[51] offrant aux coups leurs architectures sans défense

pour celles et ceux qui ne croiraient pas que Proust a connu Baudelaire


« J’ai rédigé une défense de votre oeuvre, de vos défauts, de vos travers », dit Baudelaire. « J’ai expliqué votre indécision, vos contradictions, vos longueurs, vos phrases fumeuses », dit Baudelaire. « J’ai dit tout ce que je savais de votre pauvre biographie, et que c’était votre dernière chance », dit Baudelaire. « J’ai expliqué les pesanteurs des descriptions, les parties non finies, les bouts de récits qui disent deux fois la même chose ou donnent pour la même chose deux réalités différentes », dit Baudelaire. « J’ai expliqué pourquoi le monde était un poisson, votre oeuvre un poisson, vos femmes des poissons, puisque tel est votre art de la métaphore », dit Baudelaire. « J’ai traduit en français certaines de vos couleurs et de vos impressions », dit Baudelaire. « J’ai insisté sur le fait que j’avais ainsi défendu Pierre Dupont, Auguste Barbier, Constantin Guys et Maria Clemm », dit Baudelaire. « Et on me dit partout : mais personne ne le connaît, personne ne l’a lu, on dirait que vous parlez d’un qui viendra dans un demi-siècle, marre, quoi... » s’écriait Baudelaire. « Je vous en remercie, quand même, merci tant, merci tant. J’écrirai un texte sur vous-même, Baudelaire, qui en sera l’exact pendant, vous verrez... », répondit Marcel Proust. « Belle générosité, mais qui donc vous écoutera, qui donc s’intéresserait à un inconnu parlant du grand Baudelaire, qui donc aurait besoin qu’on lui parle de Baudelaire cinquante ans après Baudelaire », dit Baudelaire.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 décembre 2012
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