vous entendrez nos petits mots privés en intro. Et, pour ne pas faire chaque fois la même chose, quand on recommence on inverse les rôles.

Alors ci-dessous (et le texte en supplément, dans notre petit montage), 2 versions des Chiquanous, en remerciement et partage à l’ami, mais pour témoigner de ces miracles qui vous adviennent... Et croyez-le : si je n’avais jamais fait moi-même, auparavant, les Chiquanous en lecture publique, c’est que voilà un des plus difficiles morceaux à lire de toute l’oeuvre (3 fois la même scène, mais, dans la 3ème, les positions narratives inversées par les locuteurs eux-mêmes... Et les plus longs mots inventés de la langue française au passage – vous verrez que Bernard Pico s’en débrouille en meilleur funambule que moi.

Un grand sacrifice : pour caler dans le temps prévu, on supprime l’histoire de François Villon tueur d’évêque, que Rabelais insère dans son récit...

L’aide majeure : tous les noms de villages et autres toponymes cités dans le texte sont visibles d’où nous sommes !

FB

Les 2 images : Robida illustrateur de Rabelais, expo de l’année à la Devinière, mérite le déplacement à lui seul !

- Bernard Pico, François Bon, en public à la Devinière, le 9 juin 2012, Quart-Livre, les Chiquanous, 16’ – version 1

- Bernard Pico, François Bon, en public à la Devinière, le 9 juin 2012, Quart-Livre, les Chiquanous, 16’ – version 2

 

 

Rabelais | Quart-Livre, les Chiquanous


Quand un moine, prebstre, usurier, ou advocat veult mal à quelque gentilhome de son pays, il envoye vers luy un de ces Chiquanous. Chiquanous le citera, l’adiournera, le oultragera, le injurira impudentement, suyvant son record & instruction : tant que le gentilhome, s’il n’est paralytique de sens, & plus stupide qu’une Rane Gyrine, sera constrainct luy donner bastonnades, & coups d’espée sus la teste, ou la belle iarretade, ou mieulx le iecter par les creneaulx & fenestres de son chasteau. Cela faict, voylà Chiquanous riche pour quatre moys. Comme si coups de baston feussent ses naïfves moissons. Car il aura du moine, de l’usurier, ou advocat salaire bien bon : & reparation du gentilhome aulcune fois si grande & excessive, que le gentilhome y perdra tout son avoir : avecques dangier de miserablement pourrir en prison : comme s’il eust frappé le Roy.

Contre tel inconvenient, dist Panurge, ie sçay un remède tresbon, duquel usoit le seigneur de Basché.

Quel ? demanda Pantagruel.

Le seigneur de Basché dist Panurge, estoit homme couraigeux, vertueux, managnime, chevalereux. Il retournant de certaine longue guerre, par chascun iour estoit adiourné, cité, chiquané, à l’appetit & passetemps du gras prieur de sainct Louant. Un iour desieunant avecques ses gens (comme il estoit humain & debonnaire) manda querir son boulangier nommé Loyre, & sa femme, ensemble le curé de sa parœce nommé Oudart, qui le servoit de sommellier, comme lors estoit la coustume en France, & leurs dist en presence de ses gentilhommes & aultres domesticques.

Enfans vous voyez en quelle fascherie me iectent iournellement ces maraulx Chiquanous. I’en suys là resolu, que si ne me aydez, ie delibère abandonner le pays, & prendre le party du Soubdan à tous les diables. Desormais quand céans ilz viendront, soyez prestz vous Loyre & vostre femme pour vous representer en ma grande salle avecques vos belles robbes nuptiales, comme si l’on vous fiansoit, & comme premierement feustez fiansez. Tenez. Voylà cent escuz d’or, lesquelz ie vous donne, pour entretenir vos beaulx acoustremens. Vous messire Oudart ne faillez y comparoistre en vostre beau supellis & estolle, avecques l’eaue beniste, comme pour les fianser. Vous pareillement Trudon (ainsi estoit nommé son tabourineur) soyez y avecques vostre flutte & tabour. La parolles dictes, & la mariée baisée, au son du tabour vo’ tous baillerez l’un à l’autre du souvenir des nopces, ce sont petitz coups de poing. Ce faisans vo’ n’en soupperez que mieulx. Mais quand ce viendra au Chiquanous, frappez dessus comme sus seigle verde ne l’espargnez. Tappez, daubez, frappez, ie vous en prie. Tenez presentement ie vous donne ces ieunes guanteletz de iouste, couvers de chevrotin. Donnez luy coups sans compter à tors & à travers. Celluy qui mieulx le daubera, ie recongnoistray pour mieulx affectionné. N’ayez paour d’en estre reprins en iustice, Ie seray guarant pour tous. Telz coups seront donnez en riant, scelon la coustume observée en toutes fiansailles.

Voyre mais, demanda Oudart, à quoy congnoistrons nous le Chiquanous ? Car en ceste vostre maison iournellement abourdent gens de toutes pars.

Ie y ay donné ordre, respondit Basché. Quand à la porte de céans viendra quelque home ou à pied, ou assez mal monté, ayant un anneau d’argent gros & large on poulce, il sera Chiquano’. Le portier l’ayant introduit courtoisement sonnera la campanelle. Alors soyez prestz, & venez en sale iouer la Tragicque comedie, que vous ay exposé.

Ce propre iour, comme Dieu le voulut, arriva un vieil, gros, & rouge Chiquanous. Sonnant à la porte, feut par le portier recongnu à ses gros & gras ouzeaulx, à sa meschante iument, à un sac de toille plein d’informations, attaché à sa ceincture : signamment au gros anneau d’argent qu’il avoit on poulce guausche. Le portier luy feut courtoys, le introduit honestement ioyeusement : sonne la campanelle. Au son d’icelle Loyre & sa femme se vestirent de leurs beaulx habillemens, comparurent en la salle faisans bonne morgue. Oudart se revestit de supellis & d’estolle : sortant de son office rencontre Chiquanous : le mène boyre en son office longuement, ce pendent qu’on chaussoit guanteletz de tous coustez : & luy dist. Vous ne poviez à heure venir plus oportune. Nostre maistre est en ses bonnes : nous ferons tantoust bonne chère : tout ira par escuelles : no’ sommes céans de nopces : tenez, beuvez, soyez ioyeulx. Pendent que Chiquanous beuvoit Basché voyant en la salle tous ses gens en equippage requis, mande querir Oudart. Oudart vient portant l’eaue beniste. Chiquanous le suyt. Il entrant en la salle n’oublia faire nombre de humbles reverences, cita Basché, Basché luy feist la plus grande charesse du monde, luy donna un Angelot, le priant assister au contract & fiansailles. Ce que feut faict. Sus la fin coups de poing commencèrent sortir en place. Mais quand ce vint au tour de Chiquanous, ilz le festoièrent à grands coups de guanteletz si bien, qu’il resta tout estourdy & meurtry : un œil poché au beurre noir, huict coustes freussées, le brechet enfondré, les omoplates en quatre quartiers, la maschouère inferieure en trois loppins : & le tout en riant. Dieu sçayt comment Oudart y operoit, couvrant de la manche de son suppelis le gros guantelet asseré fourré d’hermines car il estoit puissant ribault. Ainsi retourne à l’isle Bouchard Chiquano’ acoustré à la Tigresque : bien toutesfois satisfaict & content du seigneur de Basché : & moyennant le secours des bons chirurgiens du pays vesquit tant que vouldrez. Depuis n’en feut parlé. La memoire en expira avecques le son des cloches, lesquelles quarrilonnèrent à son enterrement.

Quatre iours après un aultre ieune, hault, & maigre Chiquanous alla citer Basché à la requeste du gras Prieur. A son arrivée feut soubdain par le portier recongneu, & la campanelle sonnée. Au son d’icelle tout le peuple du chas-teau entendit le mystère. Loyre poitrissoit sa paste, sa femme belutoit la farine. Oudart tenoit son bureau, les gentilzhomes iouoient à la paulme. Le seigneur Basché iouoit aux troys cens troys avecques sa femme. Les damoiselles iouoient aux pingres, les officiers iouoient à l’imperiale, les paiges iouoient à la mourre à belles chinquenauldes. Soubdain feut de tous entendu, que Chiquanous estoient en pays. Lors Oudart se revestit. Loyre & sa femme prendre leurs beaulx acoustremens. Trudon sonner de sa flutte, batre son tabourin, chascun rire, tous se preparer, & guantelets en avant. Basché descend en la basse court. Là Chiquanous le rencontrant, se meist à genoux davant luy, le pria ne prendre en mal, si de la part du gras Prieur il le citoit : remonstra par harangue diserte comment il estoit persone publicque, serviteur de Moinerie, appariteur de la mitre Abbatiale : prest à en faire autant pour luy, voyre pour le moindre de sa maison, la part qu’il luy plairoyt l’exploicter & commender.

Vrayement, dist le seigneur, ià ne me citerez, que premier n’ayez beu de mon bon vin de Quinquenays, & n’ayez assisté aux nopces que ie foys prae-sentement. Messire Oudart faictez le boyre tresbien, & refraischir : puys l’amenez en ma salle. Vous soyez le bien venu.

Chiquanous bien repeu & abbreuvé entre avecques Oudart en salle, en laquelle estoient tous les personaiges de la farce en ordre, & bien deliberez. A son entrée chascun commença soubrire. Chiquanous rioit par compaignie, quand par Oudart feurent sus les fiansez dictz motz mysterieux, touchées les mains, la mariée bai-sée, tous aspersez d’eaue beniste. Pendent qu’on apportoit vin & espices, coups de poin commencèrent trotter. Chiquanous en donna nombre à Oudart. Oudart soubs son suppellis avoit son guantelet caché : il s’en chauffe comme d’une mitaine. Et de daubber Chiquanous, & de drapper Chiquano’ : & coups des ieunes guanteletz de tous coustez pleuvoir sus Chiquano’.

Des nopces, disoient ilz, des nopces, des nopces : vo’ en soubvieine.

Il feut si bien acoustré que le sang luy sortoit par la bouche, par le nez, par les aureilles, par les œilz. Au demourant courbatu, espaultré, & froissé teste, nucque, dours, poictrine, braz, & tout. Croyez qu’en Avignon on temps de Carneval les bacheliers oncques ne iouèrent à la Raphe plus melodieusement, que feut ioué sus Chiquanous. En fin il tombe par terre. On luy iecta force vin sur la face, on luy atacha à la manche de son pourpoinct belle livrée de iaulne & verd : & le mist on sus son cheval morveulx. Entrant en l’isle Bouchard, ne sçay s’il feut bien pensé & traicté tant de sa femme, comme des Myres du pays. Depuis n’en feut parlé.

Au lendemain cas pareil advint, pource qu’on sac & gibbessière du maigre Chiquanous n’avoit esté trouvé son exploict. De par le gras Prieur feut nouveau Chiquanous envoyé citer le Seigneur de Basché, avecques deux Records pour sa sceureté. Le Portier sonnant la campanelle, resiouyt toute la famile, entendens que Chiquanous estoit là. Basché estoit à table, dipnant avecques sa femme & gentilzhomes. Il mande querir Chiquanous : le feist asseoir près de soy : les records près les damoiselles, & dipnèrent tresbien & ioyeusement. Sus le dessert Chiquanous se lève de table : praesens & oyans les Records cite Basché : Basché gracieusement luy demande copie de sa commission. elle estoit ià preste. Il prend acte de son exploict : à Chiquanous & ses Records feurent quatre escuz Soleil donnez : chascun s’estoit retiré pour la farce. Trudon commence sonner du tabourin. Basché prie Chiquanous assister aux fiansailles d’un sien officier, & en recepvoir le contract, bien le payant & contentent. Chiquanous feut courtoys. Desguainna son escriptoire, eut papier promptement, ses Records près de luy. Loyre entre en salle par une porte : sa femme avecques les damoiselles par aultre, en acoustremens nuptiaulx. Oudart revestu sacerdotalement les prend par les mains : les interroge de leurs vouloirs : leurs donne sa benediction sans espargne d’eaue beniste. Le contract est passé & minuté. D’un cousté sont apportez vin & espices : de l’aultre, livrée à tas blanc & tannée, de l’aultre sont produictz guanteletz secretement.

Chiquanous avoir degouzillé une grande tasse de vin Breton, dist au seigneur. Monsieur comment l’entendez vous ? L’on ne baille poinct icy des nopces ? Sainsambreguoy toutes bonnes coustumes se perdent. Aussi ne trouve l’on plus de lièvres au giste. Il n’est plus d’amys. Voyez comment en plusieurs ecclises on a desemparé les antiques beuvettes des benoists saincts O O, de Noël. Le monde ne faict plus que resver. Il approche de sa fin. Or tenez. Des nopces, des nopces, des nopces.

Ce disant frappoit sur Basché & sa femme, après sus les damoiselles, & sus Oudart : Adoncques feirent guanteletz leur exploict, si que à Chiquanous feut rompue la teste en neuf endroictz : à un des Records feut le bras droict defaucillé, à l’aultre feut demanchée la mandibule superieure, de mode qu’elle luy couvroit le menton à demy, avecques denudation de la luette, & perte insigne des dents molares, masticatoires, & canines. Au son du tabourin changeant son intonation feurent les Guantelez mussez, sans estre aulcunement apperceuz, & confictures multipliées de nouveau, avecques liesse nouvelle. Beuvans les bons compaignons uns aux aultres, & tous à Chiquanous & ses Records, Oudart renioit & despitoit les nopces, alleguant qu’un des Records luy avoit desincornifistibulé toute l’aultre espaule. Ce non obstant beuvoit à luy ioyeusement. Le Records demantibulé ioingnoit les mains, & tacitement luy demandoit pardon. Car parler ne povoit il.

Loyre se plaignoit de ce que le Record debradé luy avoit donné si grand coup de poing sus l’aultze coubté, qu’il en estoit devenu tout esperruquancluzelubelouzerirelu du talon.

Mais (disoit Trudon cachant l’œil guausche avecque son mouchouoir, & monstrant son tabourin defoncé d’un cousté) quel mal leurs avoys ie faict ? Il ne leur a suffi m’avoir ainsi lourdement morrambouzevezengouzequoquemorguatasacbacguevezinemaffressé mon paouvre œil : d’abondant ilz m’ont defoncé mon tabourin. Tabourins à nopces sont ordinairement battuz : tabourineurs bien festoyez, battuz iamais. Le Diable s’en puisse coyffer.

Frère (luy dist Chiquanous manchot) ie te donneray de belles, grandes, vieilles lettres Royaulx, que i’ay icy en mon baudrier, pour repetasser ton tabourin : & pour Dieu pardonne nous. Par nostre dame de Rivière, la belle dame, ie n’y pensois en mal.

Un des escuyers chopant & boytant contrefaisoit le bon & noble seigneur de la Roche Posay. Il s’adressa au record embavieré de machouères, & luy dist. Estez vous des Frapins, des frappeurs, ou des Frappars ? Ne vous suffisoit nous avoir ainsi morcrocassebezassevezassegrigueliguoscopapopondrillé tous les membres superieurs à grands coups de bobelins, sans nous donner telz morderegrippipiotabirofreluchamburelurecoquelurintimpanemens sus les gresves à belles poinctes de houzeaulx. Appellez vous cela ieu de ieunesse ? Par Dieu, ieu n’est ce. Le Record ioignant les mains sembloit luy en requerir pardon, marmonnant de la langue, mon, mon, mon, vrelon, von, von : comme un Marmot.

La nouvelle mariée pleurante rioyt, riante pleuroyt, de ce que Chiquanous ne s’estoit contenté la daubbant sans choys ne election des membres : mais l’avoir lourdement deschevelée d’abondant luy avoit trepignemanpenillorifrizonoufressuré les parties honteuses en trahison.

Le diable (dist Basché) y ayt part. Il estoit bien necessaire, que monsieur le Roy (ainsi se nomment Chiquanous) me daubbast ainsi ma bonne femme d’eschine. Ie ne luy en veulx mal toutesfoys. Ce sont petites charesses nuptiales. Mais ie apperçoy clerement qu’il m’a cité en Ange, & daubbé en Diable. Il tient ie ne sçay quoy du frère Frappart. Ie boy à luy de bien bon cœur, & à vous aussi messieurs les Records.

Mais disoit sa femme, à quel propous, & sus quelle querelle, m’a il tant & trestant festoyée à grands coups de poing ? Le Diantre l’emport, si ie le veulx. Ie ne le veulx pourtant pas, ma Dia. Mais ie diray cela de luy, qu’il a les plus dures oinces, qu’oncques ie senty sus mes espaulles.

Le maistre d’hostel tenoit son braz guausche en escharpe, comme tout morquaquoquassé : le Diable, dist il, me feist bien assister à ces nopces. I’en ay, par la vertus Dieu, tous les braz enguoulevezinemassez. Appellez vous cecy fiansailles. Ie les appelle fiantailles de merde. C’est, par Dieu, le naïf bancquet des Lapithes, descript par le philosophe Samosatoys. Les Records s’excusèrent, qu’en daubbant ainsi n’avoient eu maligne volunté : & que pour l’amour de Dieu on leurs pardonnast. Ainsi departent. A demye lieue de là Chiquanous se trouva un peu mal. Les Records arrivèrent à l’isle Bouchard, disans publicquement que iamais n’avoient veu plus home de bien que le seigneur de Basché, ne maison plus honorable que la sienne. Ensemble que iamais n’avoient esté à telles nopces. Mais toute la faulte venoit d’eulx, qui avoient commencé la frapperie. Et vesquirent encores ne sçay quants iours après. De là en hors feut tenu comme chose certaine, que l’argent de Basché plus estoit aux Chiquanous & Records pestilent, mortel, & pernicieux, que n’estoit iadis l’or de Tholose, & le cheval Seian, à ceulx qui le pos-sedèrent. Depuys feut ledict Seigneur en repous, & les nopces de Basché en proverbe commun.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juin 2012
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