Saclay, métro aérien | ceux qui rêvent

les bons géants marchent dans vos champs


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Rappelons la disposition : une île aux franges abruptes, parfaitement délimitée. Dans les fissures qui entourent, les vallées de Chevreuse, de l’Yvette, de la Bièvre, un habitat urbain hyper dense, régulateur de la totalité organique constitue la capitale (les Ulis par exemple, où vont faire leurs courses au supermarché, mais sans se croiser, Pierre Bergounioux, Michel Tournier, Peter Handke) ou l’hyperville recouvrante de Massy-Palaiseau avec son noeud ferroviaire.

On n’a pas gardé ces terres agricoles, appartenant une quinzaine de propriétaires de toute façon déjà richissimes vu les quelques enclaves concédées, pour le plaisir du tournesol et du maïs, mais pour y installer des bulles protégées, le CEA, le Centre d’essai des propulseurs, les missiles Thalès, d’étranges bâtiments banalisés avec de tout aussi étranges sigles indiquant des recherches appliquées sur les thyristors ou autres semi-conducteurs, des champs d’antennes et radars apparemment vides mais si protégés qu’on se doute que ce n’est pas trop trop à l’abandon, l’Onera et ses recherches aéronautiques, Polytechnique, les labos de génétique animale ou végétale de la fac d’Orsay et de l’INRA, quelques autres. Maintenant, la ville ne peut plus attendre. Désenclaver les vallées saturées en montant à l’escalade partout où elle peut. Et installer sur le plateau de nouveaux complexes moins déclassés que les actuels (les réacteurs du CEA ne servent plus à grand chose, c’est au CERN ou à Cadarache que ça se passe). Par exemple, l’arrivée du nouveau Centre de recherche de l’EDF avec 3500 personnes.

Donc, la première chose : régler les transports. L’idée était de prolonger sur le Plateau une ligne de métro, qui se grefferait elle-même sur le réseau RER vieillissant et craquant de partout. Une fois le métro installé, la ville s’irriguera seule. Pour le tracé, pas trop le choix : les zones rurales sont protégées, on passera à la lisière, juste à l’arrière de Polytechnique, puis devant l’entrée principale du CEA.

Alors cet été sont venus les rêveurs. Ils ont construit quelques bons géants, qui arpentent aujourd’hui les champs. Si le métro aérien vient, ils lèveront leurs bras de foin bâché noir et se battront. Les bons géants se sentent bien seuls dans les champs. Mais, une fois passé le rond-point qui étrangle tellement la circulation de passage, aux heures où on quitte le travail, on aperçoit les silhouettes à l’arrêt de bus, en attente d’un bus improbable (je connais ces attentes, depuis avril je les pratique assez).

La question est ouverte. Remarque, là où on en est de la soi-disant crise (qui ne frappe pas ni Total ni BNP ni Areva ni Vinci ni...) et des urgences du Grand Paris, l’important pour les urbanistes c’est plutôt d’installer les logements et de vendre les terrains pour les nouveaux centres de recherche. Une fois qu’ils y sont, les gens qui y travaillent sauront toujours se débrouiller n’est-ce pas, ils n’auront, eux aussi, qu’à continuer de venir en voiture.

En n’ai vu nulle part les repérages ni les travaux, du métro aérien promis.

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 août 2012
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