formes d’une guerre | du nom des morts

inventaire des noms de morts écrits à même notre peau dedans



• Texte publié dans Peur & formes d’une guerre chez Tiers Livre Éditeur, merci de votre soutien !


- 2010/04/06 | Règle : faire revenir en Une ce texte à chaque fois qu’on ajoute un nom dans la liste intérieure.
- 2009/10/09 | Pour celui qu’on portait en terre ce matin, pour Federman qui n’en rira plus, pour Ricardo et toute la cohorte qu’on porte derrière soi, révision augmentée...
- Contrainte pour la lecture en publique : toujours avoir à l’intérieur au moins une figure en improvisation.

Du nom des morts dans les parchemins intérieurs. Du nom des morts suspendus dans ta tête. Du nom des morts peints ou griffés ou collés ou sculptés dans le dedans des os et tatoués sur ton dos. Du nom d’un seul mort ou du nom de tous les morts. Du nom des morts qu’on n’a pas effacé dans le carnet d’adresses, l’agenda téléphonique ou même les e-mails. Du nom des morts dans les vieux calepins non jetés. Du nom des morts dans les livres gardés, ceux des morts qu’on a vus, embrassés, connus. La peau froide des mains des morts quand on la touche avant qu’ils referment.La peau froide du front des mots qu’on embrasse avant qu’on les brûle. Du nom des morts dans les disques, du nom des morts et ce qui t’en revient quand tu conduis ta voiture, du nom des morts et qui t’en revient au hasard d’une fenêtre de la ville, du nom des morts quand on ouvre pour une maladie l’intérieur de ton corps et que tu penses à tous les autres morts, comme ça, le crabe on dit. Du nom des morts quand on demande aux autres quels sont leurs morts. Du nom des morts au dos de vieilles enveloppes, dans le carton des anciennes lettres. Du nom des morts à cause d’une cette carte postale reçue, et qu’on retrouve après, si longtemps après. Du nom des morts dans la voix qu’on réentend à la radio soudain, un copain, du nom des morts dans la voix qui vous parle dans le rêve et vous vous réveillez hurlant. Du nom des morts quand l’ami le plus proche tombe de sa charpente jusque sur le ciment onze mètres plus bas – ajoute son nom à la liste comme si elle n’étais pas assez longue, la liste. Du nom des morts quand soi-même on prend le cahier (non pas le cahier, non pas même la machine à écrire, non, juste un bout de veille enveloppe et qu’on n’ose pas, qu’on met juste des initiales, des dates, des repères, à ses morts). Du nom des morts quand on marche dans cette rue et qu’on sait avec qui on marchait, de quoi on parlait, et où on allait. Le nom des morts pour tous les autres, quand on y aura ajouté son nom. Quand on lit son propre nom, devant soi, sur la liste de ses morts.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 19 novembre 2009 et dernière modification le 28 août 2016
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