Bernard Comment, "En l’absence d’Antonio Tabucchi"

à Manosque, le 28 septembre 2012, Bernard Comment rend hommage à Antonio Tabucchi


Ce sont des moments comme ça qui redonnent confiance.

Manosque, festival des Correspondances, deuxième jour (voir aussi chez Claro). C’est le soir, 18h30, dans la petite salle sous le théâtre, donc côté moderne de la ville. Sous-sol ultra-comble, affiché complet, plus quelques-uns comme moi qui réussiront à rentrer et se poser sur les marches.

Noir salle. Bernard Comment s’installe à la petite table, prévient que cela durera une heure. Heure pendant laquelle sans cesse il est en impro, revenant sur des anecdotes, partant sur la relation de Tabucchi à Pessoa. Parlant des migraines de Tabucchi, des glaçons qu’il s’applique dans les cheveux, comme – dès l’ouverture (et il dira après qu’il n’avait pas du tout prévu de parler de ça, que ça lui est venu au dernier moment) de l’épingle à nourrice qu’avait Tabucchi pour percer ses filtres à cigarette (il est mort d’un cancer du poumon), et ponctuant l’heure de trois moments de lecture. Et bien sûr une heure pile, malgré toutes les digressions et excursions.

Bernard Comment est un des êtres les plus secrets que je connaisse. C’est sans doute sa force pour monter de toutes pièces un projet comme l’édition des Carnets de Marylin Monroe, il y a deux ans (négociation qu’il avait toute menée à New York, comme plus tôt les textes de Lou Reed) – ou tenir ferme la collection Fiction & Cie, au Seuil, après qu’elle lui fut confiée par Denis Roche.

Ce n’est donc pas durant cette heure consacrée à Antonio Tabucchi qu’il racontera que pendant vingt ans ce fut son plus grand ami et qu’ils se téléphonaient tous les jours. Mais on apprendra comment est née l’histoire de Bernard Comment traducteur de Tabucchi, un soir qu’il y avait à démêler dans un texte ce qui y était écrit en portugais, en italien, en français. « Je ne suis pas traducteur, dit Comment, je ne serai jamais le traducteur de quiconque d’autre que Tabucchi. »

Il parle de la découverte brutale par Tabucchi – à Paris – du Bureau de Tabac de Pessoa, son besoin immédiat de se confronter au même livre en langue originale, sa colère à découvrir que le Livro do Desassossego a été traduit en français sous le titre de Livre de l’Intranquillité qu’il considère affadissant. Et que cela le conduit à s’installer au Portugal pour en pratiquer la langue et y vivre.

Attention : ne pas regarder les deux vidéos ci-dessous, juste écouter. Un petit point éclairé mouvant qui indique le lieu d’où parlait Bernard, rien à voir. C’est fait avec un petit Handy Zoom posé sur mon genou, depuis le fond de la salle. Mais il y a un bon micro et vous entendrez la voix : les 10 premières minutes de la conférence, et un extrait lu de Tabucchi.

Je crois que la littérature c’est ça, je l’ai vécu pour mon compte plusieurs fois, dans l’hommage à Koltès qu’on m’avait demandé de faire, à Avignon, en 2004, dans une lecture Duras à la Baule, Écrivains en bord de mer, en 2007, ou l’an passé, l’heure à parler de Julien Gracq à Saint-Florent le Vieil. Ce n’est pas limitatif, mais pour soi-même c’est rare.

Aucune idée de ce qu’en percevait, à mesure qu’il avançait, très calmement, Bernard Comment. Mais pour nous, on y était. Pour les 50 minutes qui manquent, sait-on, l’équipe d’Olivier Chaudenson nous les mettra peut-être en ligne ? Probablement pas (et ce n’est pas mon rôle d’y suppléer) la marque de ces Correspondances c’est la force de ces instants, l’absence précisément de la trace.

 

 

 

pour découvrir Tabucchi le multiple




 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 octobre 2012
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