formes d’une guerre | lent

lent d’apprendre, lent d’être, lent


Lent. Très lent. Apprendre à se faire lent, si lent que lent. Et rampe lent. Et marche lent, et pense lent. Et pèse corps très lourd quand lent. Et voit lent, lent ce qui devant change, lent pense paroles qui entrent, lent agit sur le temps non des autres mais de soi, soi lent au monde. Je suis assis, lent. Je suis immobile et assis, lent. Le jour à la fenêtre est stable, le bruit de la ville dehors : stable, lent. Catastrophes craquent, marches des autres craquent, voix des autres et beuglent et crânent, et crient et tourbillon se perdent : non lent – mal. Le lent attend avant de. Le lent précise sa pensée avant de. Et s’il est devant le mur, et si le mur est blanc, et si le sol est gris, et si rien ne surgit ni ne vient, et quand il faudrait réagir et crier et sauter ou fuir : lent. J’en ai connu qui n’étaient pas lents : à toute époque de ma vie, mieux guitare, mieux courir, mieux vélo, mieux filles, mieux lire écrire, mieux examens, mieux fric, mieux voyage, mieux tout – mais moi je continue. Les suicidés que je traîne : souvent n’ont pas été lents. Lent, j’apprends. Dans comprendre, lent. Dans faire, lent. Dans aller vers l’autre et poser la main et glisser remonter peau : lent. Et dans la fusion : lent. Lent n’est pas le ressort dedans. Lent n’est pas ce qui dense surgit derrière yeux qui regardent, dans les bruits et voix qui montent et rongent et cornent et prennent et collent et grondent même quand parties, que toi seul, toi lent. Lent seul est le retour. Lent est d’être seul. Lent d’apprendre à se connaître et reconnaître. Lent le glissé de mort : lent le rendez-vous soi.

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 août 2012
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