pour un collectif livres de papier

pour la protection de l’indispensable matérialité du texte


On avait promulgué ces lois. Il y aurait toujours le livre. C’est le texte qui ne nous intéressait pas. Le texte, la création, la réflexion, tout ce qui les amusait en quelque sorte, s’en irait vers leurs machines de plastique, leurs téléphones et leurs tablettes.

On résisterait. On tiendrait. Il avait cette loi pour ça : une tête bien faite ça va avec du livre de papier.

Dans la vitrine de cette librairie du XIVe arrondissement de Paris on vous le prouvait. Regardez : qu’on s’assoie sur les livres, et la tête est parfaite.

L’important c’est la pile, c’est la reliure, c’est de brasser des cartons. On se revendiquait de la fameuse bibliothèque de Babel de Borges (pas question que les irresponsables de l’informatique se l’approprient sous prétexte que c’était compliqué). Les livres avaient tous la même épaisseur, et une reliure qui les égalisait.

Dans cette librairie du XIVe arrondissement de Paris, on vous disait : comme il y a de belles chaussures, comme il y a de beaux pantalons, comme il y a de belles chemises à carreaux avec le col à rebord, voici comment doivent être les livres.

Entrez et achetez, disait le librairie du XIVe arrondissement de Paris à ses clients : à l’entrée de son magasin on laissait dans un bac son téléphone, son ordinateur, sa tablette et tout ça, et si même on était radical et courageux, après un court entretien personnel, vous repartiez sans – vous en étiez débarrassé définitivement.

À vous les beaux livres reliés blanc, en papier, tous de même épaisseur. À vous la vie assise.

On s’était enfin assis sur l’intelligence. Dans la rue du XIVe arrondissement de Paris, finalement est-ce que les gens avaient assez fait attention à l’extraordinaire vitrine de cette librairie, où s’inventa le collectif « livres de papier » ?

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 21 septembre 2012
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Messages

  • Il y avait aussi un portail électronique détecteur de métaux à l’entrée, dans cette librairie, comme dans les aéroports. Un vigile pratiquait même, sur certains clients d’apparence suspecte, des "palpations" préventives.
    Dans la vitrine, le mannequin porte des chaussures genre Birkenstock (avec un nom style éditeur), il m’a fait penser au Franz Biberkopf d’Alfred Döblin (se termine comme Berlin) : à quand une édition numérique de son Berlin Alexanderplatz ?
    (Mais : "© Éditions Gallimard 2009" pour la traduction d’Olivier Le Lay...)

    Voir en ligne : http://doha75.wordpress.com

  • La littérature, c’est solaire, c’est éolien. Ça marche sans piles.

  • Professeur documentaliste en collège, j’essaie de transmettre aux adolescents le goût de la lecture...qui passe par manipuler, choisir, présenter créer des objets qui s’appellent des livres. La littérature de jeunesse offre une variété et une qualité de genres qui peuvent toucher un large public.
    Mon rôle de médiateur de lecture est actuellement menacé par l’injonction du "tout numérique", avec cette utopie dévastatrice de "learning centers" d’où tout support papier devrait, à terme, disparaître. Injonction technocratique, qui ne correspond pas à la réalité du terrain.
    Les jeunes qui viennent au CDI adorent se caler dans le coin lecture avec un livre qu’ils ont choisi...Je constate malheureusement qu’ils sont de moins en moins encouragés à s’autoriser ces moments de pause dans le rythme effréné de leur journée.
    Je souhaiterais être informée et éventuellement participer à toute forme d’action, qui me semble de plus en plus urgente pour préserver le livre papier.

  • Bonjour Mme MEMBRIBE,
    Je partage en tout point votre façon de penser. J’aimerais en discuter plus loguement. Prenez contact avec MOI. Merci et salutations
    Marguerite BAILLES