la ville paysage de ta mort

ce qui appelle et décrit ta mort dans la ville commence là où tu marches


C’est dans un paysage ouvert, mais sans ciel.

Ce paysage n’a pas de bord, ni de frontière : des arches, parfois, des élancements, des contreforts, des surplombs gris d’architecture se superposant dans les hauteurs.

Ce n’est pas un paysage habité. Un paysage où marcher. Un sol friable : de ciment, mais vieux ; ou bien de sable, mais durci. Une étendue qui aurait pu être bombée légèrement, ou qui en donne l’impression, à y marcher. Dans ce paysage, vous marchez seul. vous apercevez des silhouettes, parfois, mais loin. D’autres doivent vous apercevoir aussi.

Ce n’est pas un paysage sans paroles. Les paroles sont intérieures. Vous portez un visage, vous portez des visages : vous parlez à ces visages que vous portez à l’intérieur, et eux vous parlent. Ce sont des têtes suspendues, des têtes dans votre intérieur.

Dans un paysage abstrait, ce paysage morne, on peut les entretenir longtemps. On fait le point. On peut rester longtemps, très longtemps sur un mot, une sensation. Il n’y a pas à s’asseoir, ni attendre, ici. Les silhouettes qu’on croise, qui se sont assises, qui attendent, elles s’effacent. On voit bien que pour elles c’est fini, qu’elles ne repartiront pas. Ni vous-même, d’où vous surgissez, d’où vous arrivez, si c’est depuis un rêve (les rêves n’ont pas de début), si c’est depuis une ville (toutes les villes sont pareilles). Il vous avait suffit, là-bas, de monter vers le nord de la ville. Il vous avait suffit, là-bas, d’entrer dans ce dédale, où les rues sont mornes et pareilles.

C’est un paysage qui commence partout où déjà vous étiez, où chacun déjà on marche, et attend, et chacun sait bien où est pour soi-même la transition, le passage. Paysage qui se prolonge et renouvelle à mesure qu’on y avance ; et peu importe que vous ayez infléchi à gauche ou à droite, ou marchiez obstinément vers l’avant. Avec la volonté, on peut se diriger, infléchir, et même se retourner, revenir. Mais on les craint, ces visages suspendus qui vous accompagnent, et peu à peu le silence : vous cherchiez ce silence, vous le souhaitiez. Il est lui-même cette suspension où peu à peu vous êtes.

Parfois, un bruit, un camion.

Parfois d’autres silhouettes en barrage, et hostiles.

Vous passez. Dans telle passe du sommeil, dans telle illusion du jour, vous franchissez le passage et entrez dans votre paysage aux arches, aux architectures en surplomb, au sol friable et bombé, et toutes bifurcations offertes.

Vous êtes vous-même, bien sûr, le paysage qui ici se dessine. Il dessine ta mort, tu le sais. Mais tu traverses, cela t’indiffère.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne 8 septembre 2009 et dernière modification le 23 septembre 2012
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